Montée de la mer : les scientifiques se plantent, c’est bien pire qu’annoncé

Et si la montée de la mer était bien plus avancée que ce que les modèles climatiques annoncent depuis des années ? Une étude scientifique majeure publiée début mars révèle que les estimations utilisées pour évaluer les risques côtiers seraient largement sous-évaluées. Pour des dizaines de millions de personnes vivant sur les littoraux, les conséquences pourraient être bien plus graves que prévu.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 6 mars 2026 10h53
Climat : la montée du niveau des mers submergera certaines régions bien avant d’autres
Montée de la mer : les scientifiques se plantent, c’est bien pire qu’annoncé - © Economie Matin
99%99% des études sur la montée de la mer seraient erronées.

L’alerte est tombée le 4 mars 2026. Dans la revue scientifique Nature, une équipe internationale de chercheurs publie une analyse qui pourrait profondément bouleverser la compréhension de la montée de la mer liée au réchauffement climatique. Leur conclusion est simple mais inquiétante : la mer pourrait déjà être plus haute que ce que la plupart des modèles climatiques utilisent pour calculer les risques de submersion.

Les scénarios qui servent aujourd’hui à anticiper les inondations côtières, les déplacements de population ou les investissements d’adaptation pourraient partir d’une base faussée. Et si cette base est erronée, alors les risques réels pourraient être beaucoup plus élevés que ce que les décideurs politiques, les villes littorales et les marchés économiques imaginent.

Une mer plus haute que prévu dans la plupart des modèles climatiques

Pour comprendre l’ampleur du problème, les scientifiques ont analysé 385 études scientifiques publiées entre 2009 et 2025, selon la revue Nature. Ces travaux portent sur la montée du niveau de la mer, la submersion côtière et les impacts du changement climatique. Le résultat est stupéfiant : plus de 99 % des évaluations étudiées traiteraient de manière incorrecte les données combinant niveau marin et altitude des terres. Cette erreur ne signifie pas que les chercheurs se trompent sur la montée de la mer. Elle signifie que le point de départ utilisé pour calculer les impacts pourrait être mal calibré.

Concrètement, le niveau de la mer utilisé dans ces études serait sous-estimé en moyenne de 0,24 à 0,27 mètre, soit environ 25 centimètres, indique Nature. Une différence qui paraît modeste. Mais dans les zones côtières, quelques dizaines de centimètres suffisent à transformer une marée exceptionnelle en inondation majeure. La conséquence est directe : les cartes de risque utilisées par les villes côtières pourraient être trop optimistes. Les infrastructures, les ports, les habitations et les zones industrielles exposées pourraient être plus vulnérables que prévu.

L’erreur qui fausse les estimations

À l’origine du problème se trouve une question technique, mais aux conséquences très concrètes : la référence utilisée pour définir le niveau de la mer. Dans de nombreuses études, les scientifiques utilisent un modèle théorique appelé géoïde, qui représente la forme moyenne de la Terre sous l’effet de la gravité. Ce modèle est utile pour la cartographie et la géodésie. Mais il ne correspond pas toujours à la réalité des océans.

Comme l’explique l’institut de recherche Deltares, les océans sont influencés par de nombreux facteurs locaux : les courants marins, les vents, les marées ou encore la circulation de l’eau, selon Deltares. Ces phénomènes peuvent faire varier le niveau réel de la mer par rapport à la référence théorique. La chercheuse Katharina Seeger souligne que de nombreuses études ne s’appuient pas directement sur ces mesures. « Les études qui calculent l’impact de la montée de la mer ne regardent généralement pas le niveau réel mesuré et utilisent une référence de zéro mètre comme point de départ », explique-t-elle sur CBS News. Résultat : pendant des années, les modèles ont fonctionné de manière cohérente… mais autour d’une référence qui ne correspond pas toujours à la réalité physique de l’océan.

Des dizaines de millions de personnes supplémentaires exposées

L’inquiétude concerne surtout les conséquences humaines. Car si la mer est plus haute que prévu, alors les projections de submersion côtière pourraient être largement sous-estimées. Dans un scénario où le niveau de la mer augmenterait d’environ 1 mètre d’ici la fin du siècle, hypothèse déjà envisagée dans plusieurs projections climatiques, les impacts pourraient être bien plus vastes.

L’étude estime que 31 à 37 % de terres supplémentaires pourraient se retrouver sous le niveau de la mer par rapport aux estimations actuelles. La population exposée pourrait aussi grimper fortement. Les chercheurs estiment que 77 à 132 millions de personnes pourraient se retrouver sous le niveau de la mer dans ce scénario.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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