Pollution : la facture du CO2 va être 10 fois plus élevée que prévu

Le coût des émissions de CO2 atteint des niveaux inédits selon une nouvelle étude publiée dans Nature. Derrière chaque tonne de carbone rejetée dans l’atmosphère se cache désormais une facture colossale, bien supérieure aux estimations passées, avec des conséquences économiques mondiales qui s’annoncent durables et massives.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 26 mars 2026 6h44
milieu urbain sante
Le développement de plus d'espaces verts diminuerait le nombre de décès en milieu urbain. - © Economie Matin
10200 MILLIARDS $Les émissions américaines entre 1990 et 2020 ont généré à elles seules 10 200 milliards de dollars de dommages climatiques

Publié le 25 mars 2026, un travail scientifique majeur dans la revue Nature rebat les cartes de l’évaluation économique des émissions. Cette étude propose une approche inédite pour mesurer le coût réel des émissions de CO2 en reliant directement les rejets historiques aux dommages économiques actuels et futurs.

Dans un contexte où la pollution et le réchauffement climatique s’intensifient, ces nouvelles estimations renforcent un constat déjà partagé : les émissions ne sont plus seulement un enjeu environnemental, mais un risque économique global majeur, dont le coût dépasse largement celui des politiques de réduction.

Des émissions de CO2 au coût largement sous-estimé

Jusqu’ici, le coût social du carbone servait de référence pour estimer les dommages causés par chaque tonne de CO2. Or, les nouvelles données révèlent un écart considérable. Une étude citée par Princeton estime ainsi que « chaque tonne supplémentaire de dioxyde de carbone émise coûte à la société 185 dollars », soit environ 170 euros. À titre de comparaison, l’ancienne estimation américaine s’établissait à seulement 51 dollars, soit environ 47 euros.

Cependant, la nouvelle étude publiée dans Nature va beaucoup plus loin. Elle estime qu’une tonne de CO2 émise en 1990 a déjà causé environ 180 dollars (environ 165 euros) de dommages d’ici 2020, mais pourrait engendrer 1 840 dollars supplémentaires (environ 1 690 euros) d’ici 2100. Autrement dit, la majorité du coût des émissions reste à venir.

Les chercheurs insistent sur ce point. « Les dommages futurs des émissions passées sont au moins dix fois supérieurs », expliquent les auteurs de l’étude. Cette dynamique illustre une réalité préoccupante : les effets économiques du CO2 s’accumulent dans le temps et s’amplifient.

Pollution : une facture économique mondiale qui explose

Les chiffres avancés par l’étude sont vertigineux. Les émissions américaines entre 1990 et 2020 ont généré à elles seules 10 200 milliards de dollars de dommages climatiques, soit environ 9 400 milliards d’euros, selon Nature. La Chine suit avec 8 700 milliards de dollars (environ 8 000 milliards d’euros), tandis que l’Union européenne atteint 6 420 milliards de dollars (environ 5 900 milliards d’euros).

Mais ces coûts ne sont pas confinés aux frontières des pays émetteurs. Une part significative des dommages est exportée vers d’autres régions du monde. Par exemple, les émissions américaines ont causé environ 500 milliards de dollars de pertes en Inde et 330 milliards au Brésil, explique Stanford. Dans le même temps, les pays les plus pauvres restent les plus vulnérables. Le Guardian souligne que ces nations subissent une part disproportionnée des pertes économiques, même si une fraction notable des dommages revient également aux grands pollueurs eux-mêmes.

Par ailleurs, l’étude montre que certains acteurs industriels ont un impact considérable. Les émissions liées à Saudi Aramco pourraient générer jusqu’à 64 000 milliards de dollars de dommages d’ici 2100, soit près de 59 000 milliards d’euros, selon Nature. ExxonMobil, de son côté, est associé à 29 000 milliards de dollars de pertes futures (environ 26 700 milliards d’euros).

Redéfinir l’estimation du coût climatique

L’un des apports majeurs de cette étude repose sur sa méthodologie. Contrairement aux approches traditionnelles, elle relie directement les émissions à des dommages économiques localisés, en intégrant des variables comme la baisse de productivité, les pertes agricoles ou encore les événements climatiques extrêmes. La Tribune précise que les canicules, sécheresses et autres chocs climatiques sont désormais intégrés dans le calcul du coût global, ce qui renforce considérablement les estimations.

Cette approche permet également de mieux comprendre la répartition des impacts. Près d’un tiers des dommages causés par les émissions américaines ont été subis aux États-Unis eux-mêmes, soit environ 2 970 milliards de dollars (environ 2 730 milliards d’euros). Pour les chercheurs, ces résultats confirment un phénomène structurel. « Tant qu’une tonne de CO2 reste dans l’atmosphère, elle contribue au réchauffement », rappelle Marshall Burke, selon Stanford. Les émissions passées continuent de produire des effets économiques pendant des décennies.

Ces nouvelles estimations ont des conséquences directes sur les politiques publiques. En effet, si le coût réel des émissions est largement supérieur aux calculs précédents, alors les stratégies actuelles de réduction pourraient être sous-dimensionnées. Dans le même temps, certains experts appellent à la prudence. « Ces chiffres doivent être interprétés comme des estimations, et non comme des valeurs définitives », rappelle l’économiste David Castells-Quintana, selon Science Media Centre Spain. Les incertitudes demeurent, notamment sur les trajectoires climatiques futures.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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