Fabriquer en France : le luxe discret d’une industrie qui résiste

Alors que la mondialisation a délocalisé l’essentiel de la production d’électroménager, le Groupe SEB maintient une présence industrielle significative en France. Un choix stratégique qui révèle l’importance du Made in France face aux nouvelles attentes des consommateurs en matière de traçabilité et de durabilité.

Cropped Favicon 1.png
By La rédaction Published on 4 avril 2026 12h53
Fabriquer En France
Fabriquer en France : le luxe discret d’une industrie qui résiste - © Economie Matin

Le Groupe SEB organise le Fashion Domestic Show : ses produits défilent sur un podium comme une collection de mode. Derrière cette mise en scène, une réalité qui mérite d'être dite clairement : une grande partie de ces objets sont fabriqués en France. Dans des usines françaises, par des salariés français, dans des villes qui en ont besoin. Alors que la mondialisation a délocalisé l'essentiel de la production d'électroménager, rares sont les groupes industriels à tenir cette exigence avec autant de constance.

Ce que la mondialisation a emporté discrètement

La mondialisation de la production d'électroménager s'est faite sans grand bruit. Dans les années 1990 et 2000, les usines ont fermé les unes après les autres, les productions ont migré vers la Chine ou l'Europe de l'Est, les savoir-faire ont commencé à se disperser. Ce n'était pas un drame industriel spectaculaire comme la fermeture d'une aciérie. C'était une lente dissolution, presque invisible dans ses effets immédiats sur le consommateur, mais profonde dans ses conséquences sur les territoires, sur les compétences, sur la capacité industrielle européenne à produire des objets du quotidien.

Le résultat est connu : l'essentiel des appareils électroménagers vendus en Europe est fabriqué hors d'Europe, principalement en Asie. Une dépendance structurelle que la pandémie de 2020 a rendue soudainement visible, en révélant ce que signifie concrètement ne plus maîtriser sa chaîne de production quand les approvisionnements se grippent et que les délais s'allongent. Ce qui avait été construit comme un modèle d'efficacité s'est révélé être une fragilité. Cette leçon a été retenue, au moins dans les discours. Elle reste à traduire dans les actes à une échelle significative.

Le choix de rester : une décision qui se reprend chaque année

Dans ce contexte, le choix de certains industriels de maintenir une présence productive significative en France n'est pas un détail symbolique. C'est une décision stratégique qui se prend et se reprend chaque année, dans des comités de direction, face aux analyses financières qui comparent les coûts de production français aux alternatives disponibles, face aux pressions qui voudraient des marges plus élevées à court terme.

Ce choix a un coût réel, assumé consciemment. Il suppose de croire que la proximité entre conception et fabrication produit de la valeur sur le long terme, même si cette valeur est difficile à inscrire dans un tableau de bord trimestriel. Il suppose de croire que les savoir-faire qui se construisent dans une usine française, transmis de génération en génération, constituent une barrière à l'entrée que les concurrents qui ont tout délocalisé ne peuvent pas reproduire facilement. Et il suppose de croire que des emplois maintenus dans des bassins industriels qui en ont besoin sont une forme de responsabilité qui ne se monétise pas directement, mais qui dit quelque chose d'essentiel sur ce qu'une entreprise choisit d'être.

Ce que les consommateurs redécouvrent

Les consommateurs redécouvrent la valeur du Made in France à travers des critères qui ont évolué dans leurs arbitrages d'achat. La traçabilité d'abord : une exigence nouvelle de savoir où un produit a été fabriqué, dans quelles conditions, par qui. La durabilité ensuite : la conviction, souvent confirmée par l'expérience, que les produits fabriqués avec des exigences industrielles sérieuses durent plus longtemps et résistent mieux à l'usage intensif. La confiance dans le matériau, dans la finition, dans le service après-vente d'une marque qui a encore des techniciens et des pièces détachées sur le territoire.

Ces critères ne font pas gagner systématiquement sur le prix. Ils font gagner sur la valeur perçue, sur la relation de confiance avec la marque, sur la disposition à rester fidèle dans le temps. C'est une conversation très différente de celle du moins-disant tarifaire, et beaucoup plus intéressante pour une industrie qui a tout à perdre à jouer ce jeu-là face à des concurrents dont les coûts de production sont structurellement inférieurs. La fidélité d'un client convaincu vaut infiniment plus qu'une part de marché gagnée sur le seul argument du prix.

Un capital humain et territorial qui mérite d'être raconté

Les collaborateurs du Groupe SEB en France, répartis sur une vingtaine de sites industriels, représentent une réalité économique et humaine que les discours abstraits sur la réindustrialisation ne parviennent pas toujours à rendre tangible. Ce sont des familles, des territoires, des savoir-faire transmis de génération en génération dans des bassins industriels qui leur doivent une partie de leur vitalité économique. Cette réalité existe, elle est mesurable, elle est concrète. Elle mérite d'être racontée avec la même ambition qu'on met à raconter les produits eux-mêmes.

Le Made in France n'est pas une étiquette qu'on colle sur un produit pour justifier un prix plus élevé. C'est un engagement, une responsabilité, une promesse faite à un territoire et à des personnes qui y travaillent. Les industriels qui le vivent comme tel construisent quelque chose de bien plus durable qu'un avantage concurrentiel ponctuel : une légitimité profonde, ancrée dans la réalité de ce qu'ils produisent et de la façon dont ils le produisent. C'est peut-être la forme la plus solide de souveraineté industrielle qui soit.

No comment on «Fabriquer en France : le luxe discret d’une industrie qui résiste»

Leave a comment

* Required fields