La formation CPF coûte plus cher depuis le 2 avril : ce qui change vraiment pour les salariés

Depuis le 2 avril 2026, financer une formation avec son CPF demande un effort supplémentaire. Le reste à charge forfaitaire a été relevé à 150 euros, au moment même où plusieurs plafonds de prise en charge ont déjà resserré l’accès à certains parcours.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 2 avril 2026 7h26
Le gouvernement met en place un nouveau plafonnement du CPF dès ce jeudi. Les droits mobilisables pour une formation seront désormais limités à 1.500 euros. CPF
Le gouvernement met en place un nouveau plafonnement du CPF dès ce jeudi. Les droits mobilisables pour une formation seront désormais limités à 1.500 euros. CPF - © Economie Matin
150 EUROSMême lorsque le compte couvre intégralement le prix pédagogique, une part de 150 euros reste due.

Le changement est entré en vigueur ce jeudi 2 avril 2026, après la publication au Journal officiel, le 1er avril, du décret n° 2026-234. Le texte est explicite : « Le texte entre en vigueur le lendemain de sa publication », indique Légifrance, et il fixe pour 2026 une participation obligatoire portée à 150 euros pour les formations éligibles au Compte Personnel de Formation. Cette hausse concerne les demandes de souscription intervenues après l’entrée en vigueur du décret.

Jusqu’ici, le reste à charge s’élevait à 103,20 euros au 1er janvier 2026, après avoir été fixé à 100 euros lors de sa création en mai 2024. En quelques mois, la dépense minimale à avancer pour une formation bondit donc de 46,80 euros, soit environ 45 %. Éditions Tissot rappelle d’ailleurs que « ce nouveau montant s’applique pour toute demande de souscription à une action de formation éligible au CPF intervenue à compter du 2 avril 2026 ».

Formation CPF : une hausse immédiate, mais pas pour tout le monde

Pour un salarié qui mobilise seul ses droits, la règle devient simple. Même lorsque le compte couvre intégralement le prix pédagogique, une part de 150 euros reste due. Pour les projets validés avant le 2 avril, l’ancien montant reste valable.

Cette hausse ne frappe cependant pas tout le monde de la même manière. Éditions Tissot rappelle que la participation n’est pas due par les demandeurs d’emploi ni par les salariés bénéficiant d’un abondement de l’employeur lorsque le coût de la formation dépasse les droits disponibles. La logique du dispositif devient donc plus claire : le CPF glisse vers un modèle de cofinancement, dans lequel le salarié paie davantage s’il finance seul son projet, mais peut réduire, voire annuler, la facture en obtenant un soutien complémentaire de l’entreprise.

C’est un changement discret en apparence, mais très concret. Jusqu’en 2024, une formation pouvait encore être couverte à 100 % si le solde CPF suffisait. Désormais, ce n’est plus le cas. La formation reste un droit individuel, mais elle n’est plus un droit sans contrepartie financière.

Formation : les plafonds changent aussi la donne

La hausse du reste à charge n’arrive pas seule. Depuis la fin février 2026, d’autres règles ont déjà rebattu les cartes. Sur le site officiel Mon Compte Formation, la Caisse des Dépôts rappelle que plusieurs formations restent éligibles, mais avec des plafonds beaucoup plus stricts. La plateforme indique par exemple : « Vous pouvez mobiliser au maximum 1 500 € de vos droits CPF pour suivre une formation qui prépare à une certification professionnelle inscrite au RS ». Cette règle vise de nombreuses certifications courtes, notamment en langues, en informatique ou en habilitations professionnelles.

Le même document officiel précise aussi que le bilan de compétences est désormais plafonné à 1 600 euros. S’ajoute à cela une autre contrainte : le titulaire ne doit pas avoir bénéficié d’un financement de bilan au cours des cinq années précédentes, qu’il s’agisse du CPF, de l’État, d’une Région, de France Travail ou d’un financeur privé comme un Opco.

Pour le permis léger, la restriction est encore plus nette. Le site officiel précise que l’usage du CPF est désormais réservé aux demandeurs d’emploi inscrits à France Travail et aux salariés bénéficiant d’un financement d’un tiers, avec un plafond fixé à 900 euros. Là encore, la réforme touche d’abord les publics qui mobilisaient le CPF de manière autonome pour des projets courts ou très répandus.

Pour les salariés, la conséquence est double. D’un côté, une formation certifiante inscrite au RNCP reste finançable sans plafond spécifique, ce qui protège encore les parcours diplômants ou professionnalisants les plus structurés. De l’autre, de nombreuses formations recherchées pour évoluer rapidement, préparer une reconversion ou sécuriser son parcours deviennent plus difficiles à financer intégralement. La réforme opère donc un tri, au bénéfice des formations les plus directement rattachées à un métier reconnu.

Formation : ce que les salariés vont payer en plusmalgré leur CPF

La hausse de 103,20 euros à 150 euros peut sembler limitée à première vue. Pourtant, son effet se cumule avec les nouveaux plafonds. Pour une certification du Répertoire spécifique facturée 2 000 euros, un salarié disposant de 3 500 euros sur son compte ne pourra pas mobiliser plus de 1 500 euros. Il devra donc financer 500 euros de différence, auxquels s’ajoute le reste à charge forfaitaire.

Le cas du bilan de compétences est tout aussi parlant. Si l’organisme facture 1 900 euros, le CPF ne couvrira plus que 1 600 euros. Le salarié devra alors assumer 300 euros de dépassement, plus les 150 euros obligatoires si aucun abondement ne vient compléter le dossier.

Cette évolution peut avoir plusieurs effets sur le comportement des salariés. D’abord, elle va pousser à comparer davantage les prix d’une même formation. Ensuite, elle redonne de la valeur à l’abondement employeur, puisque celui-ci permet non seulement de compléter le financement, mais aussi, dans certains cas, d’échapper à la participation forfaitaire. Enfin, elle peut conduire certains actifs à reporter, fractionner ou renoncer à un projet, surtout lorsque la formation visée est courte, peu onéreuse, mais pas indispensable à très court terme.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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