Gaz : la France devient le premier client de l’Algérie

La France s’est imposée en mars comme le premier client du GNL algérien, dans un marché européen brutalement reconfiguré par les tensions au Moyen-Orient et la poursuite de la guerre en Ukraine. Portée par la hausse des importations françaises et par le rôle croissant de l’Algérie comme fournisseur de proximité, cette progression éclaire à la fois les fragilités énergétiques du continent et le retour en force d’Alger dans les arbitrages gaziers européens.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 3 avril 2026 10h11
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Natural Gas. High prices of natural gas. Blue flames of gas burning from a kitchen gas stove. Energy crisis concept background. Cooker with burning fire propane. - © Economie Matin
70%Le prix du gaz a grimpé de 70% en mars 2026

Plusieurs médias algériens ont signalé un basculement notable sur le marché du GNL : la France a dépassé la Turquie pour devenir, en mars, le premier acheteur de gaz naturel liquéfié algérien. Le mouvement n’est pas anodin. Il intervient alors que les marchés de l’énergie en Europe restent sous tension et que les importateurs cherchent des approvisionnements plus sûrs, plus proches et plus rapides à mobiliser.

Dans ce contexte, le GNL algérien reprend une place stratégique. Les données relayées par TSA Algérie montrent que les exportations algériennes ont atteint 938 000 tonnes en mars 2026, contre 667 000 tonnes en février et 440 000 tonnes en janvier. La progression est donc spectaculaire. Elle traduit à la fois une montée en cadence de l’offre algérienne et un besoin accru côté européen, surtout français, dans un environnement devenu plus instable.

Algérie : un basculement rapide des flux de gaz

La donnée la plus marquante du mois est claire : la France a importé 347 000 tonnes de GNL algérien en mars 2026, ce qui la place devant la Turquie, tombée à 337 000 tonnes. L’écart reste réduit, mais le signal est fort. Il indique un redéploiement des flux au profit du marché français, qui cherchait manifestement à renforcer ses approvisionnements dans un moment de forte nervosité sur les marchés énergétiques.

Ce repositionnement est d’autant plus significatif que la hausse ne concerne pas seulement le classement des clients. Les livraisons vers la France ont augmenté de 18 % sur un an en mars. Paris n’a pas seulement profité d’un repli relatif d’un concurrent. La demande française a bel et bien monté en puissance.

Derrière la France et la Turquie, les autres acheteurs restent loin. Le Royaume-Uni a importé 76 000 tonnes, l’Espagne 74 000 tonnes, la Croatie 71 500 tonnes et l’Italie 33 000 tonnes, d’après TSA Algérie. Cette hiérarchie confirme deux tendances. D’une part, l’Europe concentre une part importante des débouchés du GNL algérien. D’autre part, la France a pris, sur ce segment précis, une avance nette sur les autres clients européens du mois.

Pourquoi le GNL algérien redevient central pour l’énergie en Europe

La remontée des exportations algériennes s’inscrit dans un cadre géopolitique bien plus large. Reuters rapportait le 30 mars que les ministres européens de l’Énergie cherchaient à coordonner leur réponse aux perturbations sur les marchés du pétrole et du gaz provoquées par la guerre avec l’Iran. L’agence citait un document interne de l’Union européenne appelant à éviter des réponses nationales dispersées, afin de ne pas envoyer de signaux déstabilisants au marché.

Ce point est essentiel. Lorsqu’une crise régionale perturbe les routes d’approvisionnement et fait bondir les cours, les États européens se tournent mécaniquement vers les fournisseurs les plus accessibles. Or l’Algérie dispose d’un avantage que peu d’exportateurs peuvent revendiquer dans cette phase : la proximité. TSA Algérie cite à ce sujet l’Energy Research Unit, qui décrit les cargaisons algériennes comme assurant « des approvisionnements stables loin des zones de tensions maritimes ». La même source estime même que l’offre algérienne représente « l’option la plus rapide et la moins risquée dans les circonstances actuelles ».

La logique est simple. Les cargaisons en provenance d’Algérie évitent une partie des risques géopolitiques qui pèsent sur d’autres routes maritimes majeures et cette proximité avec l’Europe permet de sécuriser les livraisons en contournant certaines zones sensibles, notamment dans le contexte des tensions autour du détroit d’Ormuz. Cela ne fait pas de l’Algérie une solution miracle. En revanche, cela en fait un fournisseur de crise, crédible et immédiatement mobilisable.

Cette perception est renforcée par les avertissements de l’Agence internationale de l’énergie. Le 1er avril, Reuters rapportait que son directeur exécutif, Fatih Birol, voyait s’aggraver en avril les perturbations d’approvisionnement en pétrole au Moyen-Orient, avec un effet direct attendu sur l’économie européenne. L’AIE évoque déjà 12 millions de barils perdus depuis le début de la guerre et environ 40 infrastructures énergétiques clés endommagées. Dans pareil contexte, l’accélération des achats de GNL algérien par la France prend une cohérence immédiate : elle répond à une logique de sécurisation avant que la crise ne produise des effets plus lourds.

Gaz : la pression monte sur le marché européen

La hausse des achats français s’explique aussi par la situation intérieure du marché européen. Euronews relevait le 27 mars que le prix de référence du gaz TTF était passé de 38 à 54 euros par mégawattheure depuis le début du mois, soit une flambée de 70 %. Une telle progression en si peu de temps reflète une tension extrême. Les importateurs cherchent alors à verrouiller des volumes, parfois même à surpayer à court terme, pour réduire le risque d’une pénurie ou d’une nouvelle poussée des prix.

La France a, en outre, ses propres contraintes de sécurité d’approvisionnement. Les stocks souterrains de gaz français n’étaient remplis qu’à 22,1 % au 24 mars 2026, sur la base de données de Kyos European Gas Analytics. Ce niveau ne traduit pas une rupture imminente, mais il rappelle une réalité : la question du remplissage précoce des stocks avant l’hiver est redevenue centrale. Reuters indiquait d’ailleurs le 30 mars que l’Union européenne voulait précisément concentrer ses efforts sur cet objectif.

Dans ce cadre, la montée des importations françaises de GNL algérien répond à un besoin double. Il s’agit, d’un côté, de sécuriser des molécules physiques disponibles rapidement. Il s’agit, de l’autre, d’envoyer au marché le signal que des alternatives régionales existent encore. La France dispose d’infrastructures de réception de GNL, mais encore faut-il que les cargaisons soient disponibles à des conditions acceptables. L’Algérie, par sa proximité et par sa capacité à accroître ses volumes au premier trimestre, est apparue comme une réponse opérationnelle.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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