Le prix d’un billet d’avion s’envole à nouveau. En Europe comme en Asie, la hausse du kérosène liée à la guerre au Moyen-Orient pousse les compagnies à relever leurs tarifs. Certaines vont jusqu’à annuler des vols. Une tendance qui pourrait durer.
Avion : les compagnies augmentent à nouveau leurs tarifs

Depuis début avril 2026, le secteur du transport aérien fait face à un choc inédit. Le prix du carburant, directement lié aux tensions géopolitiques autour de l’Iran et du détroit d’Ormuz, bouleverse l’économie des compagnies. Résultat immédiat : le billet d’avion devient plus cher, parfois nettement. Les premières hausses ont déjà été appliquées, notamment en Europe. Mais au-delà des annonces ponctuelles, c’est une dynamique globale qui se dessine. Elle touche l’ensemble du marché et pourrait durablement modifier le coût des voyages aériens.
Pourquoi le prix des billets d’avion augmente avec le kérosène ?
La cause principale est clairement identifiée : la flambée du kérosène. En quelques semaines, le prix du carburant aérien est passé d’environ 750 dollars à 1 900 dollars la tonne, selon HuffPost. Une hausse brutale, directement liée aux tensions au Moyen-Orient. Dans le même temps, le prix moyen mondial du kérosène a atteint 209 dollars par baril, en hausse de 7,1 % sur une semaine, selon l’IATA. En Europe, EUROCONTROL observe un niveau de 4,73 dollars par gallon fin mars, soit deux fois plus qu’au début de l’année.
Cette explosion des coûts n’a rien d’anecdotique. Le carburant représente une part essentielle des dépenses des compagnies. Dès lors, toute variation se répercute mécaniquement sur les tarifs. D’autant que la crise actuelle touche un point névralgique : le détroit d’Ormuz, par lequel transitait environ 21 % du commerce maritime mondial de kérosène
Face à cette situation, les professionnels du secteur se montrent pessimistes. « Les hausses des prix des billets se généralisent et sont inévitables », a déclaré Pascal de Izaguirre, président de la FNAM, à TF1 Info. Et d’ajouter : « On peut s’attendre à de nouvelles hausses de tarifs dans les prochains mois ».
Quelles compagnies augmentent leurs billets d’avion en Europe ?
Les premières mesures concrètes ont été prises en Europe. Air France a ainsi appliqué une seconde surcharge carburant de 50 euros sur ses billets long-courriers en classe économique, selon HuffPost. Cette hausse s’ajoute à une précédente augmentation du même montant, soit un total de 100 euros supplémentaires sur un aller-retour.
La hausse ne se limite pas au long-courrier. Les vols courts et moyen-courriers sont également concernés, avec une augmentation moyenne de 10 euros aller-retour. La filiale Transavia applique des ajustements similaires, confirmant une stratégie globale du groupe Air France-KLM. Mais le phénomène dépasse largement l’Europe. Selon Reuters, plusieurs compagnies internationales ont déjà augmenté leurs tarifs ou ajusté leurs prévisions, parmi lesquelles Air India, Air New Zealand ou encore AirAsia X.
Dans certains cas, les compagnies vont plus loin. Air New Zealand a non seulement relevé ses prix, mais aussi réduit ses capacités. Son porte-parole explique que les coûts du carburant sont « plus du double de leur niveau habituel ». Cette situation inquiète l’ensemble du secteur. « Les compagnies sont très préoccupées par l’avenir, car nous ne savons pas quand la guerre prendra fin ni quand l’approvisionnement reprendra », souligne l’analyste Shukor Yusof, cité par Reuters.
Des hausses de prix d’avion accompagnées d’annulations et de réductions de vols
Au-delà de l’augmentation des tarifs, les compagnies ajustent aussi leur offre. Certaines lignes deviennent moins rentables. D’autres deviennent impossibles à opérer dans des conditions normales. Cathay Pacific a ainsi annoncé la suppression de 2 % de ses vols passagers entre la mi-mai et la fin juin 2026, selon Reuters. Sa filiale low-cost HK Express va même annuler 6 % de ses vols à partir du 11 mai.
En Asie, la situation est encore plus marquée. Vietnam Airlines a réduit de 23 vols domestiques par semaine, tandis que Batik Air Malaysia a diminué sa capacité de 36 %. Certaines compagnies adoptent également des stratégies inédites. Elles embarquent davantage de carburant dès le départ ou ajoutent des escales techniques pour se ravitailler ailleurs, afin d’éviter les zones de tension.
Dans ce contexte, l’annulation devient un outil de gestion. « Aujourd’hui, si une compagnie aérienne constate qu’un vol à venir aura un coefficient de remplissage trop faible, elle peut préférer l’annuler ». Même les grandes compagnies européennes envisagent ce scénario. Michael O’Leary, patron de Ryanair, alerte : si 10 % à 20 % de l’approvisionnement en carburant est menacé cet été, les compagnies devront envisager des suppressions de vols.
Jusqu’où les prix des billets d’avion pourraient encore augmenter en Europe
La question désormais centrale est celle de la durée. Car tous les indicateurs pointent vers une crise prolongée. EUROCONTROL intègre déjà cette situation dans ses prévisions. Les espaces aériens de plusieurs pays du Moyen-Orient sont considérés comme fermés pour au moins huit semaines, selon son plan opérationnel publié le 10 avril 2026. Une contrainte qui allonge les trajets et augmente encore la consommation de carburant. Dans le même temps, le trafic aérien européen reste élevé, avec une projection de 32 500 vols quotidiens mi-avril et jusqu’à 36 000 fin mai. Cette forte demande limite la capacité des compagnies à absorber les coûts.
Les ajustements tarifaires pourraient donc se poursuivre. D’autant que certaines hausses restent progressives. Air France n’a par exemple appliqué ses augmentations que sur les billets émis à partir de fin mars, laissant présager de nouvelles évolutions. Tant que les tensions sur le pétrole et le kérosène persisteront, le prix du billet d’avion restera sous pression. Et les voyageurs devront s’adapter à cette nouvelle donne.
