Pourquoi certaines maladies gagnent du terrain en Europe

Sous l’effet du réchauffement climatique et de la hausse des températures, les maladies infectieuses autrefois cantonnées aux zones tropicales progressent en Europe. Dengue, Zika, chikungunya ou virus du Nil occidental redessinent les risques sanitaires sur le continent.

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By Aurélie Giraud Published on 22 avril 2026 10h41
Chikungunya maladies moustiques
Moustiques et tiques profitent d’un environnement plus favorable : avec la hausse des températures, la carte des maladies infectieuses évolue aussi en Europe. - © Economie Matin
+297%le risque d’épidémies de dengue en Europe a augmenté de 297% depuis 1980-2010.

Le signal est désormais suffisamment fort pour ne plus être traité comme une alerte marginale. Publié le 22 avril 2026 dans The Lancet Public Health, le troisième rapport européen du Lancet Countdown on Health and Climate Changedocumente une aggravation nette des impacts sanitaires du climat en Europe. Parmi eux, la progression des maladies infectieuses sensibles aux conditions météorologiques s’impose comme l’un des basculements les plus visibles, et les plus inquiétants pour les systèmes de santé.

Maladies : le climat redessine la carte des risques en Europe

Le constat posé par The Lancet Public Health est sans ambiguïté : le changement climatique pèse de plus en plus lourdement sur la santé en Europe. Chaleur extrême, pollution, tensions sur l’alimentation, pression sur les systèmes de soins… et, parmi ces effets, une progression marquée des maladies infectieuses favorisées par des températures plus élevées.

Le chiffre le plus frappant concerne la dengue. Le risque moyen d’épidémies en Europe a presque quadruplé par rapport à la période 1980-2010, soit une hausse de 297%. Ce seul indicateur dit beaucoup du basculement en cours. Il montre que le sujet n’est plus théorique, ni réservé aux territoires ultramarins : les conditions climatiques deviennent plus propices à la transmission sur le continent européen lui-même.

Joacim Rocklöv, co-directeur du Lancet Countdown Europe, le résume ainsi dans la présentation officielle de l’Université de Heidelberg : « Nous constatons très clairement que le changement climatique alimenté par les énergies fossiles constitue une menace croissante pour la santé d’un nombre toujours plus important de personnes en Europe. »

Autrement dit, la crise climatique ne crée pas ces maladies, mais elle leur ouvre un terrain plus favorable.

Dengue, chikungunya, Zika : des maladies qui gagnent du terrain

La dengue concentre aujourd’hui l’essentiel de l’attention, parce qu’elle symbolise cette nouvelle vulnérabilité européenne. Sa progression est liée à l’expansion des moustiques vecteurs, notamment le moustique tigre, désormais bien implanté dans plusieurs pays du sud de l’Europe et de plus en plus présent ailleurs.

Mais la dengue n’est pas seule. Le chikungunya suit la même dynamique. En 2025, 788 cas ont été recensés en France et 384 en Italie, selon la surveillance saisonnière de l’European Centre for Disease Prevention and Control (ECDC), signe que la transmission locale n’est plus un accident rarissime. Ces épisodes montrent que l’Europe entre dans une phase où certaines maladies vectorielles peuvent s’installer, réapparaître ou circuler plus intensément selon les conditions météorologiques.

Zika, lui, reste à un niveau différent de menace, mais il figure désormais dans les maladies surveillées avec attention. Là encore, le sujet n’est pas de prétendre à une explosion imminente, mais de constater qu’un climat plus chaud, combiné à la présence accrue de moustiques vecteurs, modifie la donne.

Le problème, au fond, est simple : plus les saisons chaudes s’allongent, plus la fenêtre de transmission s’élargit. Les moustiques survivent plus longtemps, colonisent de nouveaux espaces et trouvent sur le continent des conditions autrefois moins favorables précise Franceinfo.

Le virus du Nil occidental et la menace des fièvres hémorragiques

Réduire le sujet aux seuls moustiques tropicaux serait pourtant une erreur. Le virus du Nil occidental illustre lui aussi cette recomposition sanitaire. En 2025, 1.112 cas humains autochtones ont été signalés en Europe, d’après les données reprises par l’ECDC. Ce niveau montre que certaines infections ne relèvent plus seulement d’une veille scientifique discrète : elles deviennent un enjeu sanitaire concret pour plusieurs pays.

Autre sujet souvent relégué au second plan : les fièvres hémorragiques. Dans le contexte européen, la plus surveillée est la fièvre hémorragique de Crimée-Congo, transmise par des tiques. Elle reste davantage associée au sud et à l’est du continent, mais son potentiel d’extension inquiète de plus en plus.

L’OMS Europe note ainsi que « le potentiel de propagation et d’apparition dans le nord de l’Europe augmente en raison de facteurs tels que le changement climatique et les déplacements des tiques et de leurs hôtes animaux ». Là encore, le climat n’est pas l’unique facteur, mais il agit comme un accélérateur.

Cette évolution rappelle une chose essentielle : la nouvelle géographie sanitaire européenne ne se limite pas au moustique tigre. Elle englobe aussi d’autres vecteurs, d’autres agents pathogènes et des risques plus diffus, mais potentiellement durables.

Températures, prévention, adaptation : une réponse encore incomplète

Le plus préoccupant, dans ce tableau, n’est pas seulement la multiplication des signaux d’alerte. C’est le fait que les systèmes de prévention, eux, avancent souvent moins vite que le climat. Surveillance entomologique, démoustication ciblée, information du public, repérage rapide des cas, formation des soignants : tout cela doit changer d’échelle.

Le rapport du Lancet Countdown Europe rappelle d’ailleurs que l’Europe paie déjà le prix sanitaire du dérèglement climatique sur plusieurs fronts à la fois. Les maladies infectieuses ne sont qu’une partie du problème, mais elles sont particulièrement parlantes parce qu’elles donnent à voir, de manière très concrète, l’installation d’un climat nouveau.

Joacim Rocklöv souligne aussi, dans la communication de l’Université de Heidelberg, qu’« un ensemble de mesures prises aux niveaux national et local permet d’espérer que la crise climatique puisse être contenue et que ses impacts soient réduits ». Le message n’est donc pas seulement alarmant. Il est aussi politique : l’Europe peut encore limiter les dégâts, à condition de traiter la santé comme une conséquence directe du climat, et non comme un sujet séparé.

Car la vraie rupture est là. Le réchauffement climatique n’annonce pas seulement davantage de canicules. Il transforme déjà les frontières invisibles qui contenaient certaines maladies loin de l’Europe. Et ces frontières, elles aussi, sont en train de céder.

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Aurélie Giraud, juriste de formation, titulaire d'une maîtrise de droit public (Sorbonne, Paris I), est journaliste à Economie Matin, après avoir travaillé comme correctrice et éditrice dans l’édition.

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