Cyberattaques : les plus graves commises à l’encontre du Royaume-Uni proviennent de Russie, d’Iran et de Chine

Les cyberattaques les plus graves contre le Royaume-Uni proviennent désormais de Russie, d’Iran et de Chine, révèle le directeur du Centre national de cybersécurité britannique. Plus de 200 incidents nationalement significatifs ont été traités en 2025, soit le double de l’année précédente, témoignant d’une escalade géopolitique majeure.

Photo Jean Baptiste Giraud
By Jean-Baptiste Giraud Published on 24 avril 2026 11h36
Cyberattaques : les plus graves commises à l'encontre du Royaume-Uni proviennent de Russie, d'Iran et de Chine
Cyberattaques : les plus graves commises à l'encontre du Royaume-Uni proviennent de Russie, d'Iran et de Chine - © Economie Matin
1,9 MILLIARDS LIVRES STERLINGLa cyberattaque à l'encontre de Jaguar Land Rover a coûté environ 1,9 milliard de livres sterling à l'économie britannique

La cyberattaque étatique, nouvelle menace économique majeure pour le Royaume-Uni

Le paysage des menaces numériques connaît une transformation radicale au Royaume-Uni. Désormais, les cyberattaques les plus préoccupantes ne proviennent plus uniquement d'organisations criminelles, mais directement d'États hostiles. Cette évolution marque un tournant géopolitique majeur dans la guerre économique moderne.

Richard Horne, directeur du Centre national de cybersécurité britannique (NCSC), a livré mercredi lors de la conférence CyberUK à Glasgow un diagnostic sans appel sur cette nouvelle réalité. Selon ses déclarations, rapportées par Yahoo, le Royaume-Uni traverse « le bouleversement géopolitique le plus sismique de l'histoire moderne ».

Plus de 200 incidents nationalement significatifs en 2025

Les chiffres révélés par Dan Jarvis, ministre britannique de la Sécurité, témoignent d'une escalade préoccupante. Le NCSC a traité plus de 200 incidents « nationalement significatifs » l'année passée, soit plus du double comparé à l'année précédente. Cette progression exponentielle illustre l'intensification des tensions cybernétiques.

Actuellement, le centre britannique gère environ quatre incidents majeurs par semaine. Si l'activité criminelle traditionnelle, notamment les rançongiciels, demeure la menace la plus répandue pour la majorité des organisations, les incidents les plus graves proviennent désormais d'États hostiles.

La Chine, sophistication « à vous couper le souffle »

La montée en puissance cyber de Pékin inquiète particulièrement les autorités britanniques. « Nous savons que les agences de renseignement et militaires chinoises affichent désormais un niveau de sophistication à vous couper le souffle dans leurs opérations cyber », a déclaré Richard Horne. Cette capacité technologique, combinée à une approche gouvernementale globale, fait de la Chine « plus qu'une simple menace cyber capable, mais un concurrent de pair dans l'espace cyber ».

L'empire du Milieu ne se contente plus d'espionnage industriel classique. Ses opérations s'étendent à une stratégie de long terme visant à saper les fondements économiques occidentaux par des intrusions systématiques dans les infrastructures critiques.

L'Iran cible les dissidents britanniques

La République islamique déploie ses capacités numériques selon une logique répressive transnationale. « Nous savons que l'Iran utilise quasi certainement l'activité cyber pour soutenir la répression d'individus britanniques dans nos rues qui sont perçus comme une menace pour le régime », a souligné le responsable du NCSC.

Cette stratégie de cyberattaque ciblée révèle une dimension géopolitique nouvelle : l'exportation de la répression politique par voie numérique, transformant le territoire britannique en extension du contrôle iranien.

La Russie exporte ses tactiques militaires

Moscou transpose son expérience ukrainienne vers un théâtre d'opérations élargi. « La Russie prend les leçons cyber qu'elle a apprises sur un théâtre de guerre et les déplace au-delà du champ de bataille », a expliqué Horne. Les tactiques et techniques affinées durant le conflit se dirigent désormais vers les États considérés comme hostiles.

Cette « activité hybride russe soutenue » cible les actifs britanniques et européens selon une approche coordonnée. Récemment, des pirates liés au GRU ont exploité des vulnérabilités dans les routeurs internet pour voler des données sensibles, illustrant cette transposition opérationnelle.

Impact économique : l'exemple Jaguar Land Rover

L'ampleur des dommages économiques causés par ces cyberattaques dépasse largement le cadre sécuritaire. L'attaque contre Jaguar Land Rover, le plus grand constructeur automobile britannique, a entamé la croissance économique nationale en fin d'année dernière. Dan Jarvis a comparé cet incident à « des criminels masqués se présentant chez des concessionnaires automobiles, brisant les vitres, détruisant les ordinateurs et volant des véhicules ».

Selon le Centre de surveillance cyber britannique, cette cyberattaque a coûté environ 1,9 milliard de livres sterling à l'économie britannique. Les attaques contre Marks & Spencer et Co-op ont généré des pertes estimées entre 270 et 440 millions de livres.

L'intelligence artificielle, double tranchant

L'émergence de l'intelligence artificielle transforme le paysage des menaces. Dan Jarvis a souligné que l'IA facilite désormais les attaques adverses en identifiant les vulnérabilités système « plus rapidement qu'aucune équipe humaine ne peut les corriger ». Cette course technologique impose une collaboration renforcée entre les entreprises d'IA et le gouvernement britannique pour développer des programmes de défense sur mesure.

Parallèlement, l'avènement de l'informatique quantique menace de rendre obsolètes les processus de chiffrement actuellement utilisés, nécessitant une préparation stratégique immédiate.

Préparation au conflit : une réalité économique

Dans un hypothétique scénario de conflit, le Royaume-Uni ferait face à des attaques « à grande échelle » présentant des effets similaires aux rançongiciels actuels, mais sans possibilité de récupération par paiement. Cette perspective impose aux entreprises d'intégrer la cybersécurité dans leur mission stratégique.

Comme l'a précisé Blaise Metreweli, chef du MI6, en décembre : « notre monde est plus dangereux et contesté maintenant qu'il ne l'a été depuis des décennies ». Le Royaume-Uni « opère dans un espace entre paix et guerre », et l'espace cyber constitue une partie intégrante de cette confrontation.

Extension européenne des attaques russes

La menace russe s'étend bien au-delà des frontières britanniques. Les autorités suédoises ont récemment identifié un groupe pro-russe lié aux services de sécurité moscovites derrière une cyberattaque contre une centrale de chauffage. Cette offensive s'inscrit dans une série coordonnée visant les infrastructures critiques européennes.

En décembre, la Pologne a subi des attaques coordonnées contre des centrales de chauffage et d'électricité alimentant près de 500 000 clients. La Norvège et le Danemark ont également signalé des incidents similaires, confirmant une stratégie russe d'envergure continentale.

  • Plus de 155 incidents de perturbation liés à la Russie depuis février 2022
  • Attaques contre le contrôle aérien allemand
  • Tentatives d'accès aux comptes Signal et WhatsApp de responsables et journalistes
  • Exploitation de vulnérabilités dans les routeurs internet par le groupe APT28

Cette escalade cyber redéfinit les paramètres de la compétition économique internationale, transformant chaque entreprise en cible potentielle d'une guerre économique silencieuse mais dévastatrice.

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin.  Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018, Il a également présenté le « Mag de l’Eco » sur RTL de 2016 à 2019, et « Questions au saut du lit » toujours sur RTL, jusqu’en septembre 2021.  Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont « Dernière crise avant l’Apocalypse », paru chez Ring en 2021, mais aussi de "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ou encore du " Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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