Cœur : les cardiologues alertent sur les aliments ultratransformés

La santé du cœur ne dépend pas seulement du sucre, du sel ou des graisses. Selon un consensus clinique publié dans le European Heart Journal, les aliments ultratransformés doivent désormais être regardés comme un facteur de risque cardiovasculaire à part entière.

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By Aurélie Giraud Last modified on 11 mai 2026 10h21
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Aliments ultratransformés : jusqu’à 65% de risque cardiovasculaire en plus. - © Economie Matin
80%Part approximative des produits disponibles en supermarché qui seraient des aliments ultratransformés, selon l’Assurance maladie.

Longtemps, la prévention en matière de santé cardiovasculaire s’est concentrée sur les calories, le sel, le sucre ou les graisses. Les cardiologues européens invitent désormais à regarder aussi le degré de transformation des aliments. Sodas, céréales sucrées, plats préparés, snacks emballés ou viandes transformées prennent peu à peu la place des repas faits maison et des aliments bruts dans l’alimentation quotidienne. C’est cette évolution que les experts associent à une hausse du risque pour le cœur.

Cœur : les aliments ultratransformés dans le viseur des cardiologues

Le signal vient de la Société européenne de cardiologie, qui place désormais les aliments ultratransformés parmi les sujets à surveiller pour la santé du cœur. Dans un consensus publié le 7 mai 2026 dans le European Heart Journal et rapportée par nos confrères du Figaro, un groupe d’experts estime que la consommation d’aliments ultratransformés reste trop peu prise en compte dans la prévention cardiovasculaire. Le document réunit les résultats de la recherche disponible sur le sujet et défend une idée simple : l’évaluation nutritionnelle d’un patient ne devrait plus ignorer la part de ces produits dans son alimentation.

Selon la Société européenne de cardiologie, les plus gros consommateurs d’aliments ultratransformés présentent un risque plus élevé de maladie cardiovasculaire et de décès.

La définition retenue s’appuie sur la classification Nova. Les aliments ultratransformés correspondent au groupe 4 : des produits industriels prêts à consommer, généralement fabriqués avec de nombreux ingrédients, des additifs, des arômes ou des substances rarement utilisées en cuisine domestique. Le European Heart Journal cite notamment les chips, boissons sucrées, confiseries, viandes transformées, nombreux plats préparés, yaourts aux fruits industriels et céréales du petit-déjeuner.

Le sujet ne se limite donc pas à la « malbouffe » caricaturale. Des aliments présentés comme pratiques, modernes ou même équilibrés peuvent aussi relever de cette catégorie. Ce qui compte n’est pas seulement l’image du produit, mais sa composition, son degré de transformation et sa place réelle dans l’alimentation quotidienne.

Une hausse du risque jusqu’à 65% pour la mortalité cardiovasculaire

Le chiffre le plus marquant concerne la mortalité cardiovasculaire. Selon la Société européenne de cardiologie, les adultes consommant le plus d’aliments ultratransformés présentent jusqu’à 19% de risque supplémentaire de maladie cardiaque, 13% de risque supplémentaire de fibrillation atriale et jusqu’à 65% de risque supplémentaire de décès cardiovasculaire par rapport aux plus faibles consommateurs.

Ces données ne signifient pas qu’un aliment isolé provoque mécaniquement un infarctus. Elles décrivent une association observée dans des études et des analyses portant sur de larges populations. Mais l’accumulation des résultats pousse les cardiologues européens à considérer ces produits comme un indicateur utile du risque alimentaire.

Les données françaises vont dans le même sens. En 2019, l’étude NutriNet-Santé, publiée dans le British Medical Journal, avait déjà observé un risque accru de maladies cardiovasculaires chez les consommateurs d’aliments ultratransformés. L’Inserm indique que plus de 100.000 participants de la cohorte française ont été suivis entre 2009 et 2018, avec 1.409 cas de maladies cardiovasculaires recensés pendant le suivi.

L’Inserm précise aussi qu’une augmentation absolue de 10% de la part d’aliments ultratransformés dans le régime était associée à une hausse de 12% du risque de maladies cardiovasculaires au global, de 13% pour les maladies coronariennes et de 11% pour les maladies cérébrovasculaires.

Pourquoi ces aliments pèsent sur les artères

Le danger ne tient pas à un seul ingrédient. Les aliments ultratransformés concentrent souvent plusieurs défauts : densité énergétique élevée, excès de sel, sucres ajoutés, graisses saturées ou transformées, faible teneur en fibres, en vitamines et en minéraux. L’Assurance maladie rappelle qu’ils ont en moyenne une moins bonne qualité nutritionnelle et sont souvent riches en sel, sucres ou graisses saturées, tout en étant pauvres en fibres, minéraux et vitamines.

Ces caractéristiques favorisent des facteurs bien connus du risque cardiovasculaire : surpoids, diabète de type 2, hypertension artérielle, anomalies des graisses dans le sang, inflammation chronique ou résistance à l’insuline. La Société européenne de cardiologie souligne que ces produits aggravent notamment l’obésité, le diabète de type 2, l’hypertension et l’accumulation de graisses défavorables dans le sang.

Mais la question va au-delà du profil nutritionnel. Les procédés industriels modifient aussi la texture et la structure des aliments. L’Assurance maladie explique que ces produits sont souvent plus mous, plus friables, plus liquides ou plus faciles à avaler que les aliments bruts, ce qui réduit la mastication et peut favoriser une ingestion plus rapide.

Ce point est essentiel pour comprendre le risque. Un produit très aromatisé, très pratique, peu rassasiant et consommable sans préparation peut encourager le grignotage. Il ne s’agit pas seulement d’un problème de calories affichées sur l’étiquette, mais d’un modèle alimentaire entier : manger vite, souvent, avec des produits conçus pour être disponibles immédiatement.

Aliments ultratransformés : un enjeu de santé publique en France

En France, les aliments ultratransformés représentent environ 35% des apports caloriques, selon l’Assurance maladie. L’organisme estime également qu’environ 80% des produits disponibles en supermarché relèvent de cette catégorie.

Ce poids dans l’alimentation explique pourquoi les médecins veulent déplacer le débat. Il ne suffit plus d’opposer bons et mauvais aliments de façon simpliste. Les produits ultratransformés sont nombreux, parfois bon marché, très visibles en rayon et adaptés aux rythmes de vie modernes. Ils répondent à une demande de rapidité, mais installent aussi des habitudes qui peuvent peser sur la santé du cœur.

L’Inserm note que les aliments ultratransformés se caractérisent souvent par une qualité nutritionnelle plus faible, mais aussi par la présence d’additifs alimentaires, de composés néoformés et de composés provenant des emballages ou matériaux de contact.

Le consensus européen invite donc les professionnels de santé à interroger concrètement les patients sur leur consommation. La question n’est pas seulement : « Mangez-vous trop gras ou trop sucré ? » Elle devient aussi : « Quelle part de vos repas vient de produits industriels prêts à consommer ? » Pour un patient déjà hypertendu, diabétique, en surpoids ou avec un excès de cholestérol, cette information peut modifier les conseils de prévention.

Réduire sans culpabiliser

Le message des experts n’est pas de condamner toute transformation alimentaire. Le pain frais, les conserves simples, les légumes surgelés nature, les yaourts nature, les fromages artisanaux ou les poissons en conserve au naturel ne sont pas automatiquement ultratransformés. L’Assurance maladie distingue les aliments peu transformés, les ingrédients culinaires, les aliments transformés et les produits ultratransformés du groupe 4.

Le repère pratique reste la liste d’ingrédients. Plus elle est longue, plus elle contient d’additifs, d’arômes, d’émulsifiants, d’édulcorants, de protéines isolées, d’huiles hydrogénées ou d’amidons modifiés, plus le produit a de chances d’être ultratransformé.

Réduire l’exposition peut commencer par des gestes simples : remplacer les boissons sucrées par de l’eau, choisir des légumes surgelés nature plutôt qu’un plat préparé, garder des fruits ou des noix non salées pour le goûter, privilégier un yaourt nature plutôt qu’un dessert lacté aromatisé, ou cuisiner plusieurs portions à l’avance. L’Assurance maladie recommande notamment de cuisiner chez soi avec des produits frais, des conserves simples ou des surgelés non préparés.

Les signaux à surveiller dans l’assiette

  • Une longue liste d’ingrédients, difficile à rapprocher d’une recette maison.
  • Des additifs, arômes, édulcorants, émulsifiants ou agents de texture.
  • Un produit prêt à manger, très salé, très sucré ou très gras.
  • Une texture très facile à avaler, qui incite à manger vite.
  • Un emballage individuel favorisant le grignotage.
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Aurélie Giraud, juriste de formation, titulaire d'une maîtrise de droit public (Sorbonne, Paris I), est journaliste à Economie Matin, après avoir travaillé comme correctrice et éditrice dans l’édition.

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