Waymo : les robotaxis rappelés après qu’une voiture se soit jetée dans l’eau

L’industrie de la voiture autonome vient d’essuyer un revers aussi spectaculaire qu’inattendu : le rappel volontaire de 3 791 véhicules Waymo ordonné par l’Autorité nationale de sécurité routière américaine (NHTSA). Motif du rappel ? Un robotaxi, inoccupé et visiblement convaincu de ses capacités, a décidé le 20 avril dernier de s’aventurer sur une route inondée de San Antonio, au Texas, avant de finir sa course dans un ruisseau. Sans passager, heureusement. Mais avec beaucoup de questions dans son sillage.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 13 mai 2026 6h48
Bug technologique : un taxi autonome Waymo incapable de quitter un rond-point
Waymo : les robotaxis rappelés après qu’une voiture se soit jetée dans l’eau - © Economie Matin
350 MILLIONS $Waymo a réalisé 350 millions de dollars de chiffre d'affaires pour environ 15 millions de trajets en 2025

L'épisode, aussi cocasse qu'inquiétant, soulève des interrogations fondamentales sur la maturité technologique des systèmes de conduite automatisée — dans un secteur qui pèse déjà plusieurs milliards de dollars et continue d'attirer des capitaux comme un aimant.

Waymo, pionnier controversé de la mobilité autonome

Waymo, filiale d'Alphabet (la maison mère de Google), s'est imposée comme l'un des acteurs les plus avancés de la conduite autonome depuis ses débuts en 2009. L'entreprise exploite aujourd'hui la plus importante flotte commerciale de robotaxis aux États-Unis, déployée sur onze marchés urbains majeurs, de San Francisco à Miami en passant par Phoenix, Los Angeles et Austin.

Forte de plus d'un demi-million de trajets hebdomadaires, la société californienne mise sur une technologie propriétaire de cinquième et sixième génération de systèmes de conduite automatisée (ADS) qui équipe l'intégralité de sa flotte aujourd'hui rappelée. Cette expansion rapide s'appuie sur des investissements colossaux : Waymo a levé plus de 5,5 milliards de dollars lors de sa dernière série de financement en octobre 2024, des capitaux destinés à accélérer le déploiement commercial et à affiner ses algorithmes de détection environnementale. On comprend mieux, dès lors, pourquoi un caniveau texan peut faire trembler une valorisation.

L'incident de San Antonio : quand la technologie rencontre ses limites

L'accident du 20 avril à San Antonio illustre avec une clarté désarmante ce que les ingénieurs appellent pudiquement un « cas limite ». Selon le rapport de la NHTSA, le véhicule avait bien détecté la présence d'eau stagnante sur une voie rapide limitée à 65 km/h. Il a même ralenti — preuve que le logiciel avait identifié la « section inondée infranchissable ». Mais l'algorithme de prise de décision, visiblement partagé entre la prudence et l'audace, n'a pas déclenché l'arrêt d'urgence complet qui s'imposait, laissant le robotaxi s'engouffrer dans la zone dangereuse.

Cette défaillance met en lumière les limites actuelles de l'intelligence artificielle embarquée face aux situations exceptionnelles. Les systèmes Waymo, beau avoir été entraînés sur des millions de kilomètres de données de conduite, peinent encore à reproduire ce réflexe très humain qui consiste à freiner net devant une flaque dont on ne voit pas le fond. Des incidents similaires ont d'ailleurs été documentés à Austin, où des véhicules autonomes se sont immobilisés en plein embouteillage sous de fortes précipitations, contraignant les conducteurs humains — eux, bien présents — à les contourner avec une perplexité non dissimulée.

La réaction de Waymo : entre transparence et gestion de crise

Face à cette situation délicate, Waymo a choisi la carte de la transparence proactive. L'entreprise a initié volontairement le rappel dès le 24 avril, soit quatre jours à peine après l'incident — une réactivité qui tranche avec les lenteurs habituelles d'une industrie automobile peu friande d'autocritique express.

Une mise à jour logicielle corrective a été immédiatement déployée sur l'ensemble des 3 791 véhicules concernés, fabriqués entre le 17 mars 2022 et le 20 avril 2026. Cette correction temporaire renforce les restrictions d'exploitation par temps d'orage et modifie les systèmes cartographiques embarqués. Selon CNBC, la NHTSA estime que 100 % des véhicules rappelés présentent le défaut identifié — un taux exceptionnel qui interroge sur la rigueur des procédures de validation interne.

« Nous avons identifié un domaine d'amélioration concernant les voies inondées infranchissables, spécifiquement sur les routes à vitesse élevée », a sobrement déclaré un porte-parole de l'entreprise. Waymo travaille désormais sur des « garde-fous logiciels additionnels » pour éviter que ses véhicules ne s'aventurent dans « les zones où des inondations soudaines pourraient survenir » lors d'épisodes pluvieux intenses. En d'autres termes : apprendre à ses voitures ce que n'importe quel automobiliste texan sait d'instinct.

Implications économiques et réglementaires

Ce rappel survient à un moment critique pour l'ensemble de la filière, alors que les régulateurs américains et européens intensifient leur surveillance du secteur. Fox Business souligne que l'incident ravive le débat sur la capacité des systèmes autonomes à gérer des environnements non balisés — un sujet que Clément Beaune a mis en lumière en alertant sur le retard européen face à la domination sino-américaine dans ce domaine.

L'impact financier reste pour l'heure limité : Alphabet dispose des ressources nécessaires pour absorber les coûts du rappel et des développements correctifs. Toutefois, cet épisode pourrait freiner l'expansion commerciale prévue, notamment l'ouverture de nouveaux marchés et l'intensification des services existants. Le service de robotaxis à San Antonio demeure temporairement suspendu, privant Waymo d'un marché stratégique au cœur du Texas. La société affirme « préparer la reprise des courses publiques » sans préciser d'échéancier, ce qui laisse entendre que la correction technique n'est peut-être pas aussi simple qu'un simple patch logiciel.

Perspectives d'avenir pour la mobilité autonome

Malgré ces turbulences, l'incident de San Antonio ne signe pas l'arrêt de mort de la conduite autonome. Les analystes rappellent que les technologies d'IA évoluent à un rythme soutenu et que les enseignements tirés de ce genre d'événements — même humiliants — alimentent précisément les progrès futurs. La route vers la fiabilité totale est semée d'embûches, de ruisseaux et de mises à jour logicielles.

La concurrence s'intensifie par ailleurs avec l'irruption de nouveaux acteurs sur ce marché : Tesla a ainsi lancé ses propres robot-taxis autonomes à Austin, après des années de promesses, tandis que les constructeurs chinois poursuivent leur propre course. Cette pression concurrentielle devrait, en théorie, accélérer les innovations en matière de sécurité et de robustesse des systèmes.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

No comment on «Waymo : les robotaxis rappelés après qu’une voiture se soit jetée dans l’eau»

Leave a comment

* Required fields