Pandémie : le monde reste très mal préparé selon les experts internationaux

Malgré les leçons tirées d’Ebola et de la Covid-19, les experts internationaux tirent la sonnette d’alarme : le monde n’est pas mieux préparé à affronter une nouvelle pandémie qu’il y a dix ans. Les inégalités d’accès aux vaccins se creusent, la coopération internationale s’effrite et les négociations sur le traité pandémique piétinent.

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By Nicolas Egon Last modified on 19 mai 2026 13h59
Pandémie : le monde reste très mal préparé selon les experts internationaux
Pandémie : le monde reste très mal préparé selon les experts internationaux - © Economie Matin

Pandémie : une préparation mondiale défaillante malgré les leçons du passé

Dix ans après l'épidémie d'Ebola qui avait mis à nu de profondes lacunes dans la réponse aux crises sanitaires, et six ans après que la Covid-19 les eut transformées en catastrophe planétaire, le verdict des experts internationaux tombe avec la brutalité d'un constat d'échec : le monde n'est pas mieux armé face à une nouvelle pandémie qu'il ne l'était il y a dix ans. Cette conclusion, aussi alarmante que documentée, émane du Global Preparedness Monitoring Board (GPMB), organisme indépendant fondé en 2018 sous l'égide conjointe de l'Organisation mondiale de la santé et de la Banque mondiale.

Malgré les réformes engagées et les milliards injectés dans les systèmes de santé depuis les dernières grandes crises, la préparation mondiale accuse un retard préoccupant face à l'accélération du risque pandémique. « Le monde ne manque pas de solutions, mais sans confiance ni équité, ces solutions n'atteindront pas les populations qui en ont le plus besoin », alerte Kolinda Grabar-Kitarovic, coprésidente du GPMB. Un avertissement qui résonne d'autant plus fort que les signaux d'alerte se multiplient sur tous les continents.

Des inégalités d'accès aux vaccins qui s'aggravent dangereusement

L'analyse révèle une régression particulièrement inquiétante sur le terrain de l'équité d'accès aux outils sanitaires essentiels. Les vaccins contre le mpox n'ont atteint les pays à faible revenu touchés que près de deux ans après le début de l'épidémie, davantage même que les dix-sept mois qui avaient été nécessaires pour acheminer les vaccins anti-Covid vers ces mêmes nations. Cette dégradation mesurable illustre, chiffres à l'appui, l'aggravation des fractures mondiales en matière de santé publique. Des innovations comme le film plastique antiviral mis au point en Australie rappellent pourtant que des solutions techniques existent ; encore faut-il que les conditions politiques et économiques permettent de les déployer là où l'on en a le plus besoin.

L'Union européenne a certes élaboré de nouveaux protocoles dans le sillage de la pandémie de Covid-19, mais la fragmentation des réponses nationales demeure problématique. Chaque État membre conserve ses propres dispositifs de quarantaine et de prévention, comme l'ont tristement illustré les réactions disparates face à la récente épidémie d'hantavirus.

Un contexte géopolitique et financier qui fragilise la réponse mondiale

Le rapport du GPMB dresse un tableau sombre du terrain sur lequel frapperait une nouvelle pandémie : un monde « plus divisé, plus endetté et moins à même de protéger ses citoyens qu'il y a dix ans ». Cette vulnérabilité structurelle tient à plusieurs facteurs qui se renforcent mutuellement. La fragmentation géopolitique croissante paralyse la coopération internationale au moment précis où elle serait la plus nécessaire. L'aide au développement a chuté à des niveaux inédits depuis 2009. La confiance dans les gouvernements et les institutions scientifiques s'érode inexorablement, minée par des années de polarisation politique qui n'a pas disparu avec la fin des crises sanitaires.

L'Organisation mondiale de la santé elle-même traverse une crise de financement majeure depuis le retrait américain de 2025. Son budget a diminué de 9 % pour la période 2026-2027, compromettant directement les capacités de surveillance épidémiologique et de réponse aux émergences. Le Figaro Santé souligne à cet égard que la prolongation des négociations sur le traité des pandémies suscite une inquiétude croissante parmi les experts mondiaux, qui voient dans ces atermoiements un signal politique particulièrement préoccupant.

Le traité pandémique, otage des rivalités entre nations riches et pays en développement

Les discussions internationales destinées à finaliser un accord contraignant sur les pandémies se heurtent à des divergences de fond qui semblent pour l'heure insurmontables. Le système PABS, Pathogen Access and Benefit-Sharing, pierre angulaire du futur traité, reste suspendu faute d'entente entre pays riches et nations en développement sur les modalités concrètes du partage des agents pathogènes et des bénéfices industriels qui en découlent. Cet enlisement retarde la signature et la ratification d'un texte pourtant indispensable à toute architecture sanitaire mondiale cohérente.

« Si la confiance et la coopération continuent de s'effriter, chaque pays sera davantage exposé lors de la prochaine pandémie », prévient Joy Phumaphi, coprésidente du GPMB. L'OMS a accordé un délai supplémentaire d'un an maximum aux États membres pour surmonter leurs désaccords, mais le sentiment d'urgence, lui, ne souffre aucun ajournement.

Ebola, hantavirus, zoonoses : les nouvelles menaces sanitaires frappent à la porte

Tandis que les institutions tergiversent, les pathogènes, eux, n'attendent pas. L'épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo et en Ouganda, déclarée « urgence de santé publique de portée internationale » par l'OMS, illustre avec une acuité saisissante la permanence du risque. Selon Le Spécialiste, tous les éléments sont réunis pour une épidémie d'Ebola de grande ampleur : la souche en circulation, particulièrement rare, échappe à la détection de la majorité des tests disponibles, révélant au passage des lacunes techniques que les années écoulées n'ont pas comblées.

Environ 75 % des maladies émergentes identifiées au cours des dernières décennies sont des zoonoses, c'est-à-dire des infections transmises de l'animal à l'être humain. La transformation accélérée des écosystèmes, l'urbanisation galopante et le dérèglement climatique multiplient les occasions de franchissement des barrières inter-espèces, tandis que la mondialisation offre à ces agents pathogènes des autoroutes de propagation planétaire.

Intelligence artificielle et surveillance sanitaire : des promesses à tempérer

L'intelligence artificielle et les technologies numériques ouvrent des perspectives réelles d'amélioration de la veille sanitaire mondiale. Mais leur déploiement soulève autant de questions qu'il n'en résout. « Sans gouvernance et garanties efficaces, ces technologies pourraient en réalité réduire la sécurité sanitaire et accentuer les inégalités d'accès aux soins », avertit le rapport du GPMB avec une lucidité que l'enthousiasme technologique tend parfois à éclipser.

L'infectiologue Odile Launay confirme de son côté que « l'obstacle au développement d'un vaccin n'est pas scientifique, il est avant tout financier ». Cette réalité économique constitue l'un des principaux verrous d'une meilleure préparation mondiale, et elle renvoie directement à des choix politiques, non à des impossibilités techniques. La question de la sécurité sanitaire rejoint ainsi, plus largement, celle des dispositifs d'alerte et de protection nationale que les États peinent à maintenir au niveau d'exigence requis.

Face à ce tableau préoccupant, les experts s'accordent sur trois priorités urgentes : instaurer un mécanisme de surveillance permanent et véritablement indépendant, garantir un accès équitable aux outils sanitaires en finalisant l'Accord sur la pandémie, et assurer un financement robuste mobilisable dès les premières heures d'une crise. Les pandémies, préviennent les experts, ne sont pas une hypothèse lointaine : le monde est au bord de dommages encore plus importants. Sans ces mesures, et sans la volonté politique de les mettre en œuvre, le monde demeurera dangereusement vulnérable face aux prochaines menaces sanitaires mondiales.

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