Le réseau de bornes destiné à la voiture électrique continue de progresser en France. Pourtant, derrière les annonces officielles, les automobilistes se heurtent encore à une réalité plus compliquée. Tarifs impossibles à comparer, bornes indisponibles, équipements insuffisants dans certaines zones et manque d’informations claires nourrissent une colère grandissante. Une enquête publiée par Que Choisir Ensemble relance désormais le débat sur l’encadrement du secteur.
Bornes de recharge : pourquoi les prix deviennent incontrôlables

Que Choisir Ensemble a publié, le 21 mai 2026, une vaste enquête consacrée aux bornes publiques pour voiture électrique. L’association de consommateurs estime que les difficultés rencontrées par les conducteurs freinent encore l’adoption massive de l’électrique. Selon l’étude, le principal problème concerne désormais la lisibilité des prix, alors même que le gouvernement souhaite multiplier par cinq les infrastructures publiques d’ici à 2035.
Bornes et voiture électrique : un réseau encore loin des promesses
Le développement des bornes reste très inégal sur le territoire. Pourtant, les besoins augmentent rapidement avec la progression du parc de voiture électrique. D’après Que Choisir Ensemble, seulement 34 686 dispositifs étaient installés en 2020 alors que l’objectif officiel fixé à l’époque atteignait déjà 100 000 points de recharge. L’association rappelle également que le règlement européen Afir prévoit désormais 400 000 bornes d’ici à 2030 ainsi qu’un point de recharge tous les 60 kilomètres sur les grands axes, selon l’enquête. Cette montée en puissance reste cependant trop lente pour de nombreux usagers. En parallèle, les habitants d’immeubles demeurent particulièrement pénalisés. Selon l’étude menée par Que Choisir Ensemble en 2025, 84 % des propriétaires de voiture électrique vivant en maison individuelle rechargent leur véhicule chez eux. En revanche, seuls 38 % des résidents d’immeubles disposent d’un accès sur place à une solution de recharge. Plus inquiétant encore, l’association indique que seulement 6 % des immeubles équipés d’un parking possèdent actuellement des installations adaptées. Cette situation complique fortement l’usage quotidien des bornes publiques dans les grandes villes.
Les pannes aggravent encore cette pression. Déjà en novembre 2023, l’UFC-Que Choisir alertait sur le fait que 39 % des bornes rapides ne fonctionnaient pas en permanence. Selon l’association, ces dysfonctionnements risquent de provoquer des files d’attente et des engorgements si le rythme d’installation ne s’accélère pas rapidement. Les automobilistes doivent donc jongler entre disponibilité aléatoire, temps d’attente et distances parfois importantes pour trouver des bornes opérationnelles. Que Choisir Ensemble résume cette situation dans son enquête publiée le 21 mai 2026 : « Manque d’équipements publics, pannes mais surtout opacité des prix et absence d’informations compliquent la vie de l’électro-automobiliste. »
Des prix qui explosent selon la carte utilisée
Le deuxième choc concerne les tarifs appliqués aux bornes. D’après plusieurs relevés réalisés entre le 1er et le 21 avril 2026 sur 121 points de recharge, les écarts atteignent des niveaux spectaculaires. Le coût d’une recharge identique peut varier jusqu’à 490 % selon l’application ou le badge utilisé. L’exemple cité par Que Choisir Ensemble concerne une borne située à Langres, en Haute-Marne. Le prix y fluctue entre 0,30 euro par kilowattheure et 1,78 euro selon l’opérateur de mobilité choisi. Une différence considérable pour une même borne et une même quantité d’électricité. Cette situation nourrit une profonde incompréhension chez les conducteurs de voiture électrique, qui peinent désormais à anticiper le coût réel d’un trajet. L’écart moyen atteint 126 % en zone urbaine pour un tarif moyen de 0,63 euro par kilowattheure. Sur autoroute, la différence moyenne grimpe encore à 72 %, avec un prix moyen de 0,61 euro par kilowattheure. Ces variations rendent les bornes particulièrement difficiles à comparer pour le grand public.
Que Choisir Ensemble estime ainsi que « l’opacité tarifaire » constitue « le principal enseignement de l’étude ». L’association reproche notamment aux opérateurs un système complexe mêlant abonnements, frais de session, badges d’itinérance et tarifications différentes selon les réseaux. Le problème n’est pas nouveau. Dès 2023, l’Autorité de la concurrence jugeait déjà la tarification des bornes « particulièrement opaque », selon un avis relayé par Caradisiac en août 2024. L’institution dénonçait notamment « un déficit informationnel des consommateurs concernant le prix de la recharge ». Malgré les alertes successives, les conducteurs de voiture électrique continuent donc d’évoluer dans un marché difficilement lisible. Cette confusion profite indirectement aux opérateurs capables d’imposer leurs propres conditions tarifaires. En parallèle, les utilisateurs les moins expérimentés risquent de payer beaucoup plus cher faute de disposer du bon badge ou de la bonne application. Les spécialistes du secteur rappellent d’ailleurs que certaines cartes d’itinérance ajoutent des commissions importantes lors de l’utilisation des bornes partenaires.
La pression monte sur les pouvoirs publics
Face à ces critiques, Que Choisir Ensemble réclame désormais une intervention plus forte de l’État et des autorités européennes. L’association souhaite imposer davantage de transparence sur les prix affichés par les bornes. Elle demande également un encadrement plus strict des pratiques tarifaires afin que les consommateurs puissent comparer les offres simplement avant de brancher leur voiture électrique. L’organisation plaide aussi pour une accélération massive des installations dans les copropriétés. En France, près de la moitié de la population vit en appartement. Pourtant, l’accès aux bornes domestiques reste encore limité dans de nombreux immeubles anciens. Cette faiblesse structurelle reporte mécaniquement une partie des besoins vers les bornes publiques, déjà saturées dans certaines zones urbaines.
Le règlement européen Afir impose désormais plusieurs évolutions. Depuis avril 2024, les bornes rapides de plus de 50 kW doivent notamment accepter le paiement par carte bancaire. Toutefois, cette obligation ne concerne pas encore toutes les installations. Dans les faits, de nombreux conducteurs continuent d’utiliser plusieurs badges pour accéder aux différents réseaux disponibles. Le gouvernement français affiche malgré tout des ambitions élevées. L’exécutif a réaffirmé son objectif de multiplier par cinq le réseau d’infrastructures publiques d’ici à 2035. Reste désormais à savoir si cette expansion permettra réellement de réduire les pannes, d’améliorer la couverture territoriale et surtout de rendre les tarifs des bornes plus compréhensibles.
Les associations de consommateurs veulent maintenir la pression. Car au-delà du nombre de bornes, c’est désormais la confiance des utilisateurs qui se joue. Pour beaucoup d’automobilistes, l’expérience de recharge demeure encore trop imprévisible, trop chère et trop opaque pour rivaliser sereinement avec les habitudes liées aux véhicules thermiques.
