Nintendo of Europe a été condamné à payer une amende record de 35 millions d’euros par la DGCCRF pour avoir dissimulé pendant des années le défaut de dérive des manettes Joy-Con de la Switch. Cette sanction historique sanctionne des pratiques commerciales trompeuses qui ont poussé les consommateurs à racheter des manettes défectueuses.
Nintendo : le géant japonais écope d’une amende record

Nintendo frappé par une amende record de 35 millions d'euros
Le géant japonais Nintendo of Europe vient d'écoper d'une sanction historique : 35 millions d'euros d'amende, prononcée ce lundi 8 juin par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Cette amende constitue la deuxième plus lourde jamais infligée par l'autorité française et sanctionne les pratiques commerciales trompeuses du constructeur concernant le défaut de dérive des manettes Joy-Con de la console Switch.
Ce dysfonctionnement, baptisé Joy-Con drift par la communauté de joueurs, provoque des mouvements fantômes et des blocages intempestifs des personnages à l'écran. Plus grave encore aux yeux de la justice française : Nintendo connaissait parfaitement ce défaut dès 2018 mais a choisi de garder le silence pendant plusieurs années, privant les consommateurs d'une information essentielle.
Cinq années de silence face à un défaut majeur
L'enquête menée par le service national des enquêtes de la DGCCRF révèle un calendrier accablant pour Nintendo. Dès 2018, soit un an seulement après le lancement commercial de la Switch, l'entreprise japonaise avait identifié ce problème technique récurrent. Les utilisateurs signalaient massivement des « bugs de réactivité occasionnant notamment des mouvements fantômes, intempestifs ou inversés des personnages, ainsi que des blocages des manettes".
Pourtant, Nintendo n'a rompu son silence qu'en juillet 2020, contrainte par la pression juridique. Cette communication tardive intervient après le dépôt d'une plainte pour obsolescence programmée par l'UFC-Que Choisir en septembre 2020. L'association de consommateurs avait alors pointé du doigt le comportement opaque du constructeur.
Il faudra attendre 2023 pour que Nintendo of Europe s'engage enfin à réparer gratuitement les manettes Joy-Con défectueuses, soit cinq longues années après la découverte du problème. Cette « action coordonnée au niveau européen" arrive bien tard pour les millions de joueurs qui ont dû racheter des manettes à leurs frais.
Une stratégie commerciale déloyale sanctionnée
Les autorités françaises ont qualifié sans détour le comportement de Nintendo de pratique commerciale trompeuse. Cette rétention d'information a directement influencé les décisions d'achat des consommateurs, « contribué à dissuader les consommateurs de se tourner vers le service après-vente de Nintendo et conduit certains d'entre eux à racheter de nouvelles manettes », précise la DGCCRF.
Cette stratégie s'est révélée particulièrement lucrative pour le constructeur. En refusant de reconnaître officiellement le défaut, Nintendo a poussé de nombreux joueurs vers l'achat de nouvelles manettes plutôt que vers un service après-vente qui niait le problème. Le montant record de cette amende de 35 millions d'euros témoigne de l'ampleur des préjudices économiques subis par les consommateurs français.
Nintendo of Europe a accepté cette transaction pénale, évitant ainsi un procès médiatique potentiellement plus coûteux. Le constructeur devra également publier un communiqué officiel sur la page d'accueil de son site internet français.
Un succès commercial intact malgré la controverse
Paradoxalement, le Joy-Con drift n'a jamais freiné l'ascension commerciale fulgurante de la Switch. Depuis mars 2017, cette console hybride révolutionnaire s'est écoulée à plus de 150 millions d'exemplaires mondialement, s'imposant comme l'une des consoles les plus vendues de l'histoire du jeu vidéo.
La Switch 2, lancée en juin 2025, perpétue cette dynamique exceptionnelle avec un record de 3,5 millions d'unités vendues en quatre jours. Cette performance souligne la fidélité remarquable des joueurs à l'univers Nintendo, qui transcende les controverses techniques.
Cependant, les experts techniques comme ceux d'iFixit s'inquiètent de la persistance potentielle du problème. La technologie des joysticks de la Nintendo Switch 2 reste similaire à celle de la génération précédente, laissant planer le doute sur une éventuelle reproduction du même défaut.
Un tournant réglementaire pour l'industrie vidéoludique
Cette sanction française s'inscrit dans une démarche européenne plus large de régulation des géants technologiques. L'amende de 35 millions d'euros ne représente que la deuxième plus importante prononcée par la DGCCRF, après celle infligée à Shein, illustrant la fermeté croissante des autorités face aux pratiques douteuses.
Ce précédent juridique établit clairement l'obligation pour les constructeurs de communiquer rapidement et transparentement sur les défauts techniques de leurs produits. L'industrie du jeu vidéo observe attentivement les implications de cette décision pour ses propres pratiques commerciales, d'autant que Nintendo fait déjà face à d'autres contentieux économiques.
Cette affaire dépasse largement le cadre français. Nintendo affronte des procédures similaires dans plusieurs pays européens, tandis que la Commission européenne examine les pratiques du constructeur à l'échelle continentale. Les enjeux économiques pour les entreprises technologiques se multiplient face aux nouvelles exigences réglementaires.
Une victoire symbolique pour les consommateurs
Pour les millions de joueurs français touchés par le Joy-Con drift, cette amende représente une reconnaissance officielle longtemps attendue, même sans remboursement direct. La qualification de pratique commerciale trompeuse constitue une avancée significative dans la protection des droits des consommateurs face aux géants technologiques.
Cette affaire illustre les nouveaux défis de la régulation dans l'ère numérique, où un défaut peut simultanément affecter des millions d'utilisateurs. Elle souligne l'importance cruciale de la transparence dans les communications d'entreprises dont les produits façonnent notre quotidien.
L'acceptation par Nintendo de cette transaction pénale historique marque un tournant dans la surveillance du secteur vidéoludique européen. Les consommateurs peuvent désormais compter sur une protection renforcée face aux pratiques opaques des constructeurs, ouvrant peut-être une nouvelle ère de transparence dans l'industrie du divertissement numérique.