Martin Sander, dirigeant de Volkswagen, compare la transition vers la voiture électrique au remplacement historique du cheval par l’automobile thermique. Selon lui, cette évolution se fera naturellement, sans interdiction brutale, par la seule supériorité pratique des véhicules électriques.
Votre voiture thermique sera aussi obsolète qu’un cheval

Quand le patron de Volkswagen compare votre voiture thermique à un cheval
Martin Sander, responsable des ventes chez Volkswagen, vient de livrer une métaphore savoureuse pour expliquer l'avenir de nos moteurs à essence. Selon lui, interdire la voiture thermique serait aussi inutile que d'avoir interdit le cheval au siècle dernier. Car enfin, qui a décrété la fin de l'ère équestre ? Personne. Les automobiles ont simplement rendu les destriers obsolètes par leur supériorité pratique.
Cette comparaison audacieuse intervient dans un contexte européen favorable à l'électrique, avec une croissance des ventes de 33,8 % en avril dernier. Pourtant, de nombreux automobilistes résistent encore, freinés par les questions d'autonomie, d'infrastructures de recharge et de coûts d'acquisition.
"Savez-vous quand les chevaux ont été interdits ?"
La question piège de Martin Sander, posée au média britannique Auto Express, révèle toute sa philosophie. "C'est une question piège, bien sûr : on peut acheter un cheval aujourd'hui", sourit-il. "Au fil du temps, de plus en plus de gens ont réalisé que pour se déplacer d'un point A à un point B, une voiture est bien plus pratique qu'un cheval."
Cette évolution s'est opérée sans contrainte réglementaire, uniquement par la supériorité de la nouvelle technologie. Le dirigeant allemand mise sur le même mécanisme pour la voiture électrique : laisser l'usage prime sur l'interdiction, la praticité sur la coercition.
"Je déteste cette discussion sur l'interdiction des moteurs à combustion", confie-t-il. "Comment convaincre les clients d'adopter une nouvelle technologie si l'on ne parle que de la date à laquelle ils ne pourront plus utiliser les véhicules auxquels ils se sont habitués depuis des décennies ?"
Trois obstacles à lever pour accélérer la mutation
Cette transition naturelle suppose néanmoins la levée de plusieurs verrous structurels. Volkswagen identifie le développement massif des infrastructures de recharge, la régulation des coûts de l'énergie pour préserver l'avantage économique de l'électrique, et une pédagogie renforcée auprès des consommateurs sur les bénéfices concrets de cette technologie.
Car contrairement au secteur de la défense où Renault mise sur l'innovation militaire, l'automobile électrique doit convaincre le grand public par ses mérites quotidiens plutôt que par ses performances techniques.
Une prophétie chiffrée pour 2035
L'optimisme de Martin Sander se traduit en chiffres concrets. Il prédit qu'"d'ici 2035, seuls 3, 4 ou 5 % des clients continueront à choisir une motorisation essence". Cette projection s'appuie notamment sur l'expérience chinoise du constructeur, laboratoire d'innovation où Volkswagen applique une stratégie d'"échelle, efficacité et coûts".
"Tout ce que nous apprenons en Chine nous aidera à être compétitifs sur tous les autres marchés mondiaux où nous concurrençons les Chinois", explique-t-il. Une approche pragmatique qui n'empêche pas le groupe de refuser d'importer ses véhicules électriques à autonomie prolongée en Europe, estimant que les hybrides rechargeables remplissent déjà cette fonction.
L'offensive produit : de l'ID.Polo à l'ID.Tiguan
Pour matérialiser cette vision, Volkswagen déploie une gamme électrique ambitieuse. La nouvelle ID.Polo cohabite désormais avec son ancêtre thermique, incarnant cette période de transition technologique. Le constructeur prépare également une version GTI électrique et la refonte de l'ID.4, rebaptisée ID.Tiguan.
Cette stratégie d'électrification généralisée fait écho aux initiatives du marché français, où Dacia développe quatre modèles électriques accessibles pour démocratiser cette technologie.
Darwin au secours de l'industrie automobile
Au-delà de la métaphore équestre, l'analyse de Martin Sander révèle une conception darwinienne de l'innovation. Plutôt que d'imposer une révolution réglementaire, il mise sur une évolution naturelle où la technologie la plus adaptée l'emporte spontanément.
Cette approche interroge le rôle des pouvoirs publics dans la transition énergétique. Faut-il contraindre par la loi ou laisser le marché opérer sa sélection ? La réponse de Volkswagen privilégie l'efficacité économique et pratique, à condition de lever les obstacles techniques et financiers.
L'histoire tranchera cette prophétie optimiste. Une certitude demeure : comme nos arrière-grands-parents ont délaissé leurs montures pour l'automobile, nous assistons peut-être aux prémices d'une nouvelle mutation de nos transports, guidée cette fois par l'urgence climatique et l'évolution technologique.
