Les banques financent toujours plus les énergies fossiles

Les banques mondiales ont accordé 906 milliards de dollars aux énergies fossiles en 2025, soit 8% de plus qu’en 2024. Tandis que les géants américains et japonais amplifient leurs soutiens, les établissements français réduisent progressivement leurs financements au secteur fossile.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 9 juin 2026 9h59
Oil,field,site,,in,the,evening,,oil,pumps,are,running,
Oil field site, in the evening, oil pumps are running, The oil pump and the beautiful sunset reflected in the water, the silhouette of the beam pumping unit in the evening. - © Economie Matin
508 MILLIARDS $En 2025, 508 milliards de dollars ont été consacrés au développement de nouvelles infrastructures de production d'énergie carbonée

Malgré les engagements climatiques pris depuis l'Accord de Paris en 2015, le secteur bancaire mondial continue d'alimenter massivement l'industrie du fossile. Les 65 plus grandes banques de la planète ont accordé 906 milliards de dollars de financements aux énergies fossiles en 2025, soit une hausse de 8% par rapport à l'année précédente. Cette progression inquiétante révèle l'écart persistant entre les discours sur la transition énergétique et la réalité des flux financiers.

Depuis 2015, ce sont pas moins de 9 000 milliards de dollars qui ont été injectés dans les entreprises du pétrole, du gaz et du charbon par le système bancaire international. Un montant colossal qui questionne la sincérité des engagements climatiques du secteur financier et son rôle dans l'accélération nécessaire vers une économie décarbonée.

JPMorgan Chase en tête d'un classement peu glorieux

L'analyse du rapport "Banking on Climate Chaos" révèle une concentration troublante des soutiens financiers. JPMorgan Chase domine ce classement peu glorieux avec 58,2 milliards de dollars accordés en 2025, marquant une progression de 12,5% sur un an. Cette banque américaine devance Bank of America et la japonaise Mitsubishi UFJ dans ce trio de tête.

Les douze premières institutions, surnommées la "Dirty Dozen" par les ONG, captent à elles seules 39% de l'ensemble des financements fossiles mondiaux. Cette concentration géographique frappe particulièrement : les établissements américains et japonais représentent la majorité de ces flux, tandis que les banques européennes et canadiennes voient leur part de marché diminuer.

Selon DeSmog, le secteur intermédiaire (transport, stockage et commerce des hydrocarbures) a bénéficié d'une explosion du soutien bancaire, avec une hausse de 84% atteignant 116 milliards de dollars.

L'expansion fossile progresse de 27% en un an

Le plus inquiétant réside dans l'augmentation spectaculaire du financement de nouveaux projets d'expansion fossile. En 2025, 508 milliards de dollars ont été consacrés au développement de nouvelles infrastructures de production d'énergie carbonée, soit une progression de 27% en un an. Cette tendance verrouille des décennies d'émissions futures de gaz à effet de serre.

Les terminaux de gaz naturel liquéfié (GNL) constituent l'un des segments les plus dynamiques de cette expansion. Comme l'explique Niko Lusiani, directeur de recherche chez Rainforest Action Network : "Chaque nouveau terminal financé représente un engagement de plusieurs décennies aux combustibles fossiles, généralement adossé à des contrats de vente de 15 à 20 ans."

Cette concentration des investissements pose également des risques économiques croissants. Seulement dix compagnies pétrolières et gazières ont reçu 12,5% du total des financements entre 2021 et 2025, avec en tête Enbridge, spécialisée dans les pipelines nord-américains, qui a bénéficié de 123 milliards de dollars. Cette dynamique d'expansion rappelle les investissements massifs dans l'industrie du charbon observés outre-Atlantique.

Les banques françaises nagent à contre-courant

Dans ce paysage préoccupant, les établissements français se distinguent par une trajectoire inverse. BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale et BPCE ont collectivement réduit leurs soutiens aux énergies fossiles, ne représentant plus qu'environ 16 milliards de dollars en 2025.

L'ONG Reclaim Finance salue "des signaux encourageants chez les banques françaises, à l'exception de Société générale". Cette dernière fait figure d'exception hexagonale en augmentant ses financements à la production pétrolière et gazière, s'imposant comme "le premier soutien de l'entreprise TotalEnergies".

Interrogée par l'AFP, Société Générale conteste ces conclusions, regrettant "que les données mises en avant ne reflètent pas la baisse continue de son soutien à l'exploration et à la production de pétrole et de gaz". Cette polémique illustre les difficultés d'évaluation précise des engagements bancaires dans un secteur où la transparence reste perfectible.

L'effondrement des engagements climatiques volontaires

Cette hausse des financements fossiles coïncide avec l'abandon massif des engagements climatiques volontaires. La Net-Zero Banking Alliance (NZBA), programme onusien de neutralité carbone du secteur bancaire, s'est effondrée en octobre 2025 après l'exode de ses principaux membres.

Les grandes banques américaines ont particulièrement reculé sur leurs objectifs écologiques. JPMorgan Chase a abandonné ses cibles d'émissions "liées au temps et aux pourcentages", tandis que Wells Fargo a supprimé ses objectifs sectoriels d'émissions financées pour 2030 ainsi que son engagement de neutralité carbone d'ici 2050.

Cette dérive s'inscrit dans un contexte politique défavorable, notamment aux États-Unis où l'administration Trump a relancé l'ordre exécutif "Unleashing American Energy", réduisant les barrières au développement des combustibles fossiles. Comme l'observe Diogo Silva de BankTrack : "Les banques abandonnent leurs propres politiques dès que la pression politique monte. Les engagements volontaires ont eu leur chance. Nous avons besoin de règles contraignantes."

Des conséquences qui dépassent le cadre climatique

Cette tendance haussière des financements fossiles entre en contradiction directe avec les objectifs de l'Accord de Paris, qui visent à limiter le réchauffement climatique à 1,5°C. Chaque dollar investi dans de nouvelles capacités de production verrouille des émissions futures pour plusieurs décennies, retardant d'autant la transition vers les énergies renouvelables. Cette problématique énergétique résonne avec les débats stratégiques sur le mix énergétique que mènent actuellement plusieurs pays développés.

Les conséquences dépassent la seule question climatique. Les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient ont démontré la fragilité d'une économie mondiale encore dépendante des hydrocarbures, avec des répercussions directes sur les ménages confrontés à la flambée des prix de l'énergie.

Selon le dernier rapport "State and Trends of Carbon Pricing 2026" de la Banque mondiale, les mécanismes de tarification du carbone couvrent désormais près de 30% des émissions mondiales de gaz à effet de serre et ont mobilisé plus de 107 milliards de dollars pour les budgets publics en 2025.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

No comment on «Les banques financent toujours plus les énergies fossiles»

Leave a comment

* Required fields