Deux tiers des dirigeants français gèlent leurs projets avant 2027

À un an de l’élection présidentielle, 65% des dirigeants de PME et ETI reportent ou suspendent leurs investissements selon une étude QBE x OpinionWay. Une attente qui traduit une défiance structurelle : 83% considèrent l’instabilité comme permanente.

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By La rédaction Published on 12 juin 2026 11h23
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Deux tiers des dirigeants français gèlent leurs projets avant 2027 - © Economie Matin
53%Plus d'une entreprise sur deux (53%) estime ne pas avoir connu de période de stabilité depuis plus de dix ans.

65% des dirigeants de PME et ETI françaises ont choisi de reporter ou suspendre leurs projets dans l'attente de l'élection présidentielle de 2027. Un chiffre qui révèle l'ampleur de l'attentisme économique à quelques mois du scrutin, selon l'étude QBE x OpinionWay menée auprès de 301 décideurs.

Mais reprenons les faits. Loin d'être une simple prudence conjoncturelle, ce gel des investissements traduit une défiance plus profonde. 45% des dirigeants interrogés ne sont confiants ni dans l'avenir politique ni dans l'avenir économique de la France. Plus révélateur encore : 83% considèrent désormais l'instabilité économique et politique comme un état permanent, et non plus comme une parenthèse malheureuse.

Quand l'exception devient la règle

L'ampleur du phénomène surprend par sa radicalité. Plus d'une entreprise sur deux (53%) estime ne pas avoir connu de période de stabilité depuis plus de dix ans. Pire : 20% déclarent n'en avoir jamais connu. Autrement dit, pour une génération entière de dirigeants, naviguer à vue est devenu la norme, pas l'exception.

Le problème, c'est que cette perception d'instabilité chronique paralyse la prise de décision stratégique. Comment investir dans l'outil industriel, recruter ou se développer à l'international quand on ignore quelles seront les règles du jeu dans six mois ? L'incertitude politique devient ainsi un frein économique direct, bien plus puissant que les traditionnels indicateurs de conjoncture.

Le paradoxe de la relocalisation défensive

Face à ce brouillard stratégique, les entreprises françaises adoptent pourtant une approche apparemment contradictoire. Si elles gèlent leurs projets d'expansion, 69% déclarent que les crises actuelles les conduisent à relocaliser tout ou partie de leurs activités en France. Une proportion qui atteint même 80% dans le secteur du commerce.

En réalité, cette stratégie de repli sur l'Hexagone relève d'un calcul rationnel. Confrontées aux chocs géopolitiques répétés et aux ruptures d'approvisionnement, les PME et ETI cherchent à sécuriser leurs chaînes de valeur en les rapprochant géographiquement. Mieux vaut contrôler son destin à domicile que subir les aléas d'une mondialisation devenue imprévisible.

Reste que cette relocalisation défensive demeure fragile. Deux entreprises sur trois (66%) indiquent que les résultats de l'élection présidentielle de 2027 pourraient les conduire à reconsidérer leurs choix d'implantation. La France attire certes par défaut, mais sans garantie de durée.

Retour aux fondamentaux

Pour sortir de cette spirale d'attentisme, les dirigeants envoient un message clair au futur locataire de l'Élysée. Leurs priorités se concentrent sur un retour aux fondamentaux : réduction de la fiscalité et des charges (33%), puis simplification des normes et de l'administration (23%). Loin devant les grands chantiers d'innovation ou de transition énergétique.

"Les entreprises françaises n'aiment pas l'instabilité, même si elles font preuve de grandes capacités d'adaptation", observe Delphine Leroy, Directrice Générale de QBE France. Un euphémisme qui masque une réalité plus crue : après des années de réformes incessantes, de changements réglementaires et de retournements stratégiques, les entreprises réclament simplement qu'on les laisse travailler.

Cette enquête intervient dans un contexte où le sommet Choose France vient de célébrer l'attractivité du territoire auprès des investisseurs étrangers. Ironie de la situation : pendant que l'État français déroule le tapis rouge aux capitaux extérieurs, ses propres entreprises font du surplace, en attendant des jours meilleurs. Un décalage qui en dit long sur le fossé entre la communication politique et la réalité économique du terrain.

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