La start-up américaine Circ investit 450 millions d’euros en Moselle pour construire la plus grande usine mondiale de recyclage chimique des textiles. Capable de traiter 70 000 tonnes par an dès 2029, le projet créera 200 emplois et transformera une friche industrielle en site innovant dédié au polycoton.
Recyclage textile : la start-up américaine Circ investit en Moselle

Circ, jeune entreprise américaine spécialisée dans le recyclage chimique des textiles, s'apprête à déployer 450 millions d'euros en Moselle pour bâtir la plus grande usine mondiale dédiée au traitement du polycoton. Ce projet, officialisé lors du sommet Choose France en 2025, promet de générer 200 emplois directs et indirects d'ici 2029 tout en transformant une friche industrielle en site de production innovant. Une opération qui illustre l'attractivité retrouvée de la France pour les start-ups technologiques internationales.
Un investissement de 450 millions d'euros pour révolutionner le secteur
Le montant de 450 millions d'euros fait de ce projet l'un des plus importants investissements industriels récents dans le Grand Est. Circ, basée en Virginie et forte de seulement 60 salariés dans le monde, mise sur cette implantation pour passer d'une échelle pilote à une dimension industrielle. L'entreprise exploite déjà deux usines de démonstration aux États-Unis depuis quatre ans, mais le site mosellan représente un saut qualitatif majeur. « Si on veut avoir un impact pour que cette industrie passe du linéaire au circulaire, il faut qu'on voie grand », explique Guillaume Thomé, directeur général de Circ France, lors d'une conférence de presse tenue le 30 juin 2026.
Pourquoi la Moselle ? Un site stratégique pour l'innovation
Le choix de Carling ne doit rien au hasard. L'ancienne cokerie, fermée en 2009 et actuellement en phase de dépollution, offre une surface disponible, des infrastructures existantes et une main-d'œuvre locale habituée aux process industriels lourds. La proximité avec les bassins textiles méditerranéens facilite l'approvisionnement en matières premières. Circ prévoit d'ailleurs de collaborer avec des industriels locaux comme Dodo, fabricant de couettes basé à Saint-Avold, pour structurer une filière d'approvisionnement cohérente. La Moselle bénéficie aussi d'un écosystème de formation technique, avec l'IUT de Moselle-Est envisageant déjà des cursus spécifiques pour les futurs opérateurs de l'usine.
200 emplois créés : un boost économique pour la région
Les 200 postes annoncés combinent emplois directs sur site et indirects dans la logistique, la maintenance ou les services associés. Pour un territoire marqué par la désindustrialisation, l'impact dépasse les chiffres bruts. Guillaume Thomé souligne un accueil « très favorable » des acteurs locaux, conscients que ce projet peut relancer une dynamique économique. L'usine nécessitera des profils variés, depuis les techniciens de production jusqu'aux ingénieurs process, en passant par les spécialistes qualité et environnement. Une étude d'impact sur les transports a été lancée pour anticiper les flux de marchandises et de personnel, témoignant d'une approche intégrée du développement territorial.
Une technologie brevetée capable de traiter 1 million de vêtements par jour
Le procédé développé par Circ repose sur un traitement en « cocotte-minute géante », selon les termes de l'entreprise. Les textiles en polycoton, débarrassés de leurs ornements, boutons et fermetures, subissent un processus chimique qui sépare les fibres de coton des fibres synthétiques. Cette technologie permet de récupérer 45 000 tonnes de nouvelles fibres de coton et 25 000 tonnes de fibres synthétiques chaque année. Le polycoton représente 77% de la production textile mondiale, ce qui confère au projet un potentiel de marché considérable. L'usine sera le premier site de son genre à recycler des textiles en polycoton à l'échelle industrielle.
70 000 tonnes annuelles : une capacité de transformation massive
Avec une capacité de 70 000 tonnes par an, soit environ 200 tonnes quotidiennes, l'usine mosellane pourra absorber l'équivalent d'un million de vêtements chaque jour. Pour contextualiser, la France collecte actuellement 268 000 tonnes de textiles par an, dont seulement 188 000 tonnes sont triées et régénérées. Le gouvernement vise 148 000 tonnes collectées en 2027 et un taux de recyclage chimique de 90% d'ici 2028. Circ ambitionne d'atteindre 50% de textiles recyclés dans son approvisionnement cinq ans après le démarrage. L'usine fonctionnera en circuit fermé, récupérant les eaux de pluie et évitant de rejeter un million de mètres cubes d'eau annuellement dans la nature. Une station de traitement intégrée garantira zéro rejet liquide en milieu naturel.
Polycoton : le marché cible représente 77% de la production mondiale
Le polycoton domine l'industrie textile mondiale grâce à sa polyvalence, sa résistance et son coût maîtrisé. Pourtant, ce mélange complexe de fibres naturelles et synthétiques pose un défi technique majeur au recyclage. Les méthodes mécaniques traditionnelles dégradent les fibres, limitant leur réutilisation. Le procédé chimique de Circ contourne cet obstacle en séparant proprement les deux composants, permettant leur réintégration dans des cycles de production neufs. « Nous avons besoin pour ça que la filière du tri se développe et s'adapte à ce que nous proposons, nous devons impulser la mise en place d'un écosystème du recyclage qui n'existe pas encore », précise Guillaume Thomé. La lutte contre la fast-fashion et les nouvelles réglementations renforcent la demande pour des solutions de recyclage avancées.
Le calendrier de mise en œuvre : de 2026 à 2029
Le projet suit un calendrier serré mais réaliste. Après une concertation préalable menée à l'automne 2025 avec 216 participants et 18 contributions, Circ dépose en juillet 2026 une demande d'autorisation environnementale en préfecture de la Moselle. L'entreprise attend un feu vert de la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal) à l'automne 2026. Une demande de permis de construire suivra immédiatement. Si les autorisations sont obtenues comme prévu, la construction débutera début 2027 pour une mise en service en 2029. Le projet a été amélioré suite aux retours de la concertation publique, intégrant notamment un engagement renforcé sur la qualité de l'air avec Atmo Grand Est.
Automne 2026 : le feu vert environnemental, clé du démarrage
L'autorisation environnementale constitue le verrou principal du projet. Circ estime avoir de « bonnes chances » d'obtenir un avis favorable grâce à plusieurs atouts : l'usine ne sera pas classée Seveso, son fonctionnement en circuit fermé élimine les rejets liquides, et les deux usines pilotes américaines démontrent la maîtrise technique du procédé. La Commission Nationale du Débat Public a qualifié la participation publique de « modérée », signe d'une acceptabilité locale globalement positive. Les principales préoccupations portent sur la qualité de l'air et les transports, deux points sur lesquels Circ a pris des engagements précis. L'entreprise maintient un site internet dédié pour informer riverains et parties prenantes tout au long du processus.
2027-2029 : trois ans pour construire une usine de classe mondiale
La phase de construction mobilisera des centaines d'ouvriers et d'ingénieurs pendant près de trois ans. L'ampleur de l'investissement (450 millions d'euros) reflète la complexité technique de l'installation : réacteurs chimiques de grande capacité, systèmes de traitement des eaux, équipements de séparation des fibres, contrôles qualité automatisés. La mise en service progressive permettra d'ajuster les paramètres opérationnels avant d'atteindre la pleine capacité. Circ prévoit de démarrer avec des chutes de textile industrielles avant d'intégrer progressivement des vêtements portés, plus hétérogènes. Cette montée en puissance étalée sécurise l'approvisionnement et minimise les risques techniques. Le contexte réglementaire évolue favorablement avec les nouvelles lois contre l'ultra fast fashion qui renforcent les obligations de recyclage.
Circ : une startup américaine en quête d'expansion européenne
Avec seulement 60 salariés mondiaux, dont 10 en Europe et 3 en France, Circ affiche une structure légère typique des start-ups technologiques. Pourtant, l'entreprise virginienne maîtrise une innovation de rupture dans un secteur mature. Son implantation en Moselle marque une ambition claire : devenir le leader européen du recyclage chimique textile. Le choix de la France comme tête de pont européen témoigne de l'attractivité retrouvée du pays pour les innovations industrielles. Les deux usines pilotes américaines ont permis de valider la technologie à petite échelle, l'usine mosellane franchit le cap industriel. Circ devra néanmoins structurer rapidement ses équipes françaises pour gérer un site de cette envergure, d'où les partenariats envisagés avec l'IUT de Moselle-Est pour former les compétences nécessaires.
De 60 salariés mondiaux à une force économique française
La transformation de Circ d'une start-up de niche en acteur industriel majeur repose sur sa capacité à lever des fonds, sécuriser des approvisionnements et convaincre les donneurs d'ordre textiles. L'entreprise devra multiplier par plus de trois ses effectifs rien que pour l'usine française. Au-delà des emplois directs, le projet stimulera toute une filière : collecteurs de textiles usagés, entreprises de tri, transporteurs, laboratoires d'analyse. Guillaume Thomé insiste sur la nécessité de « développer un écosystème du recyclage qui n'existe pas encore ». Les enjeux dépassent donc le seul périmètre de l'usine. Circ s'inscrit dans une dynamique plus large où l'économie circulaire devient un impératif industriel, poussée par les réglementations et les attentes sociétales. Le succès du projet mosellan conditionnera l'expansion de Circ en Europe et pourrait inspirer d'autres implantations similaires.