La Commission de régulation de l’énergie alerte sur un « effet ciseau » inédit : d’ici 2050, les abonnés au gaz, deux fois moins nombreux qu’aujourd’hui, devront supporter des coûts d’infrastructures qui ne baisseront que faiblement. Résultat, le tarif de réseau pourrait bondir de 3,5 % par an hors inflation dans le scénario le plus défavorable, alourdissant considérablement la facture des ménages restés au gaz, même décarboné.
Gaz : la CRE confirme que votre facture va flamber d’ici 2050

Gaz : la CRE confirme que votre facture va flamber d'ici 2050
La transition énergétique française s'accompagnera d'une facture salée pour les consommateurs de gaz. Dans un rapport prospectif publié le 1er juillet 2026, la Commission de régulation de l'énergie (CRE) alerte sur un phénomène préoccupant baptisé « effet ciseau ». D'ici à 2050, les Français qui continueront de se chauffer au gaz, même décarboné, devront supporter une charge financière croissante pour l'entretien des infrastructures gazières. La raison ? Ils seront moins nombreux à payer la note.
Aujourd'hui, environ 10 millions de foyers français bénéficient d'un raccordement au réseau de gaz naturel. Les infrastructures actuelles (réseaux de transport et de distribution, installations de stockage souterrain, terminaux méthaniers dans les ports) sont dimensionnées pour répondre aux besoins de l'ensemble de la clientèle. Or, la stratégie nationale bas carbone 3 (SNBC 3) et la programmation pluriannuelle de l'énergie 3 (PPE 3), publiée en février 2026, prévoient une sortie progressive du gaz fossile au profit d'une électrification massive du chauffage, d'une rénovation énergétique accélérée et du développement du biométhane.
Un réseau qui coûtera aussi cher avec deux fois moins d'abonnés
Le paradoxe est simple à comprendre, mais ses conséquences sont vertigineuses. Emmanuelle Wargon, présidente de la CRE, l'exprime sans détour : « On a moins de consommation et moins de consommateurs, mais on a quand même besoin de maintenir un réseau et des infrastructures. » Selon Le Parisien, la CRE a travaillé à partir de trois scénarios d'évolution de la demande gazière. Dans l'hypothèse la plus radicale, élaborée par l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), la consommation chuterait de 56 %, passant de 371 térawattheures (TWh) en 2025 à seulement 165 TWh en 2050.
Dans le même scénario, le nombre d'utilisateurs raccordés s'effondrerait de 60 %, ramenant la clientèle à environ 5 millions de foyers. Une division par deux. Pourtant, les coûts liés aux infrastructures ne baisseraient que de 11 % à 17 % selon les hypothèses retenues. Pourquoi un tel décalage ? Parce que la majorité du réseau restera indispensable, qu'il transporte du gaz fossile ou du biométhane. Les canalisations, les stations de compression, les sites de stockage ne peuvent être démantelés aussi rapidement que les clients ne disparaissent. Le risque d'un effet ciseau se précise : moins d'abonnés pour financer des infrastructures dont le coût reste quasi incompressible.
Une hausse tarifaire pouvant atteindre 3,5 % par an
Les répercussions sur la facture seront directes. Le tarif de réseau, qui représente actuellement un tiers de la facture totale de gaz d'un ménage, connaîtra une évolution contrastée selon le rythme de décroissance de la consommation. Dans le scénario le plus optimiste, développé par les gestionnaires de réseaux eux-mêmes, où la consommation ne reculerait que de 14 % pour s'établir à 320 TWh en 2050, la hausse serait contenue à 0,2 % par an hors inflation. Un niveau supportable.
Dans le scénario intermédiaire de l'Ademe, prévoyant 245 TWh consommés en 2050 et 8 millions de clients restants, la progression annuelle grimperait à 1,4 % hors inflation. Mais l'hypothèse basse, celle d'une décroissance rapide, fait grimper l'addition : le tarif de réseau bondirait de 3,5 % par an hors inflation jusqu'en 2050. Sur vingt-cinq ans, l'accumulation pèserait lourdement sur le pouvoir d'achat des ménages concernés, souvent logés dans le parc social où le chauffage au gaz reste très présent. Comme pour les prix des carburants, la question du bouclier tarifaire pourrait se poser.
Selon TF1 Info, un déséquilibre structurel explique la dynamique : « Moins de consommateurs mais un réseau à entretenir. » Les charges d'exploitation, les investissements dans le renouvellement et la modernisation des infrastructures, les coûts de démantèlement des installations devenues inutiles, tout devra être financé par une base clientèle réduite.
Des coûts de démantèlement colossaux dans les scénarios les plus sévères
L'un des postes de dépenses les plus préoccupants concerne le démantèlement. Dans le scénario de décroissance rapide, la CRE évalue les coûts « autour de 10 milliards d'euros », contre seulement 1 à 2 milliards dans les deux autres hypothèses. Il s'agit de mettre en sécurité ou de déposer les stations de compression, les installations de sites de stockage, les branchements et canalisations devenus superflus. Or, ces dépenses ont vocation à être couvertes par le tarif payé par les abonnés restants.
S'ajoutent à cela les « coûts échoués » : la valeur résiduelle des actifs dont la sortie serait planifiée avant leur fin de vie économique. Des investissements récents, pensés pour durer plusieurs décennies, pourraient se retrouver inutilisés prématurément si la transition s'accélère. Là encore, la facture sera répercutée sur les derniers utilisateurs du réseau. Les charges nettes d'exploitation (personnel, maintenance, structure, impôts et taxes), les investissements (renouvellement, modernisation, développement du biométhane, compteurs intelligents), le démantèlement et les coûts échoués formeront ensemble un cocktail financier explosif.
Anticiper pour lisser la hausse ou attendre et subir un choc brutal
Face à l'« effet ciseau », la CRE propose plusieurs pistes pour rendre la transition soutenable. L'enjeu consiste à « trouver la bonne répartition des charges entre les consommateurs actuels et futurs permettant d'atteindre un niveau de tarif soutenable en 2050, sans néanmoins pénaliser excessivement les consommateurs d'aujourd'hui », précise Emmanuelle Wargon. Concrètement, deux stratégies s'opposent.
La première consisterait à anticiper certaines dépenses dès maintenant, en augmentant légèrement les tarifs de réseau dans les années à venir. L'objectif : étaler la charge et éviter un pic insupportable en 2050, lorsque les clients seront moins nombreux. « Si on anticipe des charges, ça veut dire qu'on augmente un peu plus vite les tarifs de réseau de gaz bientôt pour qu'ils arrivent moins haut en 2050 », explique la présidente de la CRE.
La seconde option reviendrait à laisser les tarifs évoluer naturellement, au rythme des départs de clients. Mais dans ce cas, « ils arrivent plus haut pour moins de consommateurs en 2050 ». Une perspective peu réjouissante pour les ménages qui n'auront pas d'autre choix que de rester au gaz, faute d'alternative technique ou financière pour se chauffer autrement. À l'image de l'inflation qui peut baisser puis repartir, le répit tarifaire pourrait n'être que temporaire.
Des zones où le gaz restera durablement nécessaire
Tous les territoires ne seront pas logés à la même enseigne. La CRE estime qu'au moins 20 % des communes françaises, soit environ 2 000 d'entre elles représentant 6,8 millions de consommateurs actuels, sont concernées par au moins un usage nécessitant durablement la présence d'un réseau de gaz. Il peut s'agir de réseaux de chaleur urbains alimentés au biométhane, ou d'usages industriels impossibles à électrifier rapidement.
Dans ces zones, le maintien des infrastructures gazières ne relève pas du choix, mais de la nécessité. Les collectivités locales devront identifier ces territoires et coordonner les actions pour optimiser les investissements. La CRE insiste sur l'importance d'une démarche locale et concertée, seule capable de traiter les questions de réseaux de gaz de manière efficace à l'échelle nationale. Comme le souligne BFMTV, l'enjeu est de taille : aujourd'hui, 10 millions de consommateurs payent les coûts d'entretien, mais d'ici 2050, ils seront bien moins nombreux.
Des pistes réglementaires pour éviter l'explosion des tarifs
Le régulateur ne se contente pas de diagnostiquer le problème. Il propose des ajustements de son cadre de régulation pour accompagner la transition. Parmi les mesures envisagées, figure le maintien d'un cadre régulatoire incitatif sur les coûts, assorti d'une régulation incitative à la qualité de service. L'objectif : éviter que les opérateurs ne relâchent leurs efforts d'efficience sous prétexte que les clients se raréfient.
La CRE souhaite également garantir un cadre permettant la poursuite des investissements pour assurer la sécurité des réseaux en phase de décroissance. Intégrer dès maintenant dans les tarifs les charges liées au démantèlement futur et anticiper la couverture de certains coûts permettrait de réduire les coûts échoués potentiels. Six pistes d'évolution du cadre tarifaire ont été identifiées, poursuivant la dynamique enclenchée dans les derniers tarifs publiés en 2024 pour la période 2024-2028.
Les pistes évoquées ne constituent pas encore des décisions. Elles seront intégrées, le cas échéant, dans les prochaines discussions tarifaires qui s'ouvriront en 2027 pour une décision début 2028. D'ici là, les consommateurs de gaz peuvent s'attendre à voir leur facture évoluer, mais l'ampleur dépendra des choix politiques et réglementaires qui seront faits dans les mois et années à venir.