L’approvisionnement en plastique recyclé de qualité devient un enjeu industriel à part entière pour l’Europe, contrainte de réduire sa dépendance au pétrole tout en sécurisant ses chaînes de valeur. Le règlement européen sur les emballages, dont les obligations chiffrées entrent en vigueur d’ici 2030, va transformer cette nécessité en obligation légale. Une équation à laquelle deux pépites françaises, nées à quelques kilomètres l’une de l’autre, apportent déjà une réponse concrète.
Plastique recyclé : comment Carbios et Afyren, deux pépites françaises, répondent à une demande sur le point d’exploser

L'industrie européenne de l'emballage, de la boisson et de la cosmétique doit produire moins de plastique vierge, sans pour autant dépendre d'importations de recyclé dont l'origine et la qualité échappent à tout contrôle. Cette nécessité va même devenir une obligation légale : le règlement européen sur les emballages (PPWR) imposera par étapes, jusqu'en 2030, des taux minimaux de plastique recyclé dans les bouteilles en PET, et fera disparaître du marché les emballages jugés non recyclables. Mais il reste un défi de taille : comment et où se procurer cette matière recyclée de qualité ?
C'est justement la mission que s'est donnée Carbios, une pépite française basée à Clermont-Ferrand qui vise à devenir un leader du PET recyclé de qualité alimentaire. Concrètement, sa technologie de biorecyclage enzymatique décompose le plastique jusqu'à ses composants de base grâce à des enzymes, pour le reconstruire à l'identique. Un procédé qui produit un rPET comparable au plastique vierge, là où le recyclage mécanique classique plafonne en qualité.
De quoi convaincre deux consortiums de marques concurrentes de collaborer autour de sa technologie : L’Oréal, Nestlé Waters et PepsiCo côté emballage, Patagonia, PUMA et Salomon côté textile. Pour Benoît Grenot, nouveau directeur général de Carbios, cette dynamique confirme que le marché entre dans une nouvelle phase. Il se veut « confiant sur ce projet. D’ailleurs, les évolutions réglementaires en Europe sur le recyclage de déchets et de plastiques vont dans le bon sens aujourd’hui, et l’usine de Longlaville a été sélectionnée parmi les 150 cathédrales industrielles citées par le président de la République ».
Carbios engage désormais le passage à l’échelle industrielle avec un site prévu à Longlaville, en Meurthe-et-Moselle, retenu parmi les projets stratégiques appelés à bénéficier de procédures administratives simplifiées. Dans une compétition mondiale où la rapidité d’exécution devient un facteur clé, cet accompagnement public est loin d’être anodin. L’entreprise a également noué une coentreprise avec le géant chinois Wankai pour construire et exploiter la première usine de biorecyclage du PET en Asie, sous licence. « Le recyclage du polyester est un enjeu à échelle globale et nous avons des discussions en cours dans différents pays », souligne Benoît Grenot.
Deux pépites situées à quelques kilomètres
Carbios n'est pas un cas isolé. À Clermont-Ferrand toujours, une autre greentech, Afyren, attaque le même problème par un autre bout. Au lieu de recycler le plastique existant, elle remplace à la source les molécules issues du pétrole. Son procédé de fermentation transforme des résidus de betterave en acides organiques biosourcés, utilisés dans les arômes, la cosmétique ou la nutrition animale. Afyren a déjà franchi le cap industriel. Son usine mosellane tourne en continu depuis 2025, avec plus de 150 millions d'euros de commandes sécurisées auprès d'une dizaine de clients.
Point commun aux deux sociétés : la fermentation et la catalyse enzymatique, empruntées au vivant, pour remplacer des procédés pétrochimiques centenaires, et une origine géographique qui n'a rien d'un hasard. Depuis plus d'une décennie, le Puy-de-Dôme concentre une recherche académique reconnue en biotechnologies industrielles, portée notamment par les laboratoires de l'université Clermont Auvergne et par des écoles d'ingénieurs qui forment chaque année des spécialistes en biologie moléculaire, en génie enzymatique et en procédés fermentaires. Carbios et Afyren ont toutes deux grandi dans cet écosystème, recrutant localement les compétences scientifiques nécessaires à leurs technologies respectives, avant de les faire essaimer bien au-delà de la région.
Un incroyable vivier scientifique auvergnat
Le succès de ces deux greentech tient aussi à cette capacité à transformer une recherche de pointe en compétences opérationnelles. Ingénieurs procédés, biologistes, experts en catalyse enzymatique : les effectifs scientifiques de Carbios et d'Afyren ont crû au même rythme que leurs ambitions industrielles, dans des métiers hautement qualifiés qui, il y a encore quinze ans, n'existaient tout simplement pas en France. Cette montée en compétences irrigue désormais tout un tissu de sous-traitants, de laboratoires partenaires et de jeunes pousses qui gravitent autour des deux entreprises, faisant de l'Auvergne un point d'ancrage discret mais réel de la bioéconomie européenne.
À l'heure où l'Europe se dote d'un cadre réglementaire ambitieux pour l'économie circulaire, ces deux trajectoires illustrent une réalité simple : la France sait former les talents et faire émerger les technologies qui répondent aux grands défis industriels de demain. Reste, pour les deux entreprises, à transformer cette avance scientifique en position de leader sur un marché mondial du recyclé appelé à se structurer rapidement.