Selon une étude IFOP pour eBay publiée en juillet 2026, 61 % des 18-24 ans collectionnent activement, contre 38 % de la population générale. Les timbres et pin’s reculent au profit des cartes Pokémon, figurines et sneakers. Le phénomène se déplace en ligne et s’organise en communautés.
Les jeunes collectionnent plus que jamais, mais pas les mêmes objets

Trois Français sur quatre ont déjà collectionné au cours de leur vie, et 38 % le font encore aujourd'hui. Mais ce qui se cache derrière ce chiffre global mérite qu'on s'y attarde. Car si la pratique résiste, elle change radicalement de visage. L'étude IFOP réalisée pour eBay en avril 2026 auprès de 3 004 personnes montre que la collection n'est plus l'apanage des générations d'après-guerre. Elle devient, au contraire, un marqueur générationnel des moins de 25 ans, portée par des objets qui n'existaient pas il y a vingt ans.
Un écart de 33 points entre jeunes et seniors
Reprenons les chiffres bruts. Parmi les 18-24 ans, 61 % déclarent collectionner activement. Chez les plus de 65 ans, ce taux tombe à 28 %. L'écart est massif, 33 points. Il témoigne d'un basculement culturel qui dépasse la simple question du pouvoir d'achat. Les jeunes collectionneurs consacrent en moyenne 470 euros par an à leur passion, un montant stable par rapport à 2024. Mais 17 % d'entre eux dépensent désormais entre 100 et 499 euros, contre 13 % deux ans plus tôt. Autrement dit, la pratique se banalise, tout en s'intensifiant pour une frange croissante.
Plus frappant encore, 29 % des collectionneurs admettent avoir renoncé à aller au restaurant pour financer leurs achats. Ce chiffre grimpe à 50 % chez les 18-24 ans. On est loin de l'image du collectionneur retraité qui range ses timbres dans un classeur. La collection devient un arbitrage budgétaire assumé, presque revendiqué.
Les timbres reculent, les cartes Pokémon progressent
Mais que collectionnent-ils, au juste ? C'est là que le tableau se renverse. Les timbres, qui incarnaient la collection par excellence, passent de 39 % à 31 % entre 2024 et 2026. Les pin's et objets publicitaires reculent de 5 points, à 34 %. Les monnaies suivent la même pente, avec une baisse de 5 points également. En face, les figurines progressent de 2 points et atteignent 26 % de la population. Les cartes à jouer et à collectionner gagnent également 2 points depuis 2021, à 22 %. Les jeux vidéo et consoles touchent 19 % des Français, les objets liés au cinéma et aux séries 15 %.
Chez les moins de 35 ans, le classement change du tout au tout. Les jeux vidéo arrivent en tête avec 21 %, devant les bandes dessinées (17 %), les figurines (16 %), les cartes à collectionner (14 %) et les sneakers (14 %). Les timbres, eux, disparaissent du radar. On passe d'une culture de l'archive, du patrimoine, de la mémoire nationale, à une culture du divertissement, de la série limitée, du drop et de la rareté fabriquée.
Une passion qui ne se vit plus seul
Le problème, c'est que cette mutation ne concerne pas seulement les objets. Elle touche aussi les lieux, les modes d'acquisition, les formes de sociabilité. En 2026, 71 % des collectionneurs achètent en ligne, soit une hausse de 6 points par rapport à 2024. Dans le même temps, les achats en foires, brocantes ou vide-greniers reculent d'autant. Le phénomène s'accélère chez les jeunes, qui plébiscitent les plateformes numériques et les formats émergents comme le live shopping, auquel 38 % des 18-24 ans ont déjà participé.
Mais la vraie rupture est ailleurs. Elle tient à la dimension communautaire de la collection. Près d'un tiers des collectionneurs (31 %) participent désormais à des événements, salons ou regroupements liés à leur passion, une proportion en hausse de 3 points depuis 2024. Chez les 18-24 ans, ce taux atteint 44 %. Un collectionneur sur cinq déclare appartenir à une communauté de collectionneurs, et 13 % partagent leur collection en ligne. La collection n'est plus un acte solitaire. Elle devient un signe d'appartenance, un moyen de se définir, de se distinguer, de se reconnaître entre pairs.
Un marché qui se restructure autour de la rareté programmée
Reste que cette évolution pose une question de fond. La collection traditionnelle reposait sur la patience, la chasse, la découverte improbable d'un objet rare dans une brocante. La nouvelle collection, elle, repose sur la disponibilité immédiate, la mise en scène, la spéculation organisée. Les cartes Pokémon ou les sneakers en édition limitée ne sont pas rares par hasard. Elles sont conçues pour l'être. Les marques et les plateformes ont compris qu'elles pouvaient monétiser le désir de distinction en créant artificiellement la pénurie.
eBay, qui commande l'étude, ne s'y trompe pas. Sarah Tayeb, directrice générale d'eBay France, insiste sur le renouvellement constant de la culture de collection et sur l'importance des communautés. La plateforme a lancé eBay Live, un format de vente en direct qui recrée en ligne l'ambiance des salons et des échanges entre passionnés. L'objectif est clair, capter une génération qui ne fréquente plus les brocantes mais qui dépense autant, sinon plus, pour des objets qu'elle considère comme des marqueurs identitaires.
En apparence, la collection se porte bien. En réalité, elle change de nature. Elle devient un segment de marché, structuré, segmenté, piloté par des algorithmes et des stratégies de rareté. Les jeunes collectionnent plus que jamais, mais ils ne collectionnent plus de la même manière. Et il n'est pas certain que cette passion survive longtemps à la logique industrielle qui la sous-tend.