ExxonMobil annonce des gains record de 3,5 à 3,9 milliards de dollars au deuxième trimestre 2026, portés par la crise iranienne et la fermeture du Détroit d’Ormuz. Pendant que le géant texan enregistre son meilleur trimestre depuis 2022, les prix à la pompe restent élevés, déclenchant la colère de l’administration Trump qui accuse les pétroliers de renchérissement et ordonne une enquête du DOJ.
Exxon annonce 3,9 milliards de superprofits grâce à la guerre

Pendant que les Français remplissent leurs réservoirs à prix fort, ExxonMobil annonce des gains record de 3,5 à 3,9 milliards de dollars au deuxième trimestre 2026. Un contraste qui résume la crise énergétique mondiale : certains font des fortunes quand d'autres serrent leur ceinture. Le géant pétrolier américain profite directement des tensions au Moyen-Orient et de la fermeture du Détroit d'Ormuz pour engranger des résultats exceptionnels, les meilleurs depuis 2022.
Les chiffres qui font peur : +3,9 milliards pour Exxon en trois mois
Le dépôt réglementaire d'ExxonMobil auprès de la SEC révèle une augmentation spectaculaire de ses résultats en amont : entre 3,5 et 3,9 milliards de dollars au deuxième trimestre 2026 par rapport au premier. Cette performance place le groupe texan et son concurrent Chevron en tête pour leur meilleur trimestre depuis 2022, lorsque les sanctions occidentales contre la Russie avaient propulsé le baril au-dessus de 100 dollars. À cela s'ajoutent 200 millions de dollars supplémentaires provenant des changements de prix du gaz naturel.
Comment la fermeture du Détroit d'Ormuz crée des murs de dollars
Le déclencheur de cette manne financière ? Les frappes aériennes américaines et israéliennes contre l'Iran, débutées le 28 février 2026. Selon OilPrice.com, la fermeture immédiate du Détroit d'Ormuz, passage stratégique pour 20% du pétrole mondial, a déclenché une flambée des cours. Le Brent a atteint des pics à 120 dollars le baril durant le conflit, bien au-dessus des 75,60 dollars constatés le 8 juillet. Les États-Unis, devenus le plus grand exportateur mondial de pétrole brut et de produits raffinés, vendent des volumes records pour compenser les pertes d'approvisionnement moyen-orientales. Résultat : les majors américaines captent directement les gains de cette crise géopolitique.
La mécanique cachée : du brut à 120 dollars aux pompes qui ne baissent pas
La rentabilité d'ExxonMobil repose sur un écart grandissant entre ses coûts d'extraction et les prix de vente. Lorsque le baril grimpe de 30 à 40% en quelques semaines, les marges de raffinage explosent. Le groupe produit son pétrole à des coûts fixes relativement bas, puis le vend au prix du marché mondial, dopé par la pénurie artificielle créée par la fermeture du détroit. Chaque dollar supplémentaire par baril se traduit par des centaines de millions de profits. TotalEnergies connaît une dynamique similaire, même si ses résultats restent moins spectaculaires que ceux d'Exxon.
Le décalage qui enrichit Wall Street
Pourquoi les prix à la pompe ne suivent pas les prix du brut
Voici le paradoxe qui enflamme le débat public : alors que le pétrole rechute sous 70 dollars après les pics de crise, les prix à la pompe restent obstinément élevés. Le président Donald Trump a fustigé cette situation sur Truth Social fin juin : « Les grandes compagnies pétrolières ne baissent pas leurs prix à la pompe proportionnellement aux prix nettement inférieurs qu'elles paient pour le pétrole. Ces prix chutent comme une pierre ! En d'autres termes, les clients se font 'arnaquer' », a-t-il déclaré. L'American Petroleum Institute répond que « les prix du carburant ne bougent pas en synchronisation avec les prix du brut », invoquant les coûts de raffinage, de distribution et de taxes. Mais les chiffres d'ExxonMobil racontent une autre histoire : celle de marges qui s'élargissent considérablement.
Les stocks stratégiques américains au plus bas : une vulnérabilité devenue rentable
L'équation devient encore plus préoccupante quand on examine les stocks de la Réserve Stratégique Pétrolière américaine. Selon Channel News Asia, ils ont atteint en juillet 2026 leur plus bas niveau depuis 1983. Cette faiblesse amplifie la vulnérabilité aux chocs d'approvisionnement et maintient les prix élevés. David Chao, stratège chez Invesco Singapour, observe : « Juste quand nous pensions pouvoir mettre la prime de risque géopolitique au repos, nous avons certainement été rappelés que cet accord de paix reste très largement un processus en cours ». Pour les pétroliers, cette tension permanente garantit des cours soutenus et des profits records.
La tension Trump : allié hier, ennemi de ses prix demain
L'administration Trump accuse Big Oil de 'gougeage'
Le retournement politique surprend les observateurs. Donald Trump, qui avait promis l'expansion de l'industrie pétrolière américaine durant sa campagne et reçu le soutien financier des majors, s'en prend désormais frontalement à Chevron, Exxon, Shell et BP. Il exige une baisse des prix à la pompe vers 2,50 dollars le gallon, menaçant de mesures punitives si les compagnies ne s'exécutent pas. Le président américain a ordonné au Département de la Justice d'enquêter sur les pratiques de renchérissement des prix. Cette volte-face traduit une pression politique croissante : les électeurs américains voient leurs factures énergétiques grimper tandis que les résultats trimestriels d'ExxonMobil battent des records.
Enquête du DOJ : le début d'un bras de fer politique
L'enquête du DOJ marque un tournant potentiel. Les compagnies pétrolières risquent des poursuites antitrust si les autorités prouvent une manipulation concertée des prix. Cependant, les experts restent sceptiques : prouver une entente illégale dans un marché mondial aussi complexe s'avère extrêmement difficile. En parallèle, Washington a révoqué le 8 juillet la concession permettant à l'Iran de vendre du pétrole sur le marché mondial, une décision qualifiée par Téhéran de violation de l'accord-cadre de paix. Cette escalade garantit la persistance des tensions et, par ricochet, le maintien de cours élevés bénéficiant aux producteurs américains. Le segment chimique d'ExxonMobil devrait certes connaître une baisse de 1 à 1,2 milliard de dollars au deuxième trimestre, mais cette perte reste marginale face aux gains en amont.
La question demeure : jusqu'où ira le bras de fer entre une administration sous pression électorale et une industrie qui capitalise sur l'instabilité mondiale ? Les prochains résultats trimestriels, attendus fin juillet, apporteront des éléments de réponse. Entre-temps, les consommateurs français et européens continuent de payer la facture d'une crise géopolitique dont les dividendes enrichissent Wall Street.