Les États-Unis ont relancé dans la nuit du 14 au 15 juillet 2026 leur blocus naval des ports iraniens et intensifié leurs frappes militaires près du détroit d’Ormuz. Cette escalade, marquée par quatre nuits consécutives de bombardements, fait bondir les cours du pétrole et ravive les craintes d’une guerre d’usure sans issue. Donald Trump menace de frapper les infrastructures civiles iraniennes, tandis que Téhéran conserve sa capacité de nuire au trafic maritime mondial.
Iran : les frappes se poursuivent, le pétrole s’envole à nouveau

Les bombardements se poursuivent, le pétrole bondit
Dans la nuit du 14 au 15 juillet 2026, les frappes américaines contre l'Iran ont repris avec intensité. Après quatre nuits consécutives de bombardements, Washington a rétabli son blocus naval des ports iraniens et intensifié ses opérations militaires autour du détroit d'Ormuz. Les marchés pétroliers ont immédiatement réagi : le baril de Brent a atteint des niveaux inédits depuis plus d'un mois. Pour l'économie mondiale, fragilisée par des mois d'instabilité, le message est clair : la guerre s'amplifie.
Le commandement central américain (Centcom) a annoncé mardi soir avoir mené une vague de frappes durant sept heures contre des dizaines de cibles militaires iraniennes. Installations de missiles et de drones, actifs navals, systèmes de défense côtière : l'objectif consiste à « dégrader davantage la capacité de l'Iran à menacer la navigation commerciale et les équipages civils », selon les termes du communiqué publié sur les réseaux sociaux. Parallèlement, le blocus naval sur les navires à destination ou en provenance des ports iraniens a été rétabli à 16 heures (heure de Washington), soit 22 heures en France.
Le président Donald Trump a prévenu que les frappes se poursuivraient. « Nous allons les frapper très fort cette nuit. Nous allons les frapper très fort demain soir. Nous allons les frapper très fort la nuit suivante », a-t-il déclaré à Fox News. Puis, évoquant la semaine suivante : « La semaine prochaine, ça va devenir vraiment mauvais pour eux, parce que la semaine prochaine, ce seront les centrales électriques, la semaine prochaine, ce seront les ponts. » Le chef de l'État américain a néanmoins laissé entendre qu'un accord restait possible, à condition que Téhéran accepte de négocier.
Le baril bondit face au risque d'enlisement
Les cours du pétrole ont bondi dès l'annonce du blocus. Le West Texas Intermediate (WTI) pour livraison en août a progressé de 1,01 % pour atteindre 80,14 dollars le baril, tandis que le Brent de septembre s'est apprécié de 1,23 % à 85,77 dollars. Selon Saul Kavonic, analyste senior chez MST Marquee, « la dernière escalade montre à quel point les attentes d'une réouverture rapide du détroit étaient prématurées. Les hostilités et le blocus réimposé placent le conflit sur une trajectoire d'escalade. » Il estime que le prix du baril pourrait atteindre 100 dollars si l'intensité actuelle des combats persiste pendant quelques semaines, voire davantage si des infrastructures pétrolières régionales sont visées.
La flambée des prix intervient alors que l'administration Trump avait salué, quelques heures plus tôt, une baisse de l'inflation aux États-Unis. La reprise des hostilités menace directement l'embellie économique. Environ 20 % du pétrole et du gaz naturel mondiaux transitent par le détroit d'Ormuz, transformant l'artère maritime en point névralgique pour l'économie planétaire. Toute perturbation prolongée risque de faire grimper les prix à la pompe, de raviver l'inflation et de peser sur la popularité du président américain à l'approche des élections de mi-mandat prévues en novembre.
Quatre nuits de raids intensifs depuis le 11 juillet
Les frappes menées mardi soir s'inscrivent dans une série d'opérations militaires lancées depuis le 11 juillet. Ce jour-là, les forces américaines ont riposté après qu'un porte-conteneurs battant pavillon chypriote a été attaqué par l'Iran dans le détroit. Depuis, les raids se sont enchaînés sans interruption. Le Centcom a précisé que des avions de chasse, des drones et des navires de guerre ont été déployés pour frapper des sites de missiles et de drones, ainsi que des capacités navales et des systèmes de défense côtière.
Les villes portuaires iraniennes de Bandar Abbas et Sirik, situées le long du détroit, ont été particulièrement visées. Des explosions y ont été entendues mardi soir, selon les médias d'État iraniens. Parallèlement, le Koweït a signalé avoir intercepté 33 drones, cinq missiles de croisière et un missile balistique en provenance d'Iran. L'armée koweïtienne a également fait état de l'attaque d'un navire de guerre national, blessant quatre militaires. Bahreïn, autre allié des États-Unis dans le Golfe, a activé ses sirènes d'alerte face à des attaques de drones.
Le blocus naval rétabli après un mois d'espoir
Le blocus des ports iraniens, initialement instauré à la mi-avril et levé le 18 juin dans le cadre d'un protocole d'accord (memorandum of understanding), visait à étouffer l'économie iranienne en coupant ses exportations. Plus de 140 navires commerciaux avaient alors été refoulés, tandis que des dizaines d'autres transportant de l'aide humanitaire avaient été autorisés à poursuivre leur route. Le protocole signé en juin prévoyait un cessez-le-feu de 60 jours, la fin du blocus américain et l'engagement de l'Iran à garantir la libre circulation des navires commerciaux.
L'accord, pourtant salué des deux côtés comme une victoire, s'est rapidement effrité. L'Iran a repris ses attaques contre des navires commerciaux, faisant au moins une dizaine de morts, de blessés ou de disparus parmi les équipages, selon le commandant du Centcom, l'amiral Brad Cooper. « L'Iran a intentionnellement ciblé des civils et attaqué sept navires commerciaux au cours de la semaine écoulée », a-t-il déclaré dans un communiqué. Au total, d'après l'Institute for the Study of War et le projet Critical Threats de l'American Enterprise Institute, au moins 29 navires ont été attaqués par l'Iran dans le golfe Persique entre le 1er mars et le 13 juillet.
Face à la reprise des attaques, Donald Trump a déclaré le cessez-le-feu « terminé » et ordonné la reprise du blocus. Le Centcom a précisé que « plus de 20 navires de guerre de la marine américaine et des centaines d'avions militaires opèrent actuellement au Moyen-Orient. Les forces américaines restent vigilantes, létales et prêtes. »
Une taxe controversée abandonnée en 24 heures
Lundi 13 juillet, Trump avait annoncé sur Truth Social l'instauration d'une taxe de 20 % sur tous les navires transitant par le détroit d'Ormuz, y compris ceux des alliés américains, pour « rembourser les États-Unis de tous les coûts nécessaires pour assurer la sécurité de cette section très volatile du monde ». La proposition, qui avait provoqué un bond de près de 10 % du prix du baril, la plus forte hausse en une journée depuis six ans, a été abandonnée dès le lendemain.
Le président américain a expliqué avoir « décidé de remplacer » la taxe par des « accords commerciaux et d'investissement » avec les États du Golfe. Le revirement brutal illustre les difficultés de Washington à trouver une issue au conflit. Comme l'a souligné Marco Rubio, secrétaire d'État américain, un mois plus tôt : « Aucun pays n'est autorisé à imposer des péages ou des frais sur une voie navigable internationale. C'est le droit international existant. » L'Iran, de son côté, n'a pas exclu de facturer son propre péage pour l'usage du détroit et a menacé les navires qui le traverseraient sans son autorisation.
Un enlisement sans issue claire
Après plus de quatre mois de guerre, le conflit entre les États-Unis et l'Iran semble s'enliser. Rosemary Kelanid, directrice du programme Moyen-Orient au sein de l'organisation Defense Priorities, estime que « la fin la plus probable est une absence de fin. Cela s'est transformé en guerre d'usure, et les guerres d'usure ont tendance à durer très, très longtemps. » Militairement, Washington atteint ses objectifs : navires, avions et cibles iraniennes sont détruits, les capacités de défense de Téhéran sont dégradées. Politiquement, en revanche, rien n'est résolu.
L'Iran, affaibli sur le plan militaire, conserve la capacité de bloquer le détroit d'Ormuz. Et à moins d'une escalade dramatique des opérations américaines, Washington ne peut l'en empêcher. Elliot Abrams, chercheur au Council on Foreign Relations, résume la situation : « Nous sommes revenus au point de départ, où la question était : qui a le plus de patience ? Les Iraniens, qui ne pourront pas exporter de pétrole, ou les États-Unis et les autres pays qui utilisent le pétrole du golfe Persique ? »
Trump a évoqué mardi soir la possibilité de frapper la montagne Pickaxe, un site de recherche nucléaire fortement fortifié au sud de Téhéran. Mais des doutes subsistent sur la valeur stratégique de la cible et sur la capacité des frappes aériennes américaines à endommager significativement les tunnels creusés en profondeur dans le granit. Le président américain a également rappelé que d'autres conflits américains, comme la guerre du Vietnam, s'étaient étendus sur des années, un rappel peu rassurant pour une administration soucieuse d'éviter un bourbier similaire.
Sanctions économiques renforcées contre Téhéran
Parallèlement aux opérations militaires, Washington a intensifié sa pression économique. Mardi, le département du Trésor américain a gelé plus de 130 millions de dollars d'actifs numériques détenus par la Banque centrale d'Iran, selon le secrétaire au Trésor Scott Bessent. « Nous continuerons à suivre agressivement l'argent et à priver le régime iranien de l'accès aux produits de ses programmes de revenus illicites », a-t-il déclaré sur X.
Le même jour, les États-Unis ont imposé des sanctions à des dizaines de personnes, d'entreprises et de navires liés à Mohammad Hossein Shamkhani, un magnat iranien du transport maritime décrit par le Trésor américain comme le chef d'un « vaste empire maritime » transportant du pétrole iranien et russe. « Le régime iranien survit grâce à la tromperie, et le réseau Shamkhani est l'un de ses moteurs les plus rentables », a affirmé Scott Bessent. Les mesures visent à assécher les sources de financement du régime de Téhéran, déjà privé de ses revenus pétroliers par le blocus.
L'économie mondiale face à un goulot d'étranglement critique
Au-delà des enjeux militaires et diplomatiques, la reprise des hostilités entre les États-Unis et l'Iran pèse lourdement sur l'économie mondiale. Le détroit d'Ormuz, large de seulement quelques kilomètres à son point le plus étroit, constitue un goulot d'étranglement critique pour les flux énergétiques mondiaux. Avant la guerre, les navires empruntaient deux couloirs séparés, chacun d'environ deux miles de large, pour entrer et sortir du golfe Persique. Depuis le début du conflit, l'Iran a imposé une route maritime passant par ses eaux territoriales, près des îles de Qeshm et Larak, permettant aux autorités iraniennes d'inspecter ou d'escorter les navires.
En coordination avec l'Organisation maritime internationale (OMI), Oman a établi un corridor maritime temporaire au sud de la voie de navigation existante, protégé par les forces américaines. Selon les données de Kpler, société spécialisée dans l'analyse des flux maritimes et des matières premières, seulement dix navires ont emprunté le détroit le 13 juillet, illustrant l'impact du conflit sur le trafic commercial. La paralysie partielle du détroit menace l'approvisionnement énergétique de nombreux pays et alimente la volatilité des marchés pétroliers.
