Banques américaines au sommet : leçon pour l’Europe engourdie

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By Jean-Baptiste Giraud
Banques américaines au sommet : leçon pour l'Europe engourdie
Banques américaines au sommet : leçon pour l'Europe engourdie - © Economie Matin

Pendant que JPMorgan, Goldman Sachs et Bank of America pulvérisent leurs records de bénéfices, les banques européennes continuent de naviguer sous le poids de réglementations kafkaïennes. Ce contraste brutal n'est pas une fatalité. C'est un choix politique. Et un choix perdant.

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Hausse moyenne des bénéfices des cinq grandes banques américaines au premier semestre 2026, portée par l'IA et une réglementation enfin rationalisée.

Wall Street cartonne. L'Europe, elle, rédige des formulaires.

Force est de constater que les résultats publiés cette semaine par les grandes banques américaines ne sont pas seulement une bonne nouvelle pour leurs actionnaires. Ils sont un miroir tendu à toute l'Europe, et à la France en particulier. JPMorgan, Goldman Sachs, Citigroup, Bank of America, Wells Fargo : toutes affichent des bénéfices spectaculaires, portées par trois moteurs simples — l'intelligence artificielle, des marchés de capitaux dynamiques, et une réglementation que l'administration américaine a eu le courage de rationaliser.

Pendant ce temps, en France, nos banques s'apprêtent à plonger dans les méandres de la facturation électronique obligatoire dès le 1er septembre 2026, à absorber les coûts de l'euro numérique expérimental que 36 établissements européens devront tester en 2027, et à satisfaire des exigences prudentielles toujours plus lourdes issues de Bâle IV. Chaque nouvelle règle, prise isolément, se justifie peut-être. Empilées les unes sur les autres, elles forment une muraille administrative qui étouffe la compétitivité.

Je ne dis pas qu'il faut supprimer toute régulation. Je dis que la différence de traitement entre les deux rives de l'Atlantique est désormais si flagrante qu'elle explique, pour une large part, pourquoi les capitaux filent vers New York plutôt que vers Paris ou Francfort.

La réglementation efficace : ce que les Américains ont compris

Le Financial Times notait ce matin qu'il ne s'agit pas de règles plus laxistes aux États-Unis, mais de règles mieux construites. C'est précisément là que l'Europe se trompe de débat depuis des années. Bruxelles et Paris empilent les normes en croyant protéger. En réalité, elles handicapent.

Prenons un exemple concret. La facturation électronique obligatoire pour les entreprises françaises — qui entre en vigueur dans moins de deux mois — est en principe une bonne idée. Simplifier, dématérialiser, réduire la fraude à la TVA : objectifs louables. Mais dans la pratique, des dizaines de milliers de TPE et PME découvrent aujourd'hui qu'elles doivent s'équiper, se former, changer leurs processus en urgence. Sans accompagnement réel de l'État. Sans délai raisonnable. L'enfer est pavé de bonnes intentions administratives.

Aux États-Unis, lorsque l'administration Trump 2.0 a décidé de réduire la charge réglementaire sur le secteur financier, elle a établi une règle simple : pour toute nouvelle réglementation adoptée, deux anciennes devaient être supprimées. Le résultat ? Les banques américaines investissent massivement dans l'IA, innovent, recrutent, et dégagent des marges record. L'Europe, elle, organise des consultations, publie des livres verts, et réglemente les réglementations.

Que faudrait-il faire ? La réponse est simple, même si elle dérange.

La France et l'Europe ont besoin d'un choc de simplification massive. Pas d'une commission sur la simplification — nous en avons eu des dizaines. D'actes concrets. Supprimer les normes redondantes. Fixer des délais de transition raisonnables pour les entreprises. Arrêter d'imposer aux PME des contraintes conçues pour les grandes entreprises.

Pendant que la Chine voit sa croissance ralentir à 4,3% faute de demande intérieure, et que l'Amérique s'envole portée par une finance dynamique et une tech en ébullition, l'Europe risque de se retrouver dans la pire des positions : ni le dynamisme américain, ni la capacité d'exécution chinoise.

La question n'est plus de savoir si nous avons les moyens de réformer. C'est de savoir si nous en avons encore la volonté.

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin.  Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018, Il a également présenté le « Mag de l’Eco » sur RTL de 2016 à 2019, et « Questions au saut du lit » toujours sur RTL, jusqu’en septembre 2021.  Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont « Dernière crise avant l’Apocalypse », paru chez Ring en 2021, mais aussi de "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ou encore du " Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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