270 emplois partent en fumée à Tarascon. Le tribunal de commerce a prononcé la liquidation judiciaire du site papetier de Fibre Excellence, balayant le projet de reprise de Matthieu Pigasse. Pendant ce temps, Saint-Gaudens retient son souffle. La question qui brûle les lèvres : fallait-il vraiment en arriver là ?
270
C'est le nombre de salariés du site de Tarascon condamnés à la liquidation judiciaire, faute de reprise viable.
L'industrie papetière française : un malade qu'on a laissé agoniser
Soyons directs : la liquidation de Tarascon n'est pas un accident industriel. C'est l'aboutissement logique d'années d'aveuglement collectif. Fibre Excellence, comme tant d'autres fleurons de l'industrie lourde française, a évolué dans un environnement où chaque décision de gestion était entravée par la surréglementation, où chaque effort de compétitivité se heurtait à des charges sociales parmi les plus élevées d'Europe occidentale.
Force est de constater que nos voisins allemands, suisses ou néerlandais n'ont pas attendu que leurs papeteries ferment pour moderniser leur tissu industriel. En Allemagne, Friedrich Merz prépare justement un grand plan d'attractivité — son propre "Choose Germany" — pour séduire les investisseurs. En France, on organise des colloques. Et quand l'heure des comptes arrive, on pleure les emplois perdus en pointant du doigt les repreneurs qui n'ont pas voulu se sacrifier.
Le projet de Matthieu Pigasse a été rejeté. On peut débattre des mérites de ce dossier. Mais la vraie question, celle que personne ne pose franchement, c'est : pourquoi Tarascon n'était-il plus viable en 2026 ? Réponse : parce que produire du papier recyclé en France coûte structurellement trop cher face à des concurrents qui opèrent avec des règles du jeu différentes.
La France champion du monde du coût, pas de la compétitivité
Je pense que nous souffrons d'une forme d'hypocrisie nationale confortable. On se félicite de notre "modèle social", on exhibe nos acquis, et on découvre, hagard, que nos usines ferment les unes après les autres. Le coût du travail en France reste significativement supérieur à la moyenne européenne dès que l'on sort du plancher des bas salaires. Les charges patronales, la complexité des conventions collectives, les obligations légales qui s'empilent depuis quarante ans : tout cela a un prix, et ce prix, c'est l'emploi industriel.
Pendant ce temps, 13 000 entreprises sont à l'arrêt en Gironde suite aux évacuations liées aux incendies. Deux crises simultanées qui frappent le tissu économique local, deux rappels brutaux que la résilience d'une économie ne se décrète pas depuis Paris. Elle se construit, patiemment, en allégeant les contraintes qui pèsent sur les entrepreneurs, en simplifiant un environnement réglementaire devenu kafkaïen, en laissant les acteurs économiques respirer.
Ce qu'il faudrait vraiment faire — et que personne n'ose dire
Saint-Gaudens a obtenu un sursis. Tant mieux. Mais un sursis n'est pas une solution. Si les fondamentaux ne changent pas — charges, énergie, réglementation, fiscalité de production — le verdict ne sera que différé.
La vérité que nos responsables politiques évitent soigneusement, c'est qu'on ne sauve pas une industrie à coups de subventions d'urgence et de plans de licenciement accompagnés. On la sauve en créant les conditions structurelles de sa viabilité. Cela suppose du courage politique : baisser les impôts de production, réformer le code du travail, simplifier radicalement les normes environnementales sans renoncer à l'ambition écologique.
270 emplois perdus à Tarascon. Combien faudra-t-il de Tarascon avant que la France accepte enfin de regarder la réalité en face ?
