13 000 entreprises évacuées, un tourisme à l'arrêt, des usines fermées en plein été : les incendies de Gironde révèlent une double faillite. Celle de la prévention, d'abord. Celle de l'accompagnement des entrepreneurs ensuite. Et pendant ce temps, Paris multiplie les "cellules de crise" — comme si une cellule avait jamais sauvé une cave viticole.
13 000
C'est le nombre d'entreprises situées dans les zones évacuées de Gironde, contraintes de fermer leurs portes en pleine saison haute.
Quand les flammes brûlent aussi le compte en banque
Force est de constater que derrière les images spectaculaires des incendies de Gironde, il y a une réalité économique que les caméras ne montrent pas : celle de milliers de chefs d'entreprise qui regardent leur saison s'évaporer en fumée. L'hôtelier bassin d'Arcachon qui avait tout misé sur juillet, le vigneron dont les vendanges approchent, le restaurateur qui vient d'embaucher trois saisonniers — tous se retrouvent aujourd'hui dans un vide juridique et financier absolu.
Le Figaro parle d'"embolie économique". Le mot est juste. Mais derrière le diagnostic, il faut poser la vraie question : comment la cinquième économie mondiale se retrouve-t-elle aussi désarmée face à un phénomène qui se répète chaque été depuis maintenant plusieurs années ? Car les incendies de grande ampleur en Gironde, nous les connaissons. Celui de 2022 avait déjà ravagé plus de 26 000 hectares. Quatre ans plus tard, la réponse de l'État n'a visiblement pas évolué à la hauteur de la menace.
Les oppositions dénoncent l'"impréparation" du gouvernement. Sur ce point précis, et même si je n'aime guère le réflexe pavlovien de faire de l'État le responsable de tout, elles n'ont pas tout à fait tort. Non pas parce qu'il faudrait "dépenser plus" — mais parce que l'argent public existant est manifestement mal alloué.
Des cellules de crise plutôt que des Canadairs
La réponse gouvernementale est symptomatique de notre rapport à la dépense publique : on crée des structures, on annonce des guichets, on convoque des réunions. Ce que j'appelle la "politique du paraître". Mais quand un chef d'entreprise doit fermer du jour au lendemain, sans préavis, sans revenus, il ne peut pas payer ses charges avec un numéro de téléphone vert.
La vraie question est celle de la prévention et des moyens opérationnels. La France dispose de moins de Canadairs que l'Italie ou l'Espagne, alors que nous avons des forêts parmi les plus étendues d'Europe occidentale. L'Allemagne, elle, a depuis longtemps intégré la gestion des risques naturels dans sa planification budgétaire, sans pour autant plomber ses comptes publics — simplement en choisissant mieux ses priorités.
Pendant ce temps, nous continuons à financer des agences, des hauts commissariats et des rapports sur des rapports. Je ne prétends pas que la solution est simple, mais je prétends que le problème est d'abord un problème d'allocation, pas un problème de niveau de dépenses.
La fiscalité punitive en embuscade
Et voilà qu'à l'automne, la gauche ressortira son projet de taxation des hauts patrimoines pour financer quoi ? De nouvelles cellules de crise ? Les entrepreneurs girondins, eux, n'ont pas besoin d'un impôt de plus. Ils ont besoin de trésorerie immédiate, de reports de charges sans paperasse, d'un accès rapide aux assurances — et d'une vision à long terme sur la prévention des risques.
Je le dis sans détour : la France excelle à ponctionner ses entrepreneurs en temps normal et à les abandonner en temps de crise. C'est précisément l'inverse qu'il faudrait faire. Moins de charges au quotidien, plus de solidarité concrète quand les catastrophes frappent.
Les 13 000 entreprises de Gironde méritent mieux qu'une conférence de presse et une promesse de guichet. Elles méritent un État qui protège sans étouffer — et qui, pour une fois, agit avant que tout parte en fumée.

