La Chine a gaspillé 360 TWh d’énergies renouvelables au premier semestre 2026, soit une hausse de 49 % par rapport à 2025. L’incapacité des réseaux électriques à absorber la production solaire et éolienne transforme des investissements massifs en pertes financières, un problème qui devrait persister jusqu’à la fin des années 2020.
Énergies renouvelables : la Chine gaspille 360 TWh d’électricité propre

La Chine, premier producteur mondial d'énergie solaire, a rejeté 360 TWh d'électricité issue des énergies renouvelables au premier semestre 2026, une quantité qui aurait pu alimenter le Mexique une année entière. Derrière ces chiffres vertigineux se cache une réalité économique troublante : l'incapacité des réseaux électriques à absorber la production renouvelable transforme des investissements massifs en pertes sèches. Le phénomène d'écrêtement, qui consiste à déconnecter les installations solaires et éoliennes lorsque la production excède la capacité du réseau, atteint des proportions inédites.
Un gaspillage énergétique massif aux conséquences financières
360 TWh rejetés au premier semestre 2026 : chiffres et implications
L'ampleur du gaspillage dépasse toutes les prévisions. Les 360 TWh d'énergies renouvelables rejetés représentent l'équivalent de la consommation électrique annuelle d'un pays comme le Mexique. Pour les exploitants de parcs solaires et éoliens, chaque kilowattheure écrêté signifie un manque à gagner direct. Les contrats d'achat d'électricité prévoient généralement une rémunération par unité produite, mais l'énergie non injectée dans le réseau ne génère aucun revenu. Les producteurs subissent ainsi une érosion de leur rentabilité alors même que leurs installations fonctionnent à pleine capacité.
La hausse de 49 % : accélération du problème et dégâts économiques
L'augmentation de 49 % de l'écrêtement par rapport au premier semestre 2025 révèle une dégradation rapide de la situation. La croissance exponentielle des capacités installées, portée par des objectifs ambitieux de décarbonation, se heurte à la rigidité des infrastructures de transport et de distribution. Les investisseurs qui ont financé ces projets photovoltaïques et éoliens voient leurs modèles économiques fragilisés. Les taux de rendement interne initialement projetés deviennent caducs lorsque 15 à 20 % de la production ne peut être commercialisée.
Retours d'investissement compromis : le paradoxe de la capacité excédentaire
Le secteur des énergies renouvelables chinois fait face à un paradoxe cruel. Plus les capacités de production augmentent, plus les pertes par écrêtement s'alourdissent. Les développeurs de projets doivent désormais intégrer dans leurs business plans des hypothèses de taux d'écrêtement de 10 à 25 %, selon les régions. Les provinces du Xinjiang et de Mongolie intérieure, qui concentrent d'immenses parcs solaires et éoliens, affichent les taux les plus élevés. Les banques et fonds d'investissement revoient leurs critères d'évaluation, exigeant des primes de risque supérieures pour compenser l'incertitude sur les volumes effectivement valorisables.
Au-delà de 2026 : persistance du phénomène et investissements nécessaires
Écrêtement durable jusqu'à la fin des années 2020
Les analystes anticipent une persistance du problème jusqu'à la fin de la décennie. La construction de lignes à très haute tension capables d'acheminer l'électricité des zones de production vers les centres de consommation nécessite des délais incompressibles de cinq à sept ans. Pendant cette période, les producteurs devront supporter des pertes structurelles. Le gouvernement chinois évalue les investissements nécessaires en infrastructure de réseau à plusieurs centaines de milliards de yuans, un montant qui pèsera sur les finances publiques et pourrait se répercuter sur les tarifs de raccordement.
Stockage par batteries et solutions thermiques : nouveaux coûts structurels
Face à l'urgence, la Chine multiplie les projets de stockage. La plus grande centrale solaire hybride du pays, récemment mise en service dans le Xinjiang, utilise 260 000 miroirs pour concentrer l'énergie et stocker la chaleur dans du sel fondu. Niu Janle, superviseur du projet, explique que "le système de stockage thermique se distingue par sa grande capacité, ses longs cycles de décharge et son fonctionnement sans émissions". Toutefois, ces technologies ajoutent entre 20 et 40 % au coût initial des installations. Les batteries lithium-ion, utilisées pour lisser les pics de demande, représentent également un investissement substantiel. Le Chili a ajouté 4 GWh de stockage en 2025, réduisant significativement son écrêtement, mais à un coût unitaire élevé.
Un problème mondial : Australie, Japon, Inde confrontés aux mêmes enjeux
L'écrêtement ne concerne pas uniquement la Chine. L'Australie, le Japon et l'Inde subissent des contraintes similaires, bien que de moindre ampleur. En Australie, certaines régions affichent des taux d'écrêtement solaire dépassant 30 % durant les heures de pointe de production. Le Japon, dont les réseaux insulaires limitent les capacités d'interconnexion, peine à absorber la production décentralisée. L'Inde, qui ambitionne 500 GW de capacités renouvelables d'ici 2030, anticipe des problèmes d'écrêtement massifs si les investissements en stockage et en infrastructure énergétique n'accélèrent pas.
