Energie : le Canada mise 70 milliards sur les renouvelables

Le Canada dévoile un investissement historique de 70 milliards de dollars canadiens dans les énergies renouvelables, principalement l’hydroélectricité et l’éolien. Ce projet, porté par le Premier ministre Mark Carney, vise à tripler la capacité de la centrale de Churchill Falls et à générer 14 000 mégawatts de puissance propre, suffisamment pour alimenter Toronto, Montréal et Vancouver réunies.

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By La rédaction Published on 18 août 2026 9h37
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Energie : le Canada mise 70 milliards sur les renouvelables - © Economie Matin
60%L'hydroélectricité représentait 60 % du mix électrique du Canada en 2023

Le Premier ministre canadien Mark Carney a annoncé lundi 17 août 2026 un investissement de 70 milliards de dollars canadiens (environ 43 milliards d'euros) dans les énergies renouvelables. L'essentiel des fonds sera consacré à l'hydroélectricité et à l'éolien, avec pour objectif de tripler la capacité de production de la centrale de Churchill Falls, située dans la province de Terre-Neuve-et-Labrador. Le chef du gouvernement qualifie l'initiative de "plus grand investissement en énergie propre de l'histoire de l'Amérique du Nord".

L'annonce a eu lieu sur les quais de l'autorité portuaire de Saint-Jean, en présence de Christine Fréchette, Première ministre du Québec, et de Tony Wakeham, Premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador. Selon Mark Carney, la puissance générée par ces nouveaux projets permettra d'"éclairer, chauffer et rafraîchir tous les foyers de Toronto, Montréal et Vancouver", soit les trois plus grandes métropoles du pays. Le projet doit générer 14 000 mégawatts (MW) de puissance propre et renouvelable.

Ottawa débloque 70 milliards de dollars pour l'hydroélectricité et l'éolien

L'investissement repose sur un accord-cadre signé entre Terre-Neuve-et-Labrador et le Québec. Le gouvernement fédéral y contribue à hauteur de 10 milliards de dollars canadiens. Les deux provinces se partageront l'électricité produite : environ 8 515 MW pour Hydro-Québec, la société publique québécoise, et 2 750 MW pour Newfoundland and Labrador Hydro. Ces volumes pourraient augmenter si les partenaires optent pour l'expansion complète de la centrale de Churchill Falls.

Selon les estimations officielles, Terre-Neuve-et-Labrador pourrait retirer un bénéfice de 49 milliards de dollars canadiens sur les 50 années de durée de l'accord. Tony Wakeham a salué "une victoire pour les deux provinces et le gouvernement fédéral", précisant que son territoire conserverait 760 MW de plus que ce que prévoyait un précédent protocole signé en 2024. "Nous tournons enfin la page de l'un des chapitres les plus sombres de notre histoire", a-t-il déclaré, en référence au contrat de 1969 qui liait les deux provinces dans des conditions jugées défavorables à Terre-Neuve-et-Labrador.

Churchill Falls et Gull Island au cœur du dispositif

Au centre du projet figure l'agrandissement et la modernisation de la centrale hydroélectrique de Churchill Falls, actuellement capable de produire 5 428 MW. Les travaux prévoient l'ajout d'une nouvelle centrale de 2 700 MW à Gull Island, sur le fleuve Churchill, ainsi que la construction de lignes de transmission associées. Des études de faisabilité sont également prévues pour une seconde centrale à Churchill Falls et pour un projet éolien de 2 000 MW dans la même région, qui pourrait être partiellement détenu par un partenaire privé et développé en partenariat avec les communautés innus du Labrador.

L'ensemble de ces installations permettra à Terre-Neuve-et-Labrador de transmettre jusqu'à 985 MW d'électricité depuis le Labrador, à travers le Québec, vers les marchés américains. Selon un graphique fourni aux médias, Hydro-Québec paiera désormais l'électricité de Churchill Falls à un tarif débutant à 1,8 cent par kilowattheure en 2027, pour atteindre une moyenne effective de 7,4 cents sur 50 ans. Une hausse spectaculaire par rapport au tarif actuel de 0,2 cent, fixé par l'accord de 1969 qui devait expirer en 2041.

Un contexte de tensions commerciales avec Washington

L'annonce intervient dans un contexte de tensions commerciales avec les États-Unis, où l'administration Trump a multiplié les mesures protectionnistes et les hausses de droits de douane. Le Canada cherche activement à diversifier ses partenaires économiques et à réduire sa dépendance vis-à-vis de son voisin du Sud, une stratégie similaire à celle que la France poursuit en matière d'indépendance énergétique. En juillet 2026, l'inflation a accéléré à 3 % sur un an dans le pays, notamment en raison de la flambée des prix de l'essence liée aux tensions au Moyen-Orient, selon les données officielles publiées le 17 août.

Comme le rapporte The Toronto Star, l'économie canadienne continue de croître malgré les attaques tarifaires de Washington. "Les 256 milliards de dollars d'investissements internationaux qui affluent dans le pays sont la preuve que les Canadiens devraient se détendre et faire confiance au Premier ministre Carney", écrit une lectrice dans une tribune. Mark Carney mise sur la coopération internationale et sur la valorisation des ressources naturelles du pays pour bâtir une "superpuissance énergétique".

23 000 emplois directs attendus

Au-delà de la production d'énergie propre, le projet comporte d'importants bénéfices économiques. Selon les estimations du gouvernement fédéral, les chantiers de construction devraient générer 23 000 emplois directs, allant des métiers spécialisés à l'ingénierie, et contribuer à hauteur de 31 milliards de dollars au produit intérieur brut (PIB) canadien jusqu'au début des années 2040. Ces retombées s'inscrivent dans une stratégie nationale visant à doubler la quantité d'énergie propre produite par le pays.

L'Institut climatique du Canada, organisme de recherche de référence sur les questions climatiques, a salué l'annonce qui illustre "le niveau d'ambition nécessaire pour atteindre l'objectif du Canada de doubler la quantité d'énergie propre" produite. Toutefois, l'organisation reste prudente quant à la capacité du gouvernement Carney à respecter les engagements climatiques pris par l'ancienne administration de Justin Trudeau, qui prévoyait une réduction de 40 à 45 % des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030 par rapport aux niveaux de 2005.

Les contradictions de la stratégie énergétique canadienne

Malgré l'ampleur de l'investissement dans les renouvelables, la stratégie énergétique canadienne comporte des contradictions. En parallèle, le gouvernement Carney a prévu de construire un oléoduc reliant les gisements de sables bitumineux de l'Alberta à la côte Pacifique, afin d'exporter davantage d'hydrocarbures vers l'Asie. Les défenseurs de l'environnement y voient un recul par rapport aux ambitions climatiques affichées.

Plus préoccupant encore, selon une enquête du média DeSmog publiée le 13 août 2026, la stratégie du Premier ministre en matière d'intelligence artificielle pourrait entraver le déploiement des énergies renouvelables sur le réseau électrique canadien. L'Alberta envisage actuellement 21 gigawatts (GW) de centres de données alimentés au gaz naturel, un montant qualifié d'"absurdement élevé" par des experts. Nate Glubish, ministre albertain de la Technologie et de l'Innovation, a déclaré voir "les centres de données comme des pipelines numériques et des raffineries numériques pour nous aider à tirer profit de notre gaz naturel sur les marchés mondiaux".

Un accord suspendu aux élections québécoises

La concrétisation de l'accord-cadre reste néanmoins suspendue aux prochaines élections provinciales au Québec. Christine Fréchette doit convoquer un scrutin avant le 5 octobre 2026, et les sondages placent actuellement son parti, la Coalition Avenir Québec (CAQ), derrière le Parti Québécois (PQ, indépendantiste) et les Libéraux. Or, Paul St-Pierre Plamondon, chef du PQ, a exprimé des réserves sur les termes de l'accord, même s'il a démenti vouloir le "déchirer" comme l'affirme Fréchette. "La réalité, c'est que personne n'a lu l'accord", a-t-il écrit sur le réseau social X. "Si l'accord est positif pour le Québec, alors évidemment il sera dans l'intérêt d'un gouvernement du Parti Québécois de le maintenir."

Tony Wakeham a reconnu n'avoir aucun contrôle sur l'issue du scrutin québécois, mais a défendu l'accord comme une victoire pour toutes les parties. Initialement, le Premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador avait promis d'organiser un référendum public sur tout accord final. Lundi, il est revenu sur sa promesse. "Je sais que certains dans notre province seront déçus, mais j'accepte cela", a-t-il déclaré en entrevue. "Le moment était venu. Il y avait une opportunité maintenant."

Le corridor du Labrador Trough pour les minéraux critiques

Au-delà de l'électricité, le gouvernement fédéral entend capitaliser sur les ressources minières de la région. Le Labrador Trough, zone minière de classe mondiale qui s'étend entre Terre-Neuve-et-Labrador et le Québec, abrite d'importantes réserves de minerai de fer de haute pureté. Pour exploiter cet atout stratégique, Ottawa a annoncé le renvoi du projet "Labrador Trough Clean Power, Critical Minerals and Infrastructure Corridor" au Bureau des grands projets (MPO), qui coordonnera le financement fédéral, accélérera les processus d'autorisation et travaillera avec les peuples autochtones pour forger des partenariats significatifs.

Plusieurs projets pré-développement dans la région du Labrador seront soutenus par le Fonds pour le premier et le dernier kilomètre (FLMF) de Ressources naturelles Canada : l'expansion de la transmission de Labrador Ouest, pour connecter les opérations minières de minéraux critiques au réseau électrique et soutenir l'électrification des mines ; le projet Kami Iron Mine Partnership, pour planifier les infrastructures de transport et d'énergie nécessaires au grand projet de minerai de fer Kami, près de Wabush ; le projet de Focus Graphite, pour construire une nouvelle ligne de transmission et une route reliant le projet de graphite Lac Knife au réseau d'Hydro-Québec, soutenant les technologies de batteries et de stockage d'énergie ; le projet SFP Pointe-Noire, pour étendre la capacité de manutention des minéraux critiques et les infrastructures ferroviaires associées.

"Le Canada a déjà construit grand par le passé, avec les ambitions de la Baie-James et de Churchill Falls d'origine", a déclaré Mark Carney lors de l'annonce. "Aujourd'hui, nous nous réunissons, déterminés à bâtir sur cette grandeur, pour développer la plus grande initiative d'énergie propre de l'histoire de l'Amérique du Nord." Reste à voir si les négociateurs parviendront à finaliser un accord contraignant d'ici la fin de l'année, comme ils l'espèrent, et si les tensions politiques au Québec ne viendront pas compromettre le projet.

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