Salaire des enseignants : 3.090 euros nets mensuels, une hausse en trompe-l’œil

En 2024, les enseignants français perçoivent en moyenne 3.090 euros nets mensuels, soit 13% de plus que la moyenne nationale. Malgré une hausse de 4,3% entre 2023 et 2024, portée par des primes et le dégel du point d’indice, les syndicats dénoncent un mirage : depuis 2010, l’inflation a progressé de 27,8% contre seulement 14,6% pour les salaires.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 21 août 2026 6h12
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Salaire des enseignants : 3.090 euros nets mensuels, une hausse en trompe-l’œil - © Economie Matin
4190 EUROSLes professeurs agrégés et de chaire supérieure touchent en moyenne 4.190 euros nets mensuels

En 2024, le salaire moyen des enseignants français s'établit à 3.090 euros nets mensuels, dépassant de 13% la moyenne nationale. Une bonne nouvelle économiquement ? Pas vraiment, si l'on regarde au-delà des chiffres nominaux : depuis 2010, les prix ont augmenté presque deux fois plus vite que les rémunérations des professeurs. Le rapport publié par la DEPP le 20 août 2026 révèle une hausse de 4,3% entre 2023 et 2024, mais les syndicats dénoncent un mirage statistique masquant une précarité salariale persistante.

3.090 euros nets : le salaire moyen des enseignants en 2024

La Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), service statistique du ministère de l'Éducation nationale, livre des données précises sur la rémunération du corps enseignant. Les 900.000 professeurs français perçoivent en moyenne 3.090 euros nets par mois. Pour les fonctionnaires à temps complet, qu'ils exercent dans le public ou le privé sous contrat, la moyenne grimpe à 3.180 euros nets. L'étude exclut toutefois les contractuels, qui représentent 8% des effectifs en 2024, ainsi que Mayotte.

Avec 3.090 euros mensuels, les enseignants gagnent 13% de plus que la moyenne des salariés français. Ce positionnement relatif pourrait sembler favorable. Pourtant, l'inflation grignote ce pouvoir d'achat nominal. Entre 2010 et 2024, l'indice des prix à la consommation a bondi de 27,8%, tandis que le traitement indiciaire des enseignants n'a progressé que de 14,6%. L'écart atteint 13,2 points, traduisant une perte de pouvoir d'achat structurelle. Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, principal syndicat du second degré, résume la situation : « Sur le moyen terme, on reste sur une perte de pouvoir d'achat, puisque depuis 2010, les prix ont augmenté presque deux fois plus vite que les salaires des agents. »

L'analyse révèle des inégalités marquées au sein de la profession. Les professeurs agrégés et de chaire supérieure touchent en moyenne 4.190 euros nets mensuels, contre 2.950 euros pour les professeurs des écoles. L'écart atteint 1.240 euros, soit 42% de différence. Aurélie Gagnier, cosecrétaire générale du SNUipp-FSU, premier syndicat du premier degré, s'insurge : « Le premier degré est toujours en dernière position par rapport aux autres métiers de l'enseignement. Cela est non seulement grandement insatisfaisant mais, en plus, ne participe pas à rendre notre métier attractif. »

L'augmentation de 4,3% : un mirage économique ?

La hausse de 4,3% enregistrée entre 2023 et 2024 semble impressionnante, surtout comparée aux +0,4% de l'année précédente. Mais la DEPP précise que pour les enseignants sans avancement de carrière ni modification de leur rythme de travail, la progression réelle n'est que de 3,1%. Le reste provient de primes, d'heures supplémentaires et du pacte enseignant. Près d'un quart des professeurs cumulent désormais pacte enseignant et heures supplémentaires à l'année.

Deux leviers ont dopé les rémunérations. D'abord, le dégel du point d'indice de la fonction publique : +1,5% en juillet 2023, puis 5 points supplémentaires au 1er janvier 2024. Ensuite, le pacte enseignant, introduit à la rentrée 2024, offre des rémunérations complémentaires en échange de missions additionnelles. Elisabeth Allain-Moreno, secrétaire générale du SE-Unsa, dénonce le caractère artificiel de ces mesures : « Ces chiffres masquent la réalité d'une rémunération sans revalorisation réelle et très en deçà des attentes légitimes. Cette augmentation de moyenne est donc éphémère et boostée par des mesures qui consistent à s'épuiser plus pour gagner plus. »

Les chiffres de la DEPP confirment une tendance lourde. Entre 2010 et 2024, l'inflation cumulée atteint 27,8%, tandis que la progression du traitement indiciaire plafonne à 14,6%. Les syndicats soulignent que les augmentations récentes ne compensent pas cette érosion structurelle. L'économie des ménages enseignants subit directement ces tensions : loyers, alimentation, énergie pèsent davantage dans le budget mensuel qu'il y a quinze ans, alors que le salaire réel stagne.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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