Depuis le 1er septembre 2026, les industriels français rejettent des PFAS dans l’eau doivent payer 100 euros pour 100 grammes émis. Pourtant, cette redevance ne générera que 5 à 10 millions d’euros annuels, face aux 2 milliards nécessaires pour dépolluer les réseaux d’eau potable. Un décalage économique qui fait peser l’essentiel du coût sur les collectivités et les usagers.
Pollution de l’eau : les industriels devront désormais s’acquitter d’une redevance

Depuis le 1er septembre 2026, les industriels en France qui rejettent des PFAS dans l'eau doivent payer une redevance de 100 euros pour chaque 100 grammes de polluants émis. Ce montant semble minime comparé aux 2 milliards d'euros annuels nécessaires pour dépolluer les réseaux d'eau potable contaminés, selon l'Inspection générale des finances. Ce décalage financier suscite des interrogations entre intention politique et réalité économique.
Une redevance symbolique pour les industriels
La loi du 27 février 2025 applique le principe du pollueur-payeur aux PFAS, des substances surnommées « polluants éternels » pour leur persistance. Le tarif est de 100 euros par tranche de 100 grammes rejetés, mais un abattement de 80% est accordé aux entreprises qui installent des systèmes d'épuration, réduisant la charge à 20 euros. Ce système vise à encourager les investissements dans la filtration, bien que Pauline Cervan, de Générations Futures, y voie « un cadeau aux industriels, au détriment des collectivités ».
La réglementation ne s'applique qu'à 28 molécules de PFAS sur des centaines, ce qui limite son impact. Les entreprises émettant plus de 2 kilos par an doivent effectuer des analyses d'ici fin 2026, alors que celles en dessous de ce seuil ne sont contrôlées que tous les cinq ans. Ce délai de mise en œuvre a permis aux grandes entreprises d'adapter leurs processus et de réduire leurs rejets avant que la taxe ne soit appliquée, limitant ainsi son impact financier.
Un fossé financier entre redevances perçues et coûts de dépollution
L'Inspection générale des finances projette que cette redevance rapportera 10 millions d'euros en 2026, tandis que l'Inspection générale des affaires sociales estime ce chiffre à 5 millions. Ces montants sont dérisoires face aux besoins de dépollution évalués à 2 milliards d'euros par an. Selon Manon Lenormand, de Générations Futures, la mesure reste « extrêmement légère » compte tenu des coûts de dépollution. Ainsi, la redevance ne couvrira que 0,25% à 0,5% des besoins annuels.
Les 2 milliards d'euros nécessaires devront être financés par d'autres sources. Les collectivités locales, souvent en première ligne, pourraient devoir emprunter ou augmenter les tarifs de l'eau pour leurs administrés. Le principe du pollueur-payeur n'est donc que partiellement appliqué, et l'essentiel du fardeau économique retombe sur les contribuables et usagers, soulignant une asymétrie entre ceux qui profitent des activités industrielles et ceux qui en subissent les conséquences.
Conséquences économiques pour les collectivités et les ménages
À Saint-Louis, dans le Haut-Rhin, l'installation d'un dispositif de dépollution a coûté 6 millions d'euros. À Terney, dans le Rhône, un équipement similaire installé en 2025 a entraîné une hausse de 40 à 50 euros par an sur la facture moyenne des usagers. Ces dépenses, qui s'ajoutent aux coûts habituels de distribution et d'assainissement, pèsent directement sur le pouvoir d'achat des ménages. Les communes proches des zones industrielles subissent une double peine : la pollution héritée et la charge financière de la remise en état.
La structure tarifaire actuelle transfère la majeure partie du coût vers les collectivités locales et leurs administrés. Les entreprises polluantes ne financent qu'une fraction des dommages causés, et l'absence de rétroactivité les exonère des contaminations passées. Cette répartition soulève des questions d'équité : les bénéfices privés d'hier doivent-ils être compensés par des dépenses publiques aujourd'hui ?
Une mesure insuffisante pour combattre la pollution aux PFAS
Le rendement de la redevance PFAS, entre 5 et 10 millions d'euros par an, apparaît déséquilibré par rapport aux coûts de dépollution. Le délai d'application a permis aux industriels d'optimiser leurs processus, réduisant ainsi les recettes attendues. Bien que l'abattement pour les installations d'épuration soit incitatif, il accentue l'écart budgétaire. Les experts considèrent qu'une restriction universelle des PFAS en Europe, actuellement en discussion, serait plus efficace qu'une taxation symbolique. En attendant, les factures d'eau continueront d'augmenter pour les ménages français, ajoutant une pression supplémentaire sur leur budget. La pollution aux PFAS démontre un modèle économique où les externalités négatives de l'industrie ne sont pas pleinement intégrées dans les comptes des entreprises responsables.