L’Institut national de la consommation a basculé d’un déficit de 719 000 euros en 2024 à un bénéfice de 236 000 euros en 2025. Pourtant, l’État le liquide et Xavier Niel s’apprête à racheter 60 Millions de consommateurs. Son offre préserve la rédaction mais sacrifie vingt emplois en services support. Analyse d’un paradoxe économique.
Xavier Niel pressenti pour racheter 60 millions de consommateurs

En 2025, l'Institut national de la consommation (INC) a réalisé un exploit financier en affichant un bénéfice de 236 000 euros, après avoir accusé un déficit de 719 000 euros l'année précédente, avec un chiffre d'affaires de 11,9 millions d'euros. Malgré ce retour à la rentabilité, l'organisme public a été placé en liquidation à la suite de la loi de finances 2026. Pourquoi l'État choisit-il de liquider une entité qui vient de retrouver l'équilibre financier ? Et comment Xavier Niel, candidat favori à la reprise, prévoit-il de maintenir cette dynamique positive ?
Fondateur de Free et déjà impliqué dans les médias avec Nice-Matin et anciennement Le Monde, Xavier Niel a déposé une offre retenue parmi trois candidatures. Son projet propose de sauvegarder 29 emplois, incluant toute la rédaction de 60 Millions de consommateurs, mais entraînera une vingtaine de licenciements dans les services support. Le comité social et économique doit se réunir le 2 septembre 2026 pour étudier les détails de l'opération, avec une décision finale attendue en octobre.
Du déficit à la rentabilité : le redressement spectaculaire de l'INC en 2025
En 2024, l'Institut national de la consommation affichait un déficit de 719 000 euros. En 2025, il a réalisé un bénéfice de 236 000 euros, soit un redressement d'environ un million d'euros. Lionel Maugain, délégué du SNME CFDT à l'INC, confirme ces chiffres et souligne l'ampleur de ce retournement inattendu. « On est victimes d'une décision que personne ne comprend », déplorent les salariés face à la liquidation de leur structure, alors qu'elle vient de retrouver l'équilibre.
Ce succès s'explique par plusieurs facteurs : réduction des coûts, optimisation des processus éditoriaux et fidélité des abonnés. Le magazine jouit d'une solide réputation, bâtie sur des décennies, et conserve la confiance des consommateurs. Selon BFM TV, Xavier Niel a identifié ce potentiel économique et mise sur la continuité éditoriale pour préserver la rentabilité.
L'offre de Xavier Niel : un modèle économique viable pour 60 Millions ?
Xavier Niel souhaite préserver la base commerciale de 71 000 abonnés, essentielle pour garantir la rentabilité future. Un magazine de consommation tire sa force de sa crédibilité : altérer la ligne éditoriale pourrait entraîner une perte de lecteurs. Son offre prévoit donc de conserver l'intégralité de la rédaction, assurant continuité et qualité. Bien que les 20 000 ventes en kiosque par numéro soient en diminution, elles représentent encore un indicateur positif dans un marché en contraction.
Habitué du secteur des médias, Niel a déjà diversifié ses investissements avec Nice-Matin et L'Informé. Sa stratégie : accorder une autonomie éditoriale tout en optimisant la gestion administrative et financière. Pour 60 Millions de consommateurs, l'enjeu sera de préserver l'indépendance tout en réduisant les coûts.
Pourquoi liquider un organisme public redevenu rentable ?
La liquidation de l'INC, décrétée par la loi de finances 2026, soulève des questions. Pourquoi fermer un établissement public qui vient de retrouver l'équilibre financier ? Le gouvernement évoque des raisons budgétaires : l'État ne souhaite plus supporter le risque économique d'entités fragiles, même temporairement rentables. Un décret de mars 2026 a désigné un liquidateur pour neuf mois, avec trois mois pour trouver un repreneur.
Au-delà de l'argument budgétaire, une stratégie politique plus large semble se dessiner. Le désengagement de l'État des médias publics s'inscrit dans une tendance observée depuis plusieurs années. La pression de la dette publique impose des choix drastiques. Le ministre du Commerce, Serge Papin, supervise la procédure, convaincu que le secteur privé saura mieux valoriser 60 Millions de consommateurs.
La question demeure : Xavier Niel réussira-t-il à maintenir la rentabilité tout en préservant l'indépendance éditoriale ? Les mois à venir révèleront si le pari économique est viable ou si le magazine risque de perdre son identité. Les 71 000 abonnés attendent des preuves concrètes.