Neuf jeunes Français sur dix prévoient d’épargner chaque mois à partir de septembre, dont la moitié plus de 100 euros. Pour y parvenir, 51 % envisagent de tenter le « No Spend Challenge », un défi popularisé sur les réseaux sociaux consistant à supprimer toutes les dépenses non essentielles pendant un mois. Selon une enquête de l’application Plum, les participants espèrent ainsi économiser en moyenne 293 euros.
Un jeune sur deux prêt à ne rien dépenser pour économiser 293 euros

Voilà une résolution de rentrée qui ne manque pas d'ambition : selon une enquête réalisée par Plum auprès de 1 000 jeunes adultes français âgés de 18 à 34 ans en août 2026, 90 % d'entre eux prévoient de mettre de l'argent de côté chaque mois à partir de septembre. Plus encore, un jeune sur deux se fixe un objectif d'épargne supérieur à 100 euros par mois. Le chiffre est frappant, surtout dans un contexte économique où le pouvoir d'achat reste sous tension et où les jeunes actifs peinent souvent à boucler leurs fins de mois.
L'enquête révèle que 51 % d'entre eux envisagent de participer à un « No Spend Challenge », un défi popularisé sur les réseaux sociaux qui consiste à supprimer pendant un mois toutes les dépenses non essentielles. Autrement dit, plus de resto, plus de shopping impulsif, plus d'abonnements superflus. Seul l'indispensable subsiste : loyer, alimentation de base, transports pour aller travailler.
Un défi venu des réseaux sociaux, une réalité économique bien tangible
Le « No Spend Challenge » n'est pas qu'une lubie de la génération Z en quête de contenus viraux sur TikTok ou Instagram. Derrière la tendance se cache une réalité économique bien concrète : celle d'une génération qui cherche à reprendre le contrôle de son budget face à une inflation persistante, des salaires qui stagnent et un accès au crédit de plus en plus difficile. En apparence ludique, le défi traduit en réalité une forme d'inquiétude face à l'avenir et une volonté de se constituer un matelas de sécurité.
Les montants que les participants espèrent économiser sont révélateurs. En moyenne, les répondants estiment pouvoir mettre de côté 293 euros sur un mois en relevant ce défi. Mais l'écart entre hommes et femmes est significatif : 362 euros en moyenne pour les hommes, contre 234 euros pour les femmes. Une différence qui reflète probablement des écarts de revenus persistants, mais aussi des habitudes de consommation différenciées.
Des objectifs d'épargne ambitieux, mais réalistes ?
L'enquête détaille les objectifs d'épargne mensuelle que se fixent les 18-34 ans. Parmi les 90 % qui prévoient d'épargner, 27 % visent entre 50 et 100 euros par mois, 25 % entre 100 et 200 euros, 18 % entre 200 et 500 euros, et 7 % plus de 500 euros. Seuls 13 % démarrent plus progressivement avec moins de 50 euros mensuels. Au total, un jeune sur deux se fixe un objectif supérieur à 100 euros d'épargne mensuelle.
Le problème, c'est que ces chiffres, aussi encourageants soient-ils, se heurtent à une réalité arithmétique simple : pour épargner, il faut d'abord que les revenus dépassent les dépenses. Or, selon les données de l'Insee, le taux d'épargne des ménages français oscille autour de 18 % du revenu disponible brut, mais avec de fortes disparités selon les tranches d'âge et de revenus. Les jeunes actifs, souvent en début de carrière, cumulent salaires d'entrée modestes et charges incompressibles élevées, notamment en matière de logement.
L'épargne automatisée comme solution de contournement
Face à ces contraintes, l'application Plum, qui a commandité l'étude, propose une approche d'épargne automatisée. Le principe : définir une limite de dépenses quotidienne et, chaque jour où l'utilisateur parvient à rester en dessous de ce seuil, l'application met automatiquement de côté une somme supplémentaire. Victor Trokoudes, CEO et fondateur de Plum, explique que « le No Spend Challenge illustre bien la manière dont la Gen Z cherche aujourd'hui à reprendre le contrôle de ses finances : en expérimentant des actions simples et concrètes pour mieux comprendre ses habitudes de consommation ».
En automatisant l'épargne, on contourne la faiblesse de la volonté humaine face aux tentations de consommation. Reste que l'outil technologique ne remplace pas un revenu suffisant. Automatiser l'épargne quand on gagne 1 500 euros nets par mois et qu'on paie 800 euros de loyer, c'est mathématiquement compliqué, défi ou pas défi.
Une remise en question de la surconsommation
Au-delà de l'aspect financier pur, le « No Spend Challenge » traduit aussi une évolution culturelle. Popularisé sur les réseaux sociaux, notamment auprès de la génération Z, le défi s'inscrit dans une tendance plus large de remise en question de la surconsommation. Mettre volontairement en pause certains achats du quotidien permet de prendre conscience de ce qui est réellement nécessaire et de ce qui relève de l'impulsion.
En réalité, cette démarche n'est pas sans rappeler les vieilles recettes de l'économie domestique que pratiquaient nos grands-parents : tenir un budget, différencier besoins et envies, éviter les achats compulsifs. Sauf qu'aujourd'hui, ces principes sont rebaptisés « challenge », gamifiés via des applications et partagés sur Instagram. Le fond reste le même, seule la forme change.
Autrement dit, le « No Spend Challenge » peut constituer un exercice pédagogique utile pour comprendre ses habitudes de consommation. Mais transformer un défi d'un mois en habitude durable suppose une discipline de long terme, et surtout des revenus suffisants pour que l'épargne ne soit pas un simple vœu pieux. Entre l'intention affichée et la réalité des comptes en fin de mois, il y a souvent un écart que ni les applications ni les réseaux sociaux ne peuvent combler.