Le Brent atteint 99$ après des frappes américaines en Iran

Dans la nuit du 8 au 9 septembre 2026, les États-Unis ont détruit cinq tankers pétroliers iraniens dans le golfe d’Oman et le détroit d’Ormuz, provoquant une riposte immédiate de l’Iran sous forme de tirs de missiles vers la Jordanie. Ces échanges de frappes ont fait grimper le baril de Brent jusqu’à 99,49 dollars, son plus haut niveau depuis fin juin, ravivant les craintes d’une escalade incontrôlable au Moyen-Orient.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 9 septembre 2026 5h33
Les États-Unis annoncent la fin des combats en Iran et l'interruption des escortes à Ormuz
Le Brent atteint 99$ après des frappes américaines en Iran - © Economie Matin
94,63 DOLLARSLe West Texas Intermediate (WTI) a atteint 94,63 dollars

Dans la nuit du 8 au 9 septembre 2026, l'armée américaine a détruit cinq pétroliers iraniens dans le golfe d'Oman et le détroit d'Ormuz. En réponse, Téhéran a lancé une vingtaine de missiles balistiques vers une base militaire américaine en Jordanie. Ces échanges, les plus violents depuis le cessez-le-feu d'avril, ont propulsé le baril de Brent à 99,49 dollars mercredi matin sur les marchés asiatiques, son plus haut niveau depuis fin juin.

Le Commandement central américain (Centcom) a confirmé avoir ciblé cinq navires transportant du pétrole iranien : le Kaviz, le Charminar, le Horizon et le Riesco dans le golfe d'Oman, ainsi que le Derya près de l'île de Kharg, un terminal pétrolier stratégique de l'Iran. Les équipages ont été évacués avant les frappes, et aucun militaire américain n'a été blessé, précise le Centcom dans un communiqué accompagné de vidéos des tankers en feu.

Le Brent approche les 100 dollars après des frappes américaines sur des pétroliers iraniens

Les Gardiens de la Révolution islamique ont rapidement réagi en lançant une vingtaine de missiles balistiques vers la base aérienne d'Al-Azraq, à environ 100 kilomètres à l'est d'Amman. L'agence Irna a indiqué que l'attaque visait à « punir l'agresseur » et aurait touché les installations des avions de chasse F-35, F-16 et F-15, ainsi que les abris pour avions.

Toutefois, l'armée jordanienne a minimisé les dégâts, affirmant avoir intercepté 18 des 20 missiles grâce à ses systèmes de défense aérienne. Les deux autres missiles sont tombés dans des zones inhabitées, sans faire de victimes. La Jordanie, proche alliée des États-Unis, abrite plusieurs bases militaires américaines, ce qui en fait une cible fréquente des représailles iraniennes.

Le détroit d'Ormuz, un passage stratégique sous tension

Ces nouvelles attaques montrent l'impasse du conflit autour du détroit d'Ormuz, un passage maritime crucial par lequel transitaient environ un cinquième des exportations mondiales de pétrole et de gaz avant la guerre. Depuis l'attaque israélo-américaine contre l'Iran le 28 février, le trafic est quasiment stoppé. Téhéran exige désormais que les navires obtiennent une autorisation pour traverser le détroit, une demande rejetée par Washington.

En réponse, l'administration Trump a imposé un blocus maritime sur les ports iraniens pour « étrangler » le régime. Le secrétaire d'État Marco Rubio a confirmé cette stratégie : « L'Iran continue de cibler les navires américains, et chaque tentative entraînera la perte de leurs pétroliers », a-t-il déclaré. Cette approche combine pressions économiques et frappes militaires ciblées pour pousser Téhéran à négocier.

Selon Le Monde, une source iranienne admet que « le budget de l'État est garanti jusqu'à la mi-2027, mais pas au-delà ». Les exportations de pétrole iraniennes par voie maritime sont réduites à quelques centaines de milliers de barils, voire à zéro, ce qui pourrait inciter Téhéran à intensifier sa pression militaire.

Les cours du pétrole augmentent, les Bourses asiatiques baissent

L'impact sur les cours du pétrole a été immédiat. Le Brent, référence mondiale, a augmenté de 1,57 dollar mercredi matin pour atteindre 99,49 dollars, frôlant les 100 dollars. Le West Texas Intermediate (WTI) a atteint 94,63 dollars, en hausse de 1,60 dollar. C'est la quatrième séance consécutive de hausse, alimentée par les craintes d'une perturbation prolongée de l'approvisionnement mondial.

Les Bourses asiatiques ont réagi avec nervosité. À Sydney, l'indice principal a baissé de 0,3 %, tandis qu'à Hong Kong, le Hang Seng a perdu 0,6 %. Les secteurs des semi-conducteurs et de l'intelligence artificielle ont toutefois soutenu certains indices, notamment au Japon où le Nikkei a progressé de 0,6 % après une chute de 1,7 % la veille. Les opérateurs anticipent un resserrement monétaire accru par les banques centrales pour contrer les pressions inflationnistes dues à la hausse du pétrole.

Téhéran menace les tankers koweïtiens et bahreïnis

Les Gardiens de la Révolution ont averti qu'ils allaient « viser » des tankers au Koweït et à Bahreïn, exhortant les équipages à « quitter leurs navires immédiatement ». « Tous les tankers dans les ports koweïtiens et bahreïnis, complices des terroristes, doivent partir ou ils seront pris pour cible », ont-ils déclaré.

Le chef d'état-major iranien, le général Ali Abdollahi, a ajouté : « Toute attaque sur nos pétroliers entraînera des frappes des forces armées iraniennes contre les bases américaines dans la région. » Ces déclarations montrent la détermination de Téhéran à élargir le conflit à l'ensemble du Golfe persique si nécessaire.

Négociations stagnantes et risque d'escalade

Malgré le cessez-le-feu d'avril, les échanges de tirs entre Téhéran et Washington continuent autour du détroit d'Ormuz. Les négociations diplomatiques sont au point mort, les deux parties luttant pour le contrôle de ce passage stratégique. Le conflit perturbe les marchés mondiaux de l'énergie, faisant grimper les cours du brut.

Danny Citrinowicz, expert de l'Iran, a averti que les échanges de frappes pourraient entraîner davantage de représailles et d'impact sur l'économie mondiale. « Il n'y a pas de solution militaire au problème du détroit d'Ormuz », a-t-il écrit. Toute tentative de solution militaire ne fait que rapprocher Washington et Téhéran d'une escalade difficile à contrôler.

Un défi pour Trump avant les élections de mi-mandat

La hausse des prix du pétrole représente un défi politique pour Donald Trump à l'approche des élections de mi-mandat en novembre. Les Américains ressentent fortement la hausse des prix à la pompe, aggravée par la crise au détroit d'Ormuz. Cette situation fragilise la stratégie de Trump, qui visait à « mettre l'Iran à genoux » par des pressions économiques et militaires.

Chris Weston, de Pepperstone, estime que la barre des 100 dollars le baril est « à portée de main ». Le Brent est un indicateur clair du sentiment du marché. Les craintes inflationnistes pèsent sur les actions mondiales et augmentent les rendements obligataires. Les opérateurs anticipent une probabilité accrue de resserrement monétaire de la part des banques centrales, notamment la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne.

Une guerre d'usure aux conséquences incertaines

Six mois après le début du conflit, la guerre entre les États-Unis et l'Iran ressemble à une guerre d'usure dont l'issue est incertaine. Washington compte sur un blocus prolongé pour affaiblir économiquement Téhéran, tandis que l'Iran tente d'augmenter les prix du pétrole pour imposer un coût politique à l'administration Trump.

Les frappes du 8 au 9 septembre montrent la précarité de l'équilibre actuel. Chaque escalade militaire pourrait mener à une confrontation plus large, impliquant potentiellement d'autres acteurs régionaux. Le franchissement de la barre des 100 dollars le baril pourrait marquer un nouveau tournant dans une crise qui ne semble pas près de se résoudre.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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