Le ministre américain des Transports Sean Duffy reproche à Ford de renforcer sa dépendance aux technologies chinoises, notamment via son partenariat avec CATL pour l’usine de Marshall. Le constructeur défend sa stratégie en soulignant qu’il s’agit d’un simple accord de licence, tout en reportant à 2030 le rapatriement de sa production Lincoln depuis la Chine.
Ford critiqué pour sa dépendance aux technologies chinoises

Ford a récemment été félicité par la Maison Blanche pour son investissement de 3 milliards de dollars dans le Michigan. Cependant, le ministre américain des Transports a exprimé des critiques, accusant l'entreprise de renforcer sa dépendance aux technologies chinoises. Ce contraste met en lumière les tensions économiques auxquelles fait face le secteur automobile américain dans le cadre de la transition vers les véhicules électriques.
3 milliards de dollars d'investissement en question
Le 9 septembre, Sean Duffy, ministre américain des Transports, a adressé une lettre à Jim Farley, PDG de Ford, critiquant le partenariat technologique de l'usine de Marshall dans le Michigan. Bien que cette usine soit présentée comme un symbole de la renaissance industrielle américaine avec ses 1 700 emplois, elle repose sur la technologie du fabricant chinois de batteries CATL. Le Pentagone a placé CATL sur une liste d'entreprises soupçonnées de liens avec l'armée chinoise, soulevant ainsi des questions sur l'indépendance économique des États-Unis dans le secteur des véhicules électriques.
Outre CATL, Ford collabore avec d'autres entreprises chinoises, comme Geely en Espagne, illustrant l'interconnexion croissante des chaînes de valeur mondiales dans l'automobile. Ces partenariats offrent à Ford un accès à des technologies avancées en matière de batteries et de motorisations électriques, domaine où les entreprises chinoises dominent. Sean Duffy a critiqué Ford pour cette stratégie, soulignant que cela contredit les attentes du public américain et du ministère des Transports, dans un contexte de montée en puissance des constructeurs chinois.
Rapatriement reporté jusqu'à 2030 : implications économiques
Ford a décidé de reporter jusqu'à 2030 le retour de la production des modèles Lincoln actuellement fabriqués en Chine aux États-Unis. Ce report met en exergue les avantages économiques de la production en Chine, tels que des coûts réduits grâce à un écosystème industriel bien établi et des économies d'échelle. Lors du salon automobile de Détroit en janvier 2026, Jim Farley avait proposé de créer des coentreprises chinoises aux États-Unis pour bénéficier du savoir-faire chinois tout en créant des emplois locaux, mais cette approche se heurte aux priorités politiques de l'administration Trump.
L'investissement de 3 milliards dans l'usine de Marshall illustre le défi financier de Ford, qui doit investir massivement pour rester compétitif dans le domaine des véhicules électriques. Les batteries chinoises offrent le meilleur rapport qualité-prix, et s'en passer augmenterait les coûts de production de 15 à 25%, selon des analystes. Bien que l'administration Trump critique ces accords, les réalités économiques poussent Ford vers ces partenariats technologiques, alors que la transition vers l'électrique nécessite des investissements colossaux dans l'industrie automobile américaine.
La réponse de Ford : une stratégie économique défendable ?
Ford a réagi aux critiques de manière vigoureuse, qualifiant la lettre de Sean Duffy de tentative pour attirer l'attention médiatique. L'entreprise précise que son accord avec CATL est un « accord limité de licence technologique et de services », et non une coentreprise. Cette distinction est cruciale car elle permet à Ford de conserver la propriété et le contrôle total de son usine, limitant ainsi les risques de transfert technologique vers la Chine tout en bénéficiant de l'expertise de CATL.
Le conflit entre Ford et l'administration Trump met en lumière une contradiction de la politique économique américaine. Washington souhaite que les entreprises rapatrient leur production et rompent leurs liens avec la Chine, mais la compétitivité mondiale exige des alliances technologiques. Fin août, la Maison Blanche félicitait encore Ford pour son investissement à Marshall. Deux semaines plus tard, le ministre des Transports critiquait ces mêmes accords. Ce revirement illustre les hésitations d'une administration partagée entre protectionnisme économique et réalisme industriel. La rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping pourrait redéfinir les paramètres de cet arbitrage stratégique.
Pour Ford, l'enjeu dépasse les batteries. Le constructeur doit jongler entre les attentes de rentabilité de ses actionnaires et les exigences d'un gouvernement soucieux de la sécurité économique nationale. Dans ce contexte, chaque décision d'investissement devient un exercice d'équilibre entre performance financière et conformité politique.