Bolloré annonce la fermeture de Bluebus et 115 suppressions de postes

Le groupe Bolloré annonce le 8 septembre 2026 la fermeture de Bluebus, son usine de bus électriques en Bretagne, menaçant 115 emplois directs. Quinze ans après sa création, l’entreprise n’a jamais atteint la taille critique pour rivaliser avec la concurrence mondiale, malgré 700 véhicules produits.

Cedric.bonnefoy
By Cédric Bonnefoy Last modified on 11 septembre 2026 15h38
bollore-arrete-production-bus-electriques
Bolloré annonce la fermeture de Bluebus et 115 suppressions de postes - © Economie Matin
115 emploisAvec la fermeture de Bluebus, 115 emplois seront supprimés.

Le 8 septembre 2026, le groupe Bolloré a annoncé l'arrêt définitif de la production de bus électriques chez Bluebus, mettant un terme à quinze années d'activité industrielle en Bretagne et menaçant directement 115 emplois. Ce retrait est justifié par un marché français moins dynamique que prévu et une concurrence mondiale intense. Deux ans après avoir promis 2,2 milliards d'euros d'investissements dans les batteries solides, le groupe cesse son activité dans le secteur du transport collectif électrique.

Fin abrupte de 15 ans d'activité industrielle

Fondée en 2011 à Ergué-Gabéric, dans le Finistère, Bluebus incarnait les ambitions françaises dans l'électromobilité des transports collectifs. L'usine a produit près de 700 autobus électriques de 6 et 12 mètres, principalement utilisés en France. Cependant, Bolloré considère ces résultats insuffisants. « Quinze ans après son lancement, l'activité n'a jamais atteint la taille nécessaire pour répartir ses coûts industriels sur des séries suffisamment importantes », déclare officiellement l'entreprise. L'annonce de fermeture est survenue sans préavis public significatif.

Impact sur l'emploi chez Bluebus et Blue Solutions

Deux plans de sauvegarde de l'emploi (PSE) menacent 115 postes : 74 chez Bluebus, et 41 chez Blue Solutions, spécialisé dans les batteries solides. Environ 400 salariés pourraient être affectés par des reclassements ou des licenciements. Bluebus maintiendra une organisation minimale pour le service après-vente des 700 véhicules en circulation. Les consultations débuteront prochainement, laissant les salariés dans l'incertitude.

Un marché français moins dynamique

Le marché français des bus électriques n'a pas connu le boom espéré par Bolloré. Les collectivités ont progressé lentement dans l'électrification de leurs flottes, freinées par des contraintes budgétaires et des coûts d'infrastructure. Face aux grands noms européens et aux fabricants chinois ultra-compétitifs, Bluebus est resté un acteur mineur. Bolloré cite trois raisons : un marché national moins dynamique, une concurrence intense et une forte pression sur les prix. Sans volumes suffisants, il est impossible d'amortir les coûts de développement et de production.

Les raisons économiques avancées par Bolloré

Absence d'économies d'échelle et forte concurrence

Avec une production de seulement 700 bus en quinze ans, soit environ 47 par an, Bluebus n'a pas pu atteindre les économies d'échelle nécessaires. Les lignes de production sont sous-utilisées et les coûts fixes pèsent sur la rentabilité. Dans l'industrie automobile, les seuils de rentabilité se situent en milliers d'unités par an. La concurrence mondiale, surtout chinoise, propose des bus électriques à des prix imbattables, rendant la position de Bluebus intenable. Les appels d'offres publics favorisent souvent le prix, au détriment de la production locale.

Investissement de 2,2 milliards en batteries Gen4

Cette annonce est d'autant plus surprenante qu'en mai 2024, Blue Solutions avait présenté un programme ambitieux de 2,2 milliards d'euros dans les batteries solides Gen4, promettant 1 500 créations d'emplois d'ici 2032. Une usine de 25 GWh était prévue en Alsace à partir de 2030. Le groupe explique que le développement des batteries solides nécessite un partenaire investisseur pour aller de l'avant. Blue Solutions recherche désormais un industriel capable d'apporter les capitaux et débouchés nécessaires. Les ambitions du groupe Bolloré se concentrent maintenant sur d'autres secteurs.

Enjeux d'emploi et reconversion

Environ 400 salariés potentiellement concernés par des reclassements

En plus des 115 suppressions officielles, environ 400 salariés risquent des reclassements internes ou externes. Les syndicats craignent des conditions de départ défavorables et la perte des compétences accumulées. La Bretagne voit disparaître une filière industrielle complète, de la conception à la fabrication. Les négociations porteront sur les indemnités de licenciement, les formations de reconversion et les possibilités de reclassement dans d'autres entités du groupe ou chez des partenaires industriels.

Reprise partielle d'actifs par un industriel européen

Un industriel européen, dont le nom reste confidentiel, envisage de reprendre une partie des actifs et de l'activité recherche et développement. Cette opération pourrait concerner 17 contrats de travail, préservant une petite équipe d'innovation. Toutefois, la production s'arrête définitivement. L'usine d'Ergué-Gabéric pourrait être convertie ou vendue. Les élus locaux tentent de mobiliser des solutions de reclassement, mais les options sont limitées dans une région peu industrialisée. Le groupe Bolloré se concentre désormais sur d'autres segments stratégiques.

La fermeture de Bluebus met en lumière les difficultés des petits constructeurs français face à un marché mondialisé dominé par des acteurs aux volumes de production massifs. Le secteur de l'électromobilité, malgré son potentiel écologique, impose des contraintes économiques sévères. Sans soutien public ou consolidation industrielle, les initiatives locales risquent de disparaître face aux géants européens et asiatiques. La Bretagne perd un fleuron industriel, symbole d'une transition énergétique encore fragile économiquement.

Cedric.bonnefoy

Cédric Bonnefoy est journaliste en local à la radio. À côté, il collabore depuis 2022 avec Économie Matin.

No comment on «Bolloré annonce la fermeture de Bluebus et 115 suppressions de postes»

Leave a comment

* Required fields