Alors que 96% des entreprises de grande consommation placent la traçabilité au cœur de leur stratégie, un sondage révèle que 90% ignorent ce qu’est le Digital Product Passport, obligation réglementaire européenne qui s’imposera dès 2027. Entre investissements technologiques nécessaires, exigences croissantes des consommateurs et méconnaissance du cadre réglementaire, les marques alimentaires font face à un défi majeur de mise en conformité.
Traçabilité des produits alimentaires : la nouvelle directive européenne impose des changements

Un sondage du Baromètre GS1 France, mené en juillet 2026 auprès de 500 entreprises, montre que 96 % des acteurs de la grande consommation considèrent la traçabilité des produits comme une priorité stratégique. Cependant, 90 % d'entre eux ne connaissent pas précisément le Digital Product Passport (DPP), une obligation réglementaire qui entrera en vigueur en 2027. Ce décalage entre ambition affichée et préparation opérationnelle est préoccupant, alors que la nouvelle directive européenne sur la traçabilité des produits alimentaires se profile.
Stratégie affichée, préparation en retard
Selon une enquête d'OpinionWay pour GS1 France, un écart important subsiste : bien que la quasi-totalité des entreprises de grande consommation placent la traçabilité au centre de leur stratégie, seulement 10 % comprennent réellement ce qu'implique le Digital Product Passport. Ce dispositif réglementaire européen imposera des obligations concrètes dès 2027, notamment dans le secteur alimentaire. Natacha Moinard, Directrice Marketing Communication et Data de GS1 France, souligne que « les marques considèrent la donnée produit comme un actif stratégique, mais beaucoup ne sont pas préparées aux transformations réglementaires et opérationnelles ni aux exigences croissantes des consommateurs ». Cette méconnaissance soulève une question : comment se conformer à une obligation dont les exigences sont méconnues ?
Pour se conformer au DPP, des investissements technologiques substantiels seront nécessaires. Les entreprises devront mettre en place des systèmes pour collecter, stocker et partager des données détaillées sur l'origine environnementale, la composition et le cycle de vie des produits. Le sondage indique que 65 % des entreprises ont déjà mis en place des solutions de traçabilité spécifiques, telles que les codes-barres et la RFID, 50 % disposent d'outils d'analyse de données, et 37 % ont investi dans des plateformes de données et API interopérables. Cependant, ces infrastructures suffiront-elles face aux exigences du DPP ? Les experts estiment que des investissements supplémentaires seront nécessaires pour garantir l'interopérabilité, la fiabilité et la sécurité des données. Pour les PME du secteur alimentaire, le coût pourrait constituer un frein majeur à la compétitivité.
2027 : échéance imminente
Le Digital Product Passport s'inscrit dans la continuité de la loi AGEC et du décret sur la note environnementale des produits textiles, visant à instaurer une transparence totale sur la chaîne de valeur. Concrètement, chaque produit devra posséder un identifiant numérique unique, accessible via un QR code ou une technologie équivalente, permettant aux consommateurs et aux autorités d'accéder à des informations vérifiables : origine des matières premières, empreinte carbone, conditions de production, recyclabilité. Pour le secteur alimentaire, cela implique de documenter précisément la provenance des ingrédients, les pratiques agricoles, les émissions de gaz à effet de serre issues du transport et de la transformation. Cette révolution informationnelle redéfinit la relation entre marques et consommateurs.
Les marques alimentaires devront fournir davantage d'informations sur l'origine environnementale de leurs produits, répondant ainsi à une demande croissante : 64 % des Français souhaitent davantage d'informations sur les produits alimentaires, selon le même sondage réalisé auprès de 1 062 consommateurs. Plus de la moitié jugent l'information produit actuelle insuffisante. Seulement 55 % des Français font confiance aux marques sur la protection de l'environnement, contre 78 % sur la sécurité et 75 % sur la qualité. Le DPP pourrait restaurer cette confiance, à condition que les données fournies soient fiables et vérifiables. Les entreprises qui ne se conformeront pas à la transparence risquent des sanctions réglementaires et une défiance durable des consommateurs.
Solutions technologiques : un pas en avant suffisant ?
Bien que les infrastructures technologiques, comme les codes-barres GS1, la RFID et les plateformes de gestion de données, soient déjà largement déployées, elles ont été conçues pour optimiser la logistique et la gestion des stocks, et non pour répondre aux exigences environnementales du DPP. Tracer un produit de la ferme à l'assiette, en documentant chaque étape, nécessite une refonte des processus. Les entreprises doivent aussi assurer l'interopérabilité de leurs systèmes avec ceux des fournisseurs, distributeurs et autorités de contrôle. Ce défi technique et organisationnel exige une coordination inédite à l'échelle de la chaîne de valeur. Pour approfondir les enjeux de gestion des données, consultez cet article sur le reporting en PME-ETI.
Natacha Moinard insiste sur l'importance de standards communs pour éviter une fragmentation coûteuse : « La réponse doit reposer sur des standards communs, capables de relier systèmes, acteurs et usages à travers toute la chaîne de valeur. » GS1 France propose le QR Code augmenté GS1 comme solution d'interopérabilité. Adopter des standards partagés éviterait la prolifération de systèmes propriétaires incompatibles, source de surcoûts et d'inefficacité. Cependant, la généralisation de ces standards nécessite un effort collectif et une volonté politique forte, alors que les entreprises peinent à saisir l'ampleur du chantier.
Consommateurs et prix : quel impact ?
Les investissements pour la conformité auront-ils un impact sur les prix à la consommation ? La question reste en suspens. Si 81 % des entreprises estiment que la fiabilité des données produit bénéficiera à leur modèle économique, elles devront arbitrer entre rentabilité à court terme et conformité réglementaire. Les PME, moins capitalisées, pourraient répercuter ces coûts sur les prix, accentuant l'écart avec les grandes marques capables d'absorber ces investissements. En revanche, la transparence accrue pourrait valoriser les produits vertueux et influencer les choix des consommateurs vers des marques responsables. Les moins de 35 ans, six fois plus attentifs à la RSE que leurs aînés, incarnent cette transformation des comportements d'achat. Pour comprendre les risques liés à la gestion des données, découvrez comment un escroc informatique a détourné un million d'euros.
Reste à voir si les marques transformeront cette contrainte en opportunité stratégique. Entre investissements technologiques, réorganisation des processus et pression concurrentielle, 2027 marquera un tournant décisif pour le secteur alimentaire européen. Les entreprises qui anticiperont ces transformations bénéficieront d'un avantage compétitif durable, tandis que les autres risquent de subir le choc réglementaire.