Une fraude peut laisser des victimes sans remboursement alors que son auteur possède des biens à l’étranger. Retrouver ces biens est une première étape pour réparer les pertes. Avec ses notices argent, Interpol tente d’accélérer les recherches entre pays. Les premiers résultats sont mesurables, mais l’argent repéré n’est pas encore de l’argent récupéré.
Notices argent d’Interpol : retrouver les avoir des criminels pour mieux indemniser les victimes


Derrière les fortunes cachées, des pertes bien réelles
Lorsqu’un fraudeur transforme ses gains en maison, en voiture ou en parts d’entreprise, la condamnation pénale ne suffit pas à rembourser ses victimes. Il faut retrouver les biens, établir leur lien avec l’infraction, puis obtenir leur saisie selon les règles du pays où ils se trouvent. C’est le problème auquel répond la notice argent. Au Royaume-Uni, les autorités l’ont utilisée pour rechercher le patrimoine d’un homme condamné dans une affaire de fraude immobilière. Elles estimaient ses gains illicites à 8,5 millions de livres. Un bateau à moteur et 19 voitures de valeur avaient déjà été saisis dans le cadre de l’enquête. La notice devait permettre d’identifier d’autres avoirs hors du Royaume-Uni, susceptibles, à terme, de servir à indemniser les victimes. Elle ne garantit toutefois ni la découverte de biens supplémentaires ni leur restitution.
L’enjeu concerne aussi les finances publiques. Interpol cite le cas d’un pays européen cherchant plus de 18 millions de dollars de fonds publics détournés. Après la publication d’une notice argent, la police australienne a localisé en moins d’un mois des avoirs représentant plus du quart de cette somme. Dans une autre affaire, la première notice émise à la demande de l’Italie a permis de repérer au Brésil plus de 1,7 million de dollars de biens liés à un membre important de la mafia. Les enquêteurs ont identifié de l’argent, des propriétés, des véhicules et même du bétail. Ces exemples montrent pourquoi une enquête financière doit dépasser les comptes bancaires : des gains illicites peuvent prendre la forme de biens ordinaires, détenus loin du pays où l’infraction a été commise. Dans ces deux dossiers, les montants publiés désignent des avoirs localisés, sans établir qu’ils ont été rendus aux États ou aux victimes.
Le vrai résultat dépendra des sommes récupérées par Interpol
Selon les informations communiquées par Interpol à l’Associated Press en septembre 2026, les notices argent ont aidé à découvrir au moins 36 millions d’euros d’avoirs d’origine criminelle depuis le lancement du test en janvier 2025. Ce chiffre donne la mesure des premières pistes exploitées. Il doit être distingué des sommes recherchées. En mai 2026, Interpol faisait état de plus de 200 demandes actives visant des avoirs évalués, au total, à 2,2 milliards de dollars. Plus de 2.500 réponses avaient été échangées entre pays. Une demande peut donc déclencher des vérifications sans aboutir immédiatement à une saisie. L’écart entre les montants visés et les biens effectivement repérés rappelle la difficulté du recouvrement international. Selon les évaluations du Groupe d’action financière, plus de 80 % des juridictions étudiées affichent une efficacité faible ou modérée dans ce domaine.
Concrètement, une notice argent permet à un pays de solliciter les services de police des 196 membres d’Interpol pour obtenir des informations sur des biens liés à une enquête. Cette circulation plus rapide des renseignements peut éviter qu’une piste s’arrête à la frontière. Interpol ne peut cependant ni bloquer un compte ni vendre un immeuble découvert à l’étranger. Les autorités nationales doivent ensuite coopérer, produire les documents nécessaires et mener les procédures de gel, de confiscation ou de restitution. Pour le grand public, c’est cette dernière étape qui compte : l’argent revient-il aux personnes lésées ou aux finances publiques ? Le Groupe d’action financière souligne aussi que priver les réseaux criminels de leurs profits peut réduire leur capacité à financer de nouvelles infractions. Les notices argent apportent ainsi un outil de recherche. Leur portée économique se jugera, avec le temps, aux biens réellement confisqués et aux pertes effectivement réparées.

Jean-Baptiste Le Roux est journaliste. Il travaille également pour Radio Notre Dame, en charge du site web. Il a travaillé pour Jalons, Causeur et Valeurs Actuelles avec Basile de Koch avant de rejoindre Economie Matin, à sa création, en mai 2012. Il est diplômé de l'Institut européen de journalisme (IEJ) et membre de l'Association des Journalistes de Défense. Il publie de temps en temps dans la presse économique spécialisée.