Prime d’activité versus retraites : quand les travailleurs modestes paient la facture budgétaire

Le gouvernement envisage de geler la prime d’activité dans le budget 2027, touchant 4,52 millions de foyers pour économiser jusqu’à 11 milliards d’euros. Cette décision contraste avec le maintien de l’indexation des retraites, qui représentent pourtant 350 milliards d’euros annuels, révélant un arbitrage budgétaire qui privilégie les retraités au détriment des travailleurs modestes.

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Published on 25 septembre 2026 10h30
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Prime d’activité versus retraites : quand les travailleurs modestes paient la facture budgétaire - © Economie Matin
11 milliards d'eurosLe coût annuel de la prime d'activité s'élève à 11 milliards d'euros

Un arbitrage budgétaire qui révèle les priorités de l'État

L'annonce du ministre du Travail Jean-Pierre Farandou, le 24 septembre 2026 sur LCI, a jeté un pavé dans la mare de la protection sociale française. La prime d'activité, cette prestation destinée à soutenir les revenus de 4,52 millions de foyers de travailleurs modestes, pourrait être gelée dans le budget 2027. Une décision qui contraste singulièrement avec le traitement réservé aux pensions de retraite et interroge sur les choix budgétaires de l'exécutif.

Selon le ministre, cette mesure constitue une "variable d'ajustement" face aux contraintes budgétaires. Pourtant, le coût annuel de la prime d'activité s'élève à 11 milliards d'euros, un montant considérable mais modeste comparé aux 350 milliards d'euros que représentent les dépenses de retraite en France. Cette comparaison soulève une question fondamentale : pourquoi cibler prioritairement une aide qui bénéficie aux actifs précaires plutôt que d'envisager une réforme plus large du système de protection sociale ?

Des travailleurs actifs sacrifiés sur l'autel des équilibres budgétaires

La prime d'activité complète les revenus des salariés et indépendants dont les rémunérations demeurent insuffisantes pour assurer un niveau de vie décent. Créée pour encourager l'emploi et lutter contre la pauvreté laborieuse, elle avait été revalorisée de 0,8% en avril 2025, soit environ 50 euros en moyenne par foyer bénéficiaire, à l'issue d'un compromis entre l'exécutif et le Parti socialiste.

Quinze mois plus tard, le gouvernement opère un virage à 180 degrés. Comme l'a explicité Jean-Pierre Farandou : "Si nous avons dit que nous garantissons l'indexation à 100% sur le RSA, l'allocation aux adultes handicapés et le minimum vieillesse, c'est donc que ce n'est pas 100% pour les autres." Cette déclaration confirme que les travailleurs modestes ne bénéficieront pas de la même protection que d'autres catégories de bénéficiaires sociaux.

Or, les retraités français, dont les pensions représentent le premier poste de dépenses sociales du pays, continuent de bénéficier d'une indexation sur l'inflation, même si celle-ci peut être différée dans le temps selon les arbitrages gouvernementaux. Cette différence de traitement interroge d'autant plus que les travailleurs percevant la prime d'activité contribuent activement à l'économie productive du pays.

Une équation budgétaire révélatrice des rapports de force politiques

Pour mettre en perspective l'enjeu financier, rappelons que les 11 milliards d'euros de la prime d'activité représentent seulement 3,1% du budget total des retraites. Autrement formulé, il faudrait réduire les dépenses de retraite de moins de 4% pour générer une économie équivalente au gel complet de la prime d'activité. Une telle comparaison illustre le poids politique considérablement supérieur des retraités dans les arbitrages gouvernementaux.

Selon les données de l'INSEE, la France comptait 17,8 millions de retraités fin 2025, contre 4,52 millions de bénéficiaires de la prime d'activité. Cette différence démographique explique en partie la frilosité des gouvernements successifs à toucher aux pensions, malgré leur poids budgétaire écrasant. Les retraités constituent un électorat nombreux et mobilisé, tandis que les travailleurs précaires bénéficiant de la prime d'activité disposent d'une moindre capacité de mobilisation collective.

La Cour des comptes avait d'ailleurs proposé en juin 2025 une piste alternative : exclure les apprentis et les retraités cumulant emploi et pension de la prime d'activité, ce qui générerait 300 millions d'euros d'économies annuelles. Cette recommandation n'a manifestement pas été retenue, le gouvernement préférant une mesure plus globale touchant l'ensemble des bénéficiaires.

Les conséquences concrètes d'un gel sur le pouvoir d'achat

Un gel total de la prime d'activité signifierait que son montant nominal resterait inchangé en 2027, tandis que l'inflation continuerait d'éroder le pouvoir d'achat des bénéficiaires. Avec une inflation prévisionnelle de 2% pour 2027 selon les dernières projections de la Banque de France, cela représenterait une perte de pouvoir d'achat équivalente pour les 4,52 millions de foyers concernés.

Pour un foyer percevant actuellement 200 euros mensuels de prime d'activité, soit 2400 euros annuels, une inflation de 2% non compensée équivaudrait à une perte de 48 euros sur l'année. Multiplié par le nombre de bénéficiaires, l'impact global sur la consommation des ménages modestes pourrait atteindre plusieurs centaines de millions d'euros, avec des répercussions sur l'activité économique dans les secteurs de la grande distribution et des services de proximité.

Un débat parlementaire qui s'annonce houleux

Comme l'a précisé le ministre du Travail, "nous allons voir comment le budget avance, et nous verrons jusqu'où il faut aller dans le gel ou le gel partiel de la prime d'activité". Cette formulation laisse entrevoir des négociations parlementaires tendues, d'autant que le Parti socialiste, qui avait obtenu la revalorisation d'avril 2025, pourrait s'opposer fermement à ce revirement.

Fin août 2026, le gouvernement avait démenti plusieurs pistes d'économies concernant les APL, le RSA ou le minimum vieillesse, sans jamais mentionner la prime d'activité. Cette omission stratégique apparaît rétrospectivement comme une manœuvre politique visant à préserver une marge de manœuvre budgétaire sur cette prestation spécifique.

Le gouvernement cherche à réaliser entre 15 et 20 milliards d'euros d'économies sur les dépenses sociales dans le budget 2027. Le gel de la prime d'activité pourrait représenter une part significative de cet objectif, sans toucher aux prestations politiquement plus sensibles comme les retraites ou les allocations handicap.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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