Les ventes de voitures thermiques s’effondrent de 35,8% en France sur les huit premiers mois de 2026, le recul le plus brutal d’Europe selon l’ACEA. Les modèles essence et diesel ne représentent plus que 21,7% du marché français, tandis que les électrifiés captent 68% des immatriculations européennes. Une mutation structurelle qui redistribue les positions entre constructeurs établis et nouveaux entrants chinois.
Voitures thermiques : chute de 35,8% en France, le marché bascule

En huit mois en 2026, les ventes de voitures thermiques en France ont chuté de 35,8%, selon l'Association des constructeurs européens d'automobiles (ACEA). Ce déclin est le plus marqué de toute l'Union européenne. Les statistiques publiées le 24 septembre 2026 révèlent une transformation structurelle du marché automobile européen : les modèles essence et diesel ne représentent plus que 21,7% des immatriculations françaises, contre 28% l'année précédente. Ce changement radical a des répercussions économiques importantes pour les constructeurs, l'emploi et la compétitivité face aux nouveaux acteurs asiatiques.
L'effondrement sans précédent du thermique en chiffres
France : le déclin le plus brutal d'Europe (35,8% en 8 mois)
La France enregistre la plus forte baisse des ventes de voitures thermiques en Europe. Selon l'ACEA, les immatriculations de modèles essence et diesel ont reculé de 35,8% entre janvier et août 2026. Environ 1,6 million de ces véhicules ont été vendus, reflétant un désintérêt croissant des consommateurs. Cette tendance est alimentée par la hausse des prix des carburants, une offre électrique plus attractive, des normes environnementales renforcées et des politiques gouvernementales incitatives. Les constructeurs font face à des stocks croissants de modèles invendus, risquant une dépréciation rapide et des pertes financières, dépassant les prévisions du début de l'année.
Part de marché : les voitures thermiques réduit à 21,7% en France
La part de marché des voitures thermiques en France a chuté à 21,7% des immatriculations totales, contre 28% un an auparavant. Cette baisse de 6,3 points en une année est sans précédent. Les modèles essence et diesel ne sont plus la norme, devenant une option minoritaire. Les concessionnaires réorganisent leurs espaces pour mettre en avant les véhicules électrifiés, tandis que les investissements dans les chaînes de production thermiques sont gelés ou redirigés. L'industrie des pièces détachées spécifiques aux moteurs à combustion interne anticipe une forte contraction. Les analystes financiers abaissent les valorisations des équipementiers spécialisés dans les technologies thermiques.
Europe : une chute moins prononcée mais généralisée (18,6%)
Dans l'ensemble de l'Europe, les ventes de voitures thermiques ont diminué de 18,6%, confirmant une tendance continentale. L'Allemagne, l'Italie et l'Espagne ont enregistré des baisses entre 15% et 22%, révélant un mouvement synchronisé. En revanche, le marché automobile européen a immatriculé 7,5 millions de voitures sur les huit premiers mois de 2026, soit une augmentation de 5,3% par rapport à 2025. Cette croissance globale masque une réallocation massive vers les motorisations électrifiées. Les constructeurs européens doivent gérer la transition technologique tout en maintenant leur rentabilité, un défi dans un contexte de concurrence accrue.
Les électrifiés captent 68% du marché européen : une inversion radicale
Hausse spectaculaire des électriques : +74,2% en France
Les ventes de véhicules électriques en France ont bondi de 74,2% sur la période, illustrant un changement de préférence des consommateurs. Les modèles 100% électriques et hybrides rechargeables représentent désormais plus des deux tiers des immatriculations en Union européenne (68%). Les acheteurs se tournent vers ces motorisations alternatives pour bénéficier des aides publiques, réduire leurs coûts d'usage et anticiper les restrictions de circulation dans les centres-villes. Les constructeurs multiplient les lancements de nouveaux modèles électriques avec des autonomies accrues et des temps de recharge réduits. Les infrastructures de recharge se développent, levant le frein psychologique lié à l'autonomie limitée. L'électrique s'impose comme la nouvelle norme du marché automobile européen.
Le marché global progresse malgré le déclin thermique (+3% en France, +5,3% en UE)
Le marché automobile français a progressé de 3% sur les huit premiers mois de 2026, soutenu par les ventes de véhicules électrifiés. L'Union européenne a enregistré une hausse de 5,3%, montrant que la transition énergétique stimule la demande globale. Les acheteurs profitent de l'offre renouvelée pour remplacer leurs anciens véhicules thermiques par des modèles électriques ou hybrides. La baisse continue des prix des batteries lithium-ion rend les voitures électriques compétitives en termes de coût total de possession. Les gouvernements prolongent leurs dispositifs de bonus écologique, accélérant ainsi la transition. Les analystes anticipent que le marché européen atteindra 75% d'électrifiés dès 2027 si la tendance actuelle se poursuit.
Enjeux économiques : qui gagne, qui perd dans cette transition
Volkswagen, Stellantis, Renault : les leaders face à la mutation
Volkswagen détient 25,9% du marché automobile européen, suivi de Stellantis (15,9%) et Renault Group (10,4%). Ces groupes investissent massivement dans l'électrification pour maintenir leurs positions dominantes. Volkswagen déploie sa plateforme MEB sur toutes ses marques, Stellantis accélère les lancements de modèles électriques sous les marques Peugeot, Citroën et Fiat, et Renault mise sur sa gamme Mégane E-Tech et Scenic E-Tech. Toutefois, ces investissements pèsent sur leurs marges. Certaines marques connaissent des baisses significatives : Alfa Romeo diminue de 23,9%, Ford de 17,7%, Hyundai de 12,7% et Dacia de 9,8%. La hiérarchie traditionnelle est mise à mal par de nouveaux entrants.
L'émergence disruptive des constructeurs chinois (+163% pour BYD)
Les constructeurs chinois connaissent une progression spectaculaire en Europe. BYD a augmenté de 163%, Chery de 251% et Leapmotor de 426,8%, partant de bases modestes mais affichant une dynamique d'expansion rapide. Les marques asiatiques offrent des véhicules électriques 20% à 30% moins chers que les modèles européens équivalents, avec des niveaux d'équipement comparables. BYD, devenu premier constructeur mondial de véhicules électriques, ouvre des usines en Hongrie et en Espagne pour contourner les droits de douane et réduire les délais de livraison. Les constructeurs européens demandent des mesures de protection commerciale, dénonçant des distorsions de concurrence dues aux subventions publiques chinoises. Bruxelles lance des enquêtes antidumping mais peine à freiner l'offensive asiatique.
Impact macroéconomique : réallocation d'investissements et risques sectoriels
La transition vers l'électrique entraîne une réallocation massive des investissements industriels. Les constructeurs européens consacrent désormais 60% de leurs budgets R&D aux motorisations électriques, contre 35% en 2023. Les équipementiers spécialisés dans les composants thermiques anticipent des suppressions d'emplois et engagent des plans de reconversion. Le secteur pétrolier subit une baisse de la demande de carburants, avec des fermetures de raffineries annoncées en France et en Italie. La hausse des prix de l'électricité soulève des interrogations sur la compétitivité à long terme du modèle électrique. Les gouvernements doivent arbitrer entre soutien à l'industrie traditionnelle et accélération de la transition énergétique, un dilemme pesant sur les finances publiques. La mutation du secteur automobile, qui représente 7% du PIB européen, constitue un test majeur de la capacité du continent à réussir sa transformation industrielle sans compromettre sa compétitivité ni son emploi.