Après trois ans d’expérimentation, Venise constate l’échec de sa taxe d’entrée à 5-10 euros : malgré 5,2 millions d’euros de recettes en 2026, les flux touristiques restent inchangés. La municipalité envisage donc de porter le tarif à 30 euros en 2027, un pari économique risqué visant à dissuader les excursionnistes tout en augmentant les revenus.
Venise envisage de porter sa taxe d’entrée à 30 euros en 2027

Après trois ans d'essais, Venise constate que des tarifs de 5 à 10 euros n'ont pas découragé les visiteurs d'un jour, même si 5,2 millions d'euros ont été collectés en 2026. La ville envisage donc de tripler le droit d'entrée en 2027, le portant à 30 euros, dans une tentative audacieuse face à l'élasticité-prix du tourisme urbain.
Un bilan économique mitigé pour les années 2024-2026
Venise, pionnière mondiale dans la régulation tarifaire du tourisme, a introduit en 2024 un droit d'entrée pour les excursionnistes. Ce dispositif s'est élargi avec 29 jours payants en 2024, 54 en 2025, puis 60 en 2026 entre le 3 avril et le 26 juillet. Cette montée en puissance reflète une volonté politique de tester l'acceptabilité avant de durcir les conditions.
En 2026, 680 000 billets ont été vendus, générant 5,2 millions d'euros. Bien que ce chiffre semble satisfaisant, il ne représente que 2,3 % des 30 millions de visiteurs annuels. Les revenus, bien que significatifs, ne suffisent pas à compenser les coûts du surtourisme, tels que la gestion des déchets ou l'entretien des infrastructures. Avec seulement 48 000 habitants permanents, la ville fait face à un déséquilibre structurel que le tarif actuel n'a pas corrigé.
Didier Arino de Protourisme affirme qu'un tarif de 5 ou 10 euros ne dissuade pas les touristes, car ce coût est négligeable par rapport aux centaines d'euros dépensés pour le transport. Les données montrent qu'il n'y a pas eu de baisse significative de fréquentation les jours payants par rapport aux jours gratuits, et le tarif différencié introduit en 2025 n'a pas modifié les flux. La tarification psychologique montre ses limites à ces niveaux.
Le défi économique des excursionnistes : faible contribution, coûts élevés
Les passagers de croisières, représentant plusieurs millions de visiteurs, illustrent ce paradoxe. Ils ne restent que quelques heures en ville et leur contribution économique est minimale. Un visiteur en hôtel dépense entre 150 et 250 euros par jour, alors qu'un excursionniste ne dépense que 20 à 40 euros, générant des coûts de gestion que leurs faibles dépenses ne couvrent pas. La ville subventionne ainsi indirectement l'expérience touristique des croisiéristes.
Les clients d'hôtels, déjà soumis à une taxe de séjour, ne paient pas ce droit d'entrée, un choix visant à privilégier ceux qui apportent le plus de valeur ajoutée. Un séjour de deux nuits implique des dépenses qui profitent à plusieurs secteurs économiques. En revanche, les excursionnistes saturent les espaces publics sans contribuer proportionnellement à l'économie locale. Comme le souligne Didier Arino, l'objectif est de favoriser les visiteurs respectueux des habitants et de l'économie locale.
Une augmentation à 30 euros : rentabilité et risques de baisse de fréquentation
Passer de 5-10 euros à 30 euros pourrait réduire le nombre d'excursionnistes de 30 à 50 %, selon les économistes du tourisme. Les croisiéristes, moins sensibles au prix, pourraient diminuer de 20 à 30 %, tandis que les visiteurs indépendants à budget limité pourraient être plus affectés. Si le nombre de visiteurs baisse de 40 % et le tarif moyen passe à 30 euros, les recettes atteindraient 12,24 millions d'euros, soit plus du double du chiffre actuel. Même avec une baisse de 50 %, les revenus seraient supérieurs à ceux de 2026.
Réduire de 30 % le nombre d'excursionnistes pourrait libérer l'espace public, améliorer la qualité de vie et réduire les coûts de gestion. Les commerces orientés vers les séjournants pourraient en bénéficier. Pour Venise, l'enjeu est de réorienter son économie touristique vers la qualité plutôt que la quantité, un défi crucial pour ses 48 000 habitants restant. Le gouvernement italien devra décider des modalités du dispositif pour 2027.
Venise, modèle économique pour d'autres villes ?
L'expérience de Venise intéresse d'autres villes européennes comme Barcelone, Dubrovnik et Amsterdam, qui observent les résultats de cette tarification. Si le tarif de 30 euros prouve son efficacité pour réguler les flux et augmenter les revenus, un modèle économique reproductible pourrait émerger. Toutefois, des questions subsistent sur le risque de transformer Venise en une destination de luxe inaccessible. Trouver un équilibre entre régulation et accessibilité reste essentiel, et 2027 révélera si cette stratégie est une solution durable ou un simple palliatif face à un problème plus vaste.
