L’économie française aborde l’automne dans un climat toujours morose. Entre incertitudes persistantes et activité fragile, les signes d’amélioration observés ces derniers mois semblent déjà s’essouffler. Et tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne.
Commerce, ménages, industrie : les signaux inquiétants de l’économie française

L’économie française donne de nouveaux signes de faiblesse. Selon l’Institut national de la statistique (Insee), le climat des affaires se dégrade en septembre 2026 après plusieurs mois d’amélioration. Son indicateur retombe à 96, sous sa moyenne de longue période fixée à 100, ce qui traduit une conjoncture jugée moins favorable qu’à l’accoutumée par les chefs d’entreprise. Mais ce chiffre général masque des situations très contrastées selon les secteurs.
Économie française : le commerce décroche nettement
C’est dans le commerce que le coup de froid est le plus marqué pour l'économie française. Dans l’ensemble constitué du commerce de détail et du commerce et de la réparation automobiles, le climat des affaires tombe à 94 en septembre, soit cinq points de moins qu’en août, selon l’Insee. Cet indicateur est construit à partir des réponses des chefs d’entreprise concernant notamment leurs ventes, leurs commandes, leurs perspectives d’activité ou leurs effectifs. Plus il s’éloigne sous 100, sa moyenne de longue période, plus leur appréciation de la situation est défavorable par rapport à ce qu’elle est habituellement.
Les commerçants se montrent notamment plus prudents sur leurs prochaines commandes. L’indicateur utilisé par l’Insee pour mesurer ces intentions passe de -10 en août à -15 en septembre. Il s’agit d’un « solde d’opinion » : schématiquement, l’Insee compare la proportion de professionnels signalant ou anticipant une hausse à celle qui signale ou anticipe une baisse. La diminution de ce solde signifie donc que les réponses pessimistes prennent davantage le dessus.
Le constat ne s’arrête pas aux commandes. Les commerçants portent également un jugement un peu plus négatif sur leurs ventes passées et sont moins confiants dans les perspectives générales du secteur. Dans le seul commerce de détail hors automobile, le climat des affaires perd cinq points et tombe à 97. Dans le commerce et la réparation automobiles, il recule à 92 et reste inférieur à sa moyenne historique depuis juillet 2024.
Le commerce de gros n’échappe pas à cette morosité. Son indicateur descend à 93, deux points de moins que lors de la précédente enquête, réalisée en juillet. Les grossistes interrogés font notamment état d’un net recul de leurs ventes passées à l’étranger et prévoient moins de commandes. Le climat des affaires de ce secteur évolue sous sa moyenne de longue période depuis janvier 2023.
Le bâtiment offre une image un peu différente, mais guère plus dynamique. Son indicateur reste stable à 96 depuis juillet. Les entrepreneurs interrogés jugent plus favorablement leur activité récente, mais ils sont moins confiants pour les prochains mois. Leur incertitude face à la situation économique augmente également.
L’industrie résiste mieux que le reste de l’économie
Un secteur fait toutefois exception : l’industrie. Son climat des affaires se maintient à 101 en septembre. Il s’agit du seul grand secteur étudié par l’Insee à rester au-dessus de sa moyenne de longue période.
Les industriels interrogés sont plus nombreux qu’auparavant à faire état d’une progression de leur production récente et à anticiper une hausse de leur production. En revanche, leur appréciation de leurs carnets de commandes se détériore. La résistance de l’industrie ne signifie donc pas que toutes les inquiétudes ont disparu.
Les situations sont également très différentes d’une branche industrielle à l’autre. L’Insee constate ainsi que le climat économique s’assombrit dans plusieurs grands sous-secteurs, tandis que les matériels de transport font exception.
Cette résistance relative de l’industrie est également relevée par Les Échos, qui s’appuient sur les dernières données de l’Insee et soulignent le rôle de la demande étrangère. Le quotidien économique rapporte notamment cette analyse de Dorian Roucher, chef du département de la conjoncture à l’Insee : « Depuis le début de l’année, le climat des affaires fluctue au mois le mois dans le sillage de l’évolution des prix du pétrole ».
La dépendance aux prix de l’énergie reste en effet un facteur déterminant pour de nombreuses entreprises françaises, particulièrement pour les activités qui consomment beaucoup de gaz ou d’électricité. Dans un environnement géopolitique instable, une hausse du coût de l’énergie peut rapidement peser sur leurs marges, leurs prix de vente et leurs décisions d’investissement.
Inflation : les entreprises anticipent davantage de hausses de prix
L’inflation revient justement au premier plan. En août 2026, les prix à la consommation ont augmenté de 2,4% sur un an, selon l’Insee.
Les réponses des commerçants montrent également que les pressions sur les prix sont davantage ressenties. Dans l’enquête de l’Insee, le solde d’opinion concernant les prix pratiqués au cours des derniers mois passe de 1 en juillet à 9 en septembre. Pour les prix qu’ils prévoient de pratiquer prochainement, il atteint 11.
Ces chiffres ne signifient évidemment pas que les commerçants ont augmenté leurs prix de 9% ou qu’ils prévoient de les relever de 11%. Ils mesurent le rapport entre ceux qui déclarent des prix en hausse et ceux qui font état d’une baisse. Leur progression montre donc simplement que les réponses faisant état de hausses de prix sont devenues plus fréquentes.
L’évolution mérite d’être surveillée car une hausse des coûts supportés par les entreprises peut progressivement être répercutée sur leurs clients. Pour les ménages, l’effet est particulièrement sensible lorsque l’augmentation concerne l’énergie, les carburants ou les dépenses courantes.
Les ménages français restent très prudents
Le moral des Français constitue un autre point de faiblesse. En septembre, la confiance des ménages reste à 86, selon l’Insee. L’indicateur est très inférieur à 100, qui correspond à sa moyenne entre 1987 et 2025. Cela signifie que les réponses données par les ménages sur leur situation financière et sur l’économie restent globalement beaucoup plus pessimistes qu’en temps normal.
Le contraste avec l’épargne est frappant. L’indicateur qui mesure l’attitude des Français à l’égard de l’épargne baisse de quatre points en septembre, mais reste à 121, donc très au-dessus de sa moyenne historique. Autrement dit, malgré ce léger recul, la volonté de mettre de l’argent de côté reste inhabituellement forte.
Ce comportement est loin d’être anodin pour l’activité économique. Lorsque les ménages privilégient leur épargne plutôt que leurs achats, la consommation apporte moins de soutien aux commerces et aux entreprises. La prudence des Français devient alors elle-même un frein à la croissance.
Dorian Roucher résume ce déséquilibre dans les propos rapportés par Les Échos : « Il y a un peu de croissance qui vient de la demande extérieure adressée à l’industrie. En revanche, la demande intérieure est déprimée, en particulier du côté des ménages ».
La « demande intérieure » désigne ici essentiellement les dépenses réalisées en France par les ménages, les entreprises et les administrations. La faiblesse de la consommation des particuliers est donc particulièrement surveillée : elle prive l’économie française de l’un de ses principaux moteurs.
La situation du marché du travail ne favorise pas non plus un retour rapide de la confiance. Au deuxième trimestre 2026, le taux de chômage s’établissait à 8,3% de la population active, selon l’Insee.
PIB, emploi : les signes de faiblesse persistent
Les chiffres du produit intérieur brut confirment la faiblesse de l’activité. Au deuxième trimestre 2026, le PIB français n’a pas progressé par rapport aux trois premiers mois de l’année : la croissance a été de 0,0%, selon l’Insee.
Cette absence de croissance ne signifie pas que tous les secteurs sont à l’arrêt. Certains progressent tandis que d’autres reculent. Mais, une fois leurs évolutions additionnées, l’activité globale n’a pas augmenté. La situation observée à la rentrée ne laisse, pour l’instant, apparaître qu’un redémarrage très limité.
L’emploi envoie également des signaux de prudence. En septembre, l’indicateur du climat de l’emploi calculé par l’Insee perd un point. Il synthétise les réponses des entreprises sur l’évolution récente et attendue de leurs effectifs. Sa baisse traduit donc des intentions d’embauche globalement moins favorables.
Pour autant, le tableau n’est pas uniformément sombre. L’industrie continue de résister, certaines entreprises bénéficient de la demande étrangère et tous les indicateurs ne se détériorent pas simultanément. Xavier Debrun, directeur général des statistiques, des études et de l’international de la Banque de France, résumait cette situation, dans des propos rapportés par Les Échos : « L’économie française n’est pas à terre ».
Reste que les indicateurs publiés en septembre dessinent une économie qui manque toujours de vigueur : le commerce se montre inquiet, les ménages restent prudents et l’amélioration du moral des entreprises observée depuis le printemps vient de s’interrompre.
Le baromètre de l’économie française
96 — Le climat des affaires pour l’ensemble de l’économie. Il reste inférieur à sa moyenne de longue période de 100.
94 — Le climat des affaires dans le commerce de détail et l’automobile, en recul de cinq points en septembre.
101 — Le climat des affaires dans l’industrie, seul grand secteur à rester au-dessus de sa moyenne historique.
86 — La confiance des ménages, toujours très inférieure à sa moyenne de longue période.
2,4% — La hausse des prix à la consommation sur un an en août 2026.
8,3% — Le taux de chômage au deuxième trimestre 2026.
