Le gouvernement présente jeudi son projet de budget avec 54 milliards d'euros d'effort affiché. Derrière les chiffres ronflants, la même musique : on taxe, on ponctionner, on reporte. Le réflexe bien français de transformer chaque problème en nouvelle dépense publique aurait-il enfin trouvé ses limites ? Pas si sûr.
54 milliards €
Le montant affiché de l'effort de redressement des comptes publics dans le projet de loi de finances 2027, présenté en Conseil des ministres le 1er octobre.
54 milliards : un chiffre qui en cache un autre
Soyons honnêtes : 54 milliards d'euros, ça sonne bien. Ça sonne même très bien. Sauf que, comme toujours en France, le diable se niche dans les détails. Quand on épluche ce que l'on sait déjà du budget 2027, force est de constater que cet « effort de redressement » repose pour une bonne partie sur des hausses d'impôts — contribution demandée aux retraités, ponction sur les entreprises — plutôt que sur de vraies coupes dans la dépense publique. La différence n'est pas anodine. Taxer davantage pour combler un gouffre que l'on a soi-même creusé, ce n'est pas de la rigueur. C'est de la fuite en avant habillée en austérité.
Rappelons quelques faits têtus. La France consacre aujourd'hui environ 57 % de son PIB à la dépense publique, soit le ratio le plus élevé de toute la zone euro. L'Allemagne fait tourner son État à 48 %. Les Pays-Bas à 45 %. La Suisse, sans pétrole ni rente, gère ses finances publiques en équilibre quasi permanent. Ces pays ne sont ni des jungles sociales ni des paradis de l'ultralibéralisme. Ce sont des démocraties prospères qui ont simplement compris qu'on ne peut pas durablement dépenser plus que ce que l'on produit.
La ponction sur les entreprises : une fausse bonne idée
Je vais dire ce que beaucoup pensent tout bas : taxer les entreprises davantage pour financer les erreurs de gestion de l'État, c'est punir les bons élèves. Les entrepreneurs français subissent déjà l'un des taux de prélèvements obligatoires les plus lourds d'Europe. Résultat ? Nos grandes entreprises industrielles payent leur électricité deux fois plus cher que leurs concurrentes américaines — un handicap de compétitivité abyssal, documenté chiffre en main. Et on viendrait, en plus, alourdir leur fiscalité ?
Les fonctionnaires, eux, descendent dans la rue ce mardi pour protester contre le gel du point d'indice et des suppressions de postes à France Travail. Je les comprends, humainement. Mais personne ne leur demande de financer leurs propres syndicats, leurs propres organismes de formation, leur propre complexité administrative. Toute la question est là : avant de demander à qui que ce soit — retraités, entreprises, ménages — de contribuer davantage, a-t-on vraiment fait le ménage dans les dépenses inutiles ? La réponse, hélas, est non.
Productivité : le vrai sujet que personne ne veut aborder
Des économistes commencent enfin à dire ce que je répète depuis des années : le problème français n'est pas conjoncturel, il est structurel. Ce n'est pas une mauvaise passe. C'est un déficit chronique de productivité, nourri par des décennies de sur-réglementation, de rigidités du marché du travail et de complexité administrative qui décourage l'investissement.
Plutôt que de débattre indéfiniment de qui va payer la facture, posons-nous enfin la bonne question : comment produire plus, mieux, et avec moins de contraintes ? La réponse passe par moins d'État, moins de charges, moins de normes, et plus de liberté pour ceux qui créent de la richesse. Ce budget 2027, si l'on en croit les premières fuites, n'emprunte pas ce chemin. Il choisit la voie de la facilité : taxer encore. Jusqu'à quand les Français, et surtout les entrepreneurs, accepteront-ils d'être la variable d'ajustement d'un État incapable de se réformer lui-même ?

