119 % du PIB : la France au bord du précipice

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By Agnès C.
119 % du PIB : la France au bord du précipice
119 % du PIB : la France au bord du précipice - © Economie Matin

La dette publique française vient de franchir un nouveau seuil historique : 119 % du PIB, du jamais-vu depuis l'après-guerre. Pendant ce temps, les candidats à la présidentielle rivalisent de promesses et les fonctionnaires défilent dans la rue. Le réveil sera brutal.

340 Mds€

Le montant record que la France devra emprunter sur les marchés en 2027, soit près de 1 milliard d'euros par jour.

Quand la réalité rattrape le déni

3 595,5 milliards d'euros. Voilà le poids exact de la dette publique française au deuxième trimestre 2026. Imaginez un instant : si vous empiliez des billets de 100 euros, la colonne atteindrait la Lune — et retour. Ce n'est plus une métaphore, c'est une urgence nationale.

Et pourtant. Mardi, 30 000 fonctionnaires manifestaient à Paris pour rejeter un budget qu'ils jugent trop sévère. Le même jour, les candidats à la présidentielle paradaient devant les épargnants de l'Afer en promettant de ne surtoucher à l'assurance-vie. Pendant ce temps, les marchés, eux, ne défilent pas. Ils calculent. Et ce qu'ils calculent inquiète : le spread franco-allemand se creuse, le "risque France" commence à se chiffrer concrètement pour les entreprises et les ménages qui empruntent.

La comparaison avec nos voisins est accablante. L'Allemagne affiche une dette à 63 % du PIB. Le Danemark à 29 %. La Suède à 33 %. La France, elle, caracole à 119 %. On ne parle plus d'un écart conjoncturel. On parle d'un modèle structurellement hors de contrôle.

340 milliards : le mur que personne ne veut voir

340 milliards d'euros à emprunter en 2027. C'est le programme d'émission souverain le plus élevé de l'histoire française. Pour financer quoi, exactement ? Pour moitié, refinancer des dettes anciennes qui arrivent à échéance — la facture des décennies de facilité budgétaire. Pour l'autre moitié, couvrir un déficit que l'on n'arrive pas à résorber.

On peut se demander ce qu'il adviendra si les taux remontent encore, ou si un choc extérieur — une récession, une crise industrielle comme celle que traverse Stellantis aujourd'hui — vient percuter nos hypothèses de croissance. La réponse est simple et inconfortable : la BCE pourrait intervenir, mais à un prix. Celui de réformes structurelles sévères, imposées de l'extérieur, que la classe politique française n'a pas eu le courage d'imposer d'elle-même.

C'est précisément ce scénario grec que personne ne veut prononcer à voix haute. Et pourtant, la mécanique est identique : déni, atermoiements, puis capitulation sous la pression des marchés. La différence, c'est que la France est la deuxième économie de la zone euro. Une crise française n'est pas une crise locale. C'est une crise européenne.

Le courage, ou la tutelle

Force est de constater qu'il existe des solutions. Elles ne sont ni secrètes ni mystérieuses. La Suède des années 1990 a réduit ses dépenses publiques de 8 points de PIB en moins de dix ans, sans détruire son modèle social — en le réformant. Le Canada a fait de même. L'Allemagne a réformé ses retraites et son marché du travail sous Schröder, au prix d'impopularité. Tous s'en sont sortis plus forts.

La France dépense 58,2 % de son PIB en dépenses publiques. Aucun pays comparable ne fait pire. Réduire cela de 5 points représenterait 130 milliards d'économies annuelles — sans asphyxier qui que ce soit, à condition de cibler les dépenses non évaluées, les doublons territoriaux, les régimes dérogatoires.

Les candidats à l'Élysée ont jusqu'au printemps 2027 pour proposer un plan crédible. Pas des ajustements cosmétiques. Un vrai plan. Car si ce n'est pas eux qui choisissent, ce seront les marchés qui décideront à leur place. Et les marchés, eux, n'ont pas de mandat démocratique.

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Agnès C. est une économiste libérale qui conseille dans l'ombre une large partie du personnel politique français, proposant des solutions pragmatiques et courageuses pour redresser les comptes publics.

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