Cyberattaques : la France a-t-elle encore un plan B hors ligne ?

Quand une cyberattaque bloque les systèmes, il faut aussi pouvoir continuer à écrire aux usagers, aux clients et aux salariés. Le courrier postal figure parmi les solutions envisagées par l’ANSSI. Encore faut-il avoir préservé les moyens de l’utiliser : la continuité des échanges se prépare avant la panne.

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By La rédaction Published on 1 octobre 2026 12h42
Banque de France piratage
Cyberattaques : la France a-t-elle encore un plan B hors ligne ? - © Economie Matin
100 MILLIARDS €En 2024, la cybercriminalité a représenté un coût estimé à plus de 100 milliards d'euros pour les entreprises françaises

À Drancy, l’été 2026 s’est passé à reconstruire l’informatique municipale. Début juillet, une cyberattaque a obligé la mairie de Seine-Saint-Denis à couper tous ses serveurs. Sans accès aux logiciels, à Internet ni au téléphone, le paiement des fournisseurs et l’instruction des dossiers d’urbanisme sont devenus presque impossibles. Dans son bilan du 31 août, la ville raconte comment les agents ont dû s’adapter durant presque tout l’été pour maintenir le service public.

L’épisode pose une question qui dépasse largement la sécurité informatique. À mesure que les démarches, les échanges et les procédures basculent en ligne, que reste-t-il lorsque cet accès disparaît ? Une mairie peut-elle recevoir une demande urgente sans son logiciel métier ? Une entreprise sait-elle joindre ses salariés sans sa messagerie ? Un service public peut-il informer ses usagers autrement que par un site devenu inaccessible ? La capacité à répondre à ces questions devrait accompagner chaque projet de dématérialisation.

Apprendre à fonctionner sans connexion

La menace justifie cet examen. Dans son panorama publié en mars 2026, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information, l’ANSSI, recense 1 366 incidents portés à sa connaissance en 2025. Ce décompte ne couvre qu’une partie des attaques subies en France. Parmi les incidents suivis par l’agence, les ministères et collectivités représentent 24 % des cas, la santé 10 %. Des activités dont l’interruption se répercute directement sur la vie des citoyens.

La France dispose de moyens de réponse et l’expérience accumulée produit des résultats. Auditionné au Sénat le 8 juillet 2026, Vincent Strubel, directeur général de l’ANSSI, décrit des progrès dans les hôpitaux, après les paralysies de 2022. Il les attribue notamment à la mobilisation des dirigeants et à la préparation des équipes. « Nous avons donc aussi entraîné les hôpitaux à réagir vite, à couper internet, par exemple. » Savoir interrompre une connexion au bon moment peut limiter les dommages. Cette décision suppose d’avoir prévu comment travailler ensuite.

C’est toute la difficulté du fonctionnement dit « en mode dégradé ». Il consiste à maintenir les activités jugées essentielles avec des moyens réduits, pendant que les spécialistes sécurisent puis rétablissent les systèmes. Pour une organisation, cela impose des arbitrages précis : quels services poursuivre, quelles opérations différer, quelles informations rendre accessibles aux équipes ? Un plan de secours doit pouvoir répondre à ces questions dans les conditions mêmes de la crise.

Le courrier a sa place dans les plans de secours

Les consignes officielles sont explicites. Dans son guide de communication de crise de juin 2026, l’ANSSI recommande de conserver les documents de préparation sur plusieurs supports, dont une version papier. Lorsque les outils habituels deviennent indisponibles, elle cite le « courrier postal » parmi les solutions pour communiquer avec les salariés, aux côtés des brochures de consignes et du mode « papier crayon ». Le courrier est donc bien identifié comme l’un des moyens de maintenir les échanges pendant une crise.

Cette possibilité suppose une organisation. Si les adresses des destinataires, les modèles de lettres et les documents à envoyer sont tous enfermés dans le système bloqué, le recours au courrier reste théorique. Il faut avoir prévu un accès sécurisé aux informations nécessaires, des moyens d’impression utilisables et une solution d’affranchissement et d’expédition. Les équipes doivent savoir quels envois sont prioritaires et qui les valide. Un exercice de crise devrait tester cette chaîne jusqu’au départ effectif des lettres.

Il faut également distinguer la poursuite de l’activité de la restauration informatique. Des feuilles permettent de consigner des opérations urgentes, sans reconstituer une base de données ni remettre un logiciel en service. Sur ce second volet, Cybermalveillance.gouv.fr recommande des sauvegardes régulières, des copies déconnectées et des essais de restauration. Le dispositif répond à un risque documenté : les attaquants cherchent aussi à détruire les sauvegardes pour empêcher leur victime de récupérer ses données.

Maintenir le lien avec les usagers

Au-delà des salariés, le courrier peut servir à informer individuellement les clients ou les usagers lorsque la perturbation dure. Une lettre peut expliquer comment joindre un service, transmettre un document ou préciser les modalités provisoires de traitement d’un dossier. Elle permet au destinataire de lire et de conserver l’information sans se connecter au portail défaillant. Une facture, un relevé ou une attestation déjà reçus par la poste restent également consultables lorsque l’espace personnel qui donne accès à leur équivalent numérique ne répond plus.

Le délai d’acheminement réserve toutefois le courrier aux échanges qui peuvent attendre ; l’alerte immédiate exige d’autres moyens. Le réseau postal utilise lui aussi des outils numériques. Son fonctionnement doit donc être vérifié dans le scénario de crise envisagé. L’intérêt est de disposer d’un canal supplémentaire dont l’utilisation ne dépend pas entièrement du système touché.

La continuité se joue aussi dans l’autre sens. Une adresse postale permettrait-elle encore à un usager de transmettre une pièce ou de répondre à une demande si le dépôt en ligne devenait impossible ? Recevoir des enveloppes ne suffit pas : il faut pouvoir ouvrir le courrier, enregistrer les arrivées, orienter les dossiers et répondre. Si chaque lettre doit obligatoirement passer par une chaîne de numérisation devenue indisponible, le blocage demeure. Le plan de secours doit prévoir ce traitement temporaire et la reprise des informations au retour à la normale.

Ces besoins invitent à regarder autrement les économies liées à la suppression du courrier. Un service qui a perdu ses fichiers d’adresses exploitables, ses procédures d’expédition et les équipes capables de les mettre en œuvre aura du mal à les reconstituer en urgence. Maintenir une capacité d’envoi et de réception a un coût. Celui-ci doit aussi être apprécié au regard des échanges qu’elle permet de poursuivre lorsqu’un autre canal disparaît.

La France dispose donc de plans B et de recommandations. Leur existence ne garantit pas que chaque organisme puisse tenir plusieurs jours sans ses outils habituels. Pour le courrier comme pour les autres solutions de secours, la question décisive est celle de la capacité réelle : peut-on encore adresser une information à ses usagers et recevoir leur réponse ? Avant de fermer un canal, administrations et entreprises devraient éprouver ce qui leur restera pour assurer ce lien.

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