Le gouvernement a présenté jeudi son projet de budget 2027, vanté comme un effort de rigueur historique. La réalité est tout autre : derrière les promesses de stabilité fiscale se cache une hausse massive des prélèvements obligatoires. Bienvenue dans la France où « pas de hausse d'impôts » signifie 48 milliards de recettes fiscales supplémentaires.
48 milliards €
C'est la hausse des recettes fiscales prévue dans le budget 2027, malgré les promesses de « stabilité fiscale » du gouvernement.
La stabilité fiscale, version gouvernement : une hausse de 48 milliards
Sébastien Lecornu nous l'avait promis, la main sur le cœur : pas de hausse d'impôts généralisée. Acte. Sauf que le projet de loi de finances pour 2027 prévoit quand même 48 milliards d'euros de recettes fiscales supplémentaires. Je veux bien que les mots aient perdu leur sens dans ce pays, mais là, on atteint des sommets de cynisme rhétorique.
Force est de constater que la méthode est rodée : on habille la hausse des prélèvements en « mesures ciblées », en « contributions exceptionnelles », en « réduction d'abattements ». Les plateformes numériques comme YouTube, TikTok ou Facebook ? On leur taille dans l'abattement fiscal, pour récupérer... 60 millions d'euros. Une paille dans un océan de déficits, mais qui a le mérite d'envoyer un signal politique à peu de frais. On tape sur les géants américains, ça fait toujours applaudir la salle.
Le problème, c'est que derrière ce budget à 54 milliards d'euros « d'effort », la structure profonde de la dépense publique française reste intacte. On désindexe les retraites, on gèle les allocations familiales, on racle les fonds de tiroir avec des héritages non réclamés — la « créativité fiscale » du gouvernement est sans limites. Mais réformer en profondeur ? Jamais.
8 025 postes créés : la blague de la réduction des effectifs
Le passage que j'ai relu trois fois pour être sûr de ne pas rêver : alors que le gouvernement affiche haut et fort sa volonté de réduire les effectifs de la fonction publique d'État, le PLF 2027 prévoit en réalité la création nette de 8 025 postes dans les ministères. Voilà ce qu'est la « réforme de l'État » à la française : on annonce la diète, et on commande une deuxième tournée.
Pendant ce temps, en Suisse — dont Le Figaro rappelait justement ce jeudi l'exception économique remarquable, avec des taux à zéro et une inflation au plancher — l'État fédéral gère ses comptes avec une rigueur que nous n'avons plus connue depuis des décennies. Les Suisses ont inscrit le frein à l'endettement dans leur Constitution en 2003. Résultat : une dette publique inférieure à 30 % du PIB, contre plus de 112 % en France. Deux philosophies, deux destins.
Nos voisins allemands et néerlandais, eux aussi, ont appris à dire non aux dépenses incontrôlées. En France, « la rigueur », c'est faire payer les retraités et geler les allocs des familles, tout en créant des milliers de fonctionnaires supplémentaires. Le grand écart budgétaire.
La facture, c'est vous qui la payez — et demain encore plus
Ce budget dit une chose très clairement, même si personne ne l'assume : l'État français n'a pas la volonté politique de se réformer en profondeur. On ne touche ni aux structures, ni aux doublons administratifs, ni aux subventions inefficaces qui coûtent des milliards chaque année. On préfère tondre le contribuable, retraité ou actif, plutôt que de remettre en cause la machinerie publique.
Je pose la question sans détour : jusqu'à quand les Français vont-ils accepter d'être les variables d'ajustement d'un État qui refuse de se regarder dans le miroir ? Un budget, c'est un choix politique. Celui de 2027 a été fait. Il ne vous ressemble pas.

