Budget 2027 : la France au bord du gouffre fiscal

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By Jean-Baptiste Giraud
Budget 2027 : la France au bord du gouffre fiscal
Budget 2027 : la France au bord du gouffre fiscal - © Economie Matin

À dix-huit mois de la présidentielle, la France joue avec le feu. Entre une dette qui s'emballe, un gouverneur de la Banque de France qui sonne l'alarme et 1 700 amendements fiscaux déposés à l'Assemblée, nos élus semblent avoir trouvé une réponse à tout : taxer davantage. Sauf que cette fois, le mur approche à toute vitesse.

96 %

Des dirigeants de très petites entreprises se déclarent pessimistes quant à la situation économique française — un record absolu.

Quand les pompiers arrosent d'essence

Force est de constater que le spectacle offert par l'Assemblée nationale ces derniers jours donne le vertige. Plus de 1 700 amendements déposés sur la première partie du budget 2027. Non pas pour simplifier, alléger, réformer en profondeur. Mais pour inventer de nouvelles niches, de nouvelles taxes, de nouvelles usines à gaz fiscales. La « créativité fiscale », comme la nomme pudiquement *Le Figaro*, est en réalité une fuite en avant que la France pratique depuis quarante ans avec un talent consommé.

Pendant ce temps, le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, lâche dans le *Financial Times* une phrase qui devrait glacer le sang de tout épargnant et de tout chef d'entreprise : « Il y a un risque d'être étranglés par la hausse des taux d'intérêt. » Pas un obscur blogueur, pas un économiste de plateau TV. Le gouverneur de la Banque de France. Quand le pompier en chef dit que la maison brûle, peut-être est-il temps d'écouter.

Le plus sidérant ? La réponse politique à cette alerte reste la même depuis des décennies : chercher de nouveaux poches à vider. Ainsi, le gouvernement Lecornu envisage de ponctionner les « avoirs en déshérence » — ces comptes bancaires oubliés que des millions de Français ont laissé dormir. C'est petit, c'est mesquin, et surtout, c'est le signe d'un État à court d'idées qui gratte les fonds de tiroir.

Les entrepreneurs, grands oubliés de la fête fiscale

Je veux qu'on s'arrête un instant sur ce chiffre : 96 %. C'est la proportion de dirigeants de très petites entreprises qui se déclarent pessimistes sur la situation économique du pays. Un record. Et leur première préoccupation ? Le coût du travail. Ces femmes et ces hommes qui risquent leur patrimoine, leurs nuits et leurs week-ends pour faire tourner des PME, des artisans, des commerces de proximité — le tissu vivant de notre économie — sont au bord de la rupture.

On leur promet depuis des années une simplification administrative. On leur livre des amendements à la pelle. On leur promet une baisse des charges. On leur sert une « contribution différentielle sur les hauts revenus » qui envoie un signal désastreux aux investisseurs. La comparaison avec nos voisins est cruelle : en Allemagne, la réforme de la Schuldenbremse a certes fait débat, mais elle traduit une culture du sérieux budgétaire que nous avons abandonnée. Aux Pays-Bas, le ratio dette/PIB tourne autour de 50 %. En France, nous approchons les 115 %. Ce n'est plus un écart, c'est un abîme.

2027, l'élection de la dernière chance ?

Matignon prévient lui-même que le prochain président héritera d'une situation financière potentiellement ingérable. Voilà une information d'une gravité exceptionnelle, presque passée inaperçue dans le bruit médiatique. Ce n'est plus une hypothèse de think-tank : c'est un aveu officiel.

Alors que les candidats à l'Élysée s'affrontent sur les solutions — hausses d'impôts d'un côté, vœux pieux de l'autre — je pose la question directement : qui aura le courage de dire aux Français la vérité ? Que nous dépensons 57 % du PIB en dépenses publiques pour des services qui se dégradent. Que taxer toujours plus les entreprises, c'est tuer les emplois de demain. Que la dette n'est pas un héritage, c'est une bombe à retardement.

Le prochain président n'aura pas le luxe de temporiser. Réformer ou couler : il n'y a plus d'entre-deux.

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin.  Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018, Il a également présenté le « Mag de l’Eco » sur RTL de 2016 à 2019, et « Questions au saut du lit » toujours sur RTL, jusqu’en septembre 2021.  Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont « Dernière crise avant l’Apocalypse », paru chez Ring en 2021, mais aussi de "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ou encore du " Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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