L’Inventaire Forestier National 2026, publié ce 7 octobre par l’IGN, révèle une forêt française en crise sanitaire : la mortalité annuelle des arbres a été multipliée par 2,5 en deux décennies, atteignant 18,1 millions de mètres cubes par an, tandis que la production biologique recule de 8% par hectare. Le puits de carbone forestier perd 24 millions de tonnes de CO2 par an.
Pourquoi nos forêts meurent deux fois plus vite qu’avant

L'Inventaire Forestier National 2026, publié le 7 octobre par l'IGN, révèle une crise sanitaire profonde des forêts françaises. En vingt ans, la mortalité annuelle des arbres a grimpé de 2,5 fois, atteignant 18,1 millions de mètres cubes par an. Pendant ce temps, la production biologique a diminué de 8 % par hectare. Ces données, couvrant la période 2021-2025, n'incluent pas encore les effets des incendies et de la sécheresse de 2026.
Une explosion de la mortalité forestière en deux décennies
Entre 2005-2013 et 2016-2024, la mortalité annuelle des arbres est passée de 7,4 à 18,1 millions de mètres cubes, affectant l'ensemble du territoire. L'IGN, référence en matière d'information forestière, attribue cette hausse aux sécheresses, températures extrêmes et ravageurs. Le frêne est le plus touché avec 25 % de ses arbres altérés, suivi par le châtaignier (22 %), l'épicéa commun (11 %) et le chêne pédonculé (10 %). Globalement, 9 % des arbres dominants sont altérés, dont un quart sont déjà morts.
Les maladies fongiques importées et les insectes xylophages, tels que les scolytes, accélèrent la dégradation. La chalarose du frêne, arrivée d'Asie dans les années 2000, décime désormais un arbre sur quatre de cette espèce. Les récents incendies en Gironde témoignent de la vulnérabilité grandissante face aux événements climatiques extrêmes.
La production biologique annuelle de bois a diminué de 8 % par hectare en deux décennies, passant de plus de 90 millions à 88,7 millions de mètres cubes. Cette baisse impacte directement la compétitivité du secteur forestier français. Bien que la forêt couvre 17,7 millions d'hectares, soit près d'un tiers du territoire, et s'étende de 100 000 hectares par an, la productivité diminue. Les professionnels du bois sont préoccupés. La diminution de la production biologique menace les 60 000 emplois directs de la filière et complique l'approvisionnement des scieries, papeteries et industries du bois.
Quelles conséquences pour le secteur forestier français ?
La capacité des forêts à capturer le CO2, essentielle pour atténuer le réchauffement climatique, a baissé par rapport à 2005-2013. Les forêts françaises séquestraient alors 63 millions de tonnes de CO2 par an, chiffre tombé à 39 millions entre 2016 et 2024. Cette perte de 24 millions de tonnes compromet les objectifs climatiques nationaux.
Moins d'arbres sains signifient moins de carbone capturé, tandis que les arbres morts relâchent le CO2 stocké. La France, qui comptait sur ses forêts pour compenser 10 % de ses émissions, doit revoir ses calculs. Les entreprises engagées dans la neutralité carbone voient leurs stratégies de compensation fragilisées.
Les dégâts montrent des vulnérabilités spécifiques. Le frêne, touché par la chalarose, concentre un quart des altérations. Le châtaignier est affecté par l'encre du châtaignier et le cynips. L'épicéa commun, affaibli par les sécheresses, est attaqué par les scolytes. Le chêne pédonculé, pourtant robuste, présente 10 % d'arbres altérés.
Les jeunes arbres ne sont pas épargnés. L'inventaire indique que 15 % des jeunes plants sont endommagés par les ongulés sauvages, notamment les chevreuils et cerfs. La régénération naturelle, cruciale pour le renouvellement forestier, est ainsi compromise dans plusieurs massifs.
Les incendies et sécheresse de 2026 : un bilan à venir
L'IGN avertit : « Ces résultats ne prennent pas encore en compte les conséquences des incendies et de la sécheresse de 2026. » L'été 2026 a été marqué par des mégafeux inédits et une canicule prolongée. Les données actuelles, basées sur les relevés de 2021 à 2025, ne reflètent qu'une partie de la situation. Le prochain inventaire, attendu en 2031, intégrera les impacts de 2026.
La vulnérabilité hydrique aggrave le tableau. 54 % des forêts françaises poussent sur des sols à faible réservoir en eau, moins de 70 litres par mètre cube. Ces forêts, déjà fragiles, ont subi de plein fouet les sécheresses répétées. Même celles sur sols à bon réservoir hydrique montrent des signes de faiblesse face à des périodes sèches prolongées.
