La France assouplit l’interdiction des voitures thermiques en 2035

La France et l’Allemagne négocient un assouplissement majeur de l’interdiction des voitures thermiques en 2035. L’effort de réduction des émissions passerait de 100 % à 80 %, sans compensation obligatoire. Un revirement qui interroge les limites techniques et économiques de la voiture électrique, entre pollution à la fabrication, surcoût de l’électricité et habitudes des automobilistes.

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Published on 8 octobre 2026 15h15
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La France assouplit l’interdiction des voitures thermiques en 2035 - © Economie Matin
21,7 %De janvier à août 2026, les modèles électriques représentaient 21,7 % des ventes de voitures neuves dans l'UE

Voiture thermique : Paris abandonne l'interdiction totale en 2035

Le marché automobile européen est en pleine mutation. Initialement, la réglementation prévoyait l'arrêt total des ventes de voitures thermiques neuves à partir de 2035. Cependant, Paris et Berlin cherchent un assouplissement de cet objectif. D'après le quotidien économique allemand Handelsblatt, citant des sources proches du dossier, Emmanuel Macron et le chancelier Friedrich Merz auraient convenu de réduire l'objectif de réduction des émissions de CO₂ à 80 % par rapport à 2021, au lieu des 100 % initialement fixés.

Cette révision s'inscrit dans un contexte économique difficile pour l'industrie automobile européenne. En décembre 2025, la Commission européenne avait déjà proposé d'abaisser l'objectif de 100 % à 90 %, soit 11 grammes de CO₂ par kilomètre en moyenne. Les 10 % restants devaient être compensés par un usage accru d'acier bas carbone ou de carburants de synthèse. Selon Bruxelles, 27 à 29 % des immatriculations pourraient encore concerner des véhicules thermiques après 2035.

Le compromis entre Paris et Berlin va plus loin, réclamant 10 points de souplesse supplémentaires sans compensation. Ainsi, l'exigence descendrait à 80 %, ouvrant davantage le marché aux motorisations traditionnelles. De plus, la réduction des émissions de 55 % prévue en 2030 serait étalée sur cinq ans, évitant de lourdes amendes aux constructeurs en retard.

Paris renie ses engagements d'octobre 2025

Ce changement de position de la France peut surprendre. En octobre 2025, la France et l'Espagne affirmaient que l'objectif de zéro émission ne devait pas être remis en cause. Paris avait alors défendu fermement l'interdiction totale du thermique en 2035. En juin dernier, sept pays, dont la France, mettaient en garde contre une "erreur stratégique" en assouplissant les règles.

Selon le Financial Times, la France aurait accepté cette concession dans le cadre d'un accord plus large avec Berlin. En échange de sa flexibilité sur les normes d'émissions, Paris obtient le soutien allemand pour des règles d'origine strictes dans le futur Industrial Accelerator Act, limitant les avantages aux véhicules produits dans l'UE. Cette position vise à concurrencer les marques chinoises, qui occupent 14 % du marché dans les grands pays européens.

Pour les constructeurs, cela envoie un signal mixte. Les "super crédits" sont maintenus, permettant qu'un petit modèle compte plus dans le bilan CO₂. Toutefois, avec des normes allégées, les véhicules thermiques, plus rentables, resteront plus longtemps sur le marché, ce qui pourrait freiner l'essor de l'électrique. La Bourse a réagi positivement : Renault et Volkswagen ont vu leurs actions progresser.

Pression industrielle et scepticisme des automobilistes

L'assouplissement répond à une pression croissante des constructeurs et de certains gouvernements européens. L'industrie allemande, avec des marques comme Volkswagen, BMW ou Mercedes, réclamait plus de flexibilité pour alléger ses chaînes de production. L'Allemagne craignait les conséquences économiques d'une transition trop rapide vers l'électrique, face à une concurrence accrue des fabricants asiatiques.

L'opinion publique a également évolué. Selon plusieurs sondages, une majorité de Français s'oppose désormais à l'interdiction totale des moteurs thermiques. Les contraintes de recharge, le coût des véhicules électriques et la perte de valeur inquiètent les automobilistes. Les professionnels, notamment en zones rurales, expriment des doutes quant à la faisabilité d'un parc entièrement électrifié.

Batteries, incendies et particules fines : les angles morts de l'électrique

Si la voiture électrique présente des avantages en matière d'émissions, son impact environnemental global suscite des questions. La production de véhicules électriques est plus polluante, en raison des batteries. L'extraction de matériaux comme le lithium et le recyclage des batteries posent des défis environnementaux et économiques.

Les risques d'incendie liés aux batteries lithium-ion, suite à un choc ou une surchauffe, sont préoccupants. Ces incendies nécessitent des interventions spécifiques et importantes quantités d'eau. De plus, les véhicules électriques, plus lourds, accélèrent l'usure des infrastructures routières, produisant davantage de particules fines.

La technologie n'est pas encore totalement adaptée aux habitudes des conducteurs. Recharger régulièrement, idéalement chaque nuit, est essentiel pour préserver la batterie, mais cela représente un changement majeur pour de nombreux automobilistes.

Le prix de l'électricité plombe l'équation économique française

La France fait face à un défi supplémentaire : le prix de l'électricité. Malgré une production nucléaire décarbonée, les Français paient l'électricité plus cher, en raison des règles européennes basées sur le coût marginal de production. Cela nuit à l'attractivité économique de la voiture électrique en France, où le coût d'usage devrait être un avantage.

Ce surcoût réduit la compétitivité de l'électrique, malgré les atouts structurels du pays pour réussir cette transition.

L'électrique progresse malgré les freins

Malgré ces défis, les ventes de véhicules électriques augmentent en Europe. De janvier à août 2026, les modèles électriques représentaient 21,7 % des ventes de voitures neuves dans l'UE, contre 15,8 % l'année précédente. En France, l'électrique a atteint un record en septembre avec 42 % des immatriculations.

L'Allemagne, traditionnellement attachée aux moteurs thermiques, suit cette tendance. Selon l'agence KBA, les véhicules électriques ont représenté 34,5 % du marché en septembre 2026, dépassant le record précédent. Plusieurs facteurs expliquent cette dynamique : retour des aides publiques, hausse des prix des carburants et élargissement de l'offre des constructeurs.

Le cabinet EY souligne que le marché allemand des voitures neuves reste porté par les ventes de voitures électriques, tandis que les parts de marché des motorisations thermiques diminuent.

Rentabilité immédiate contre stratégie de long terme

L'assouplissement des normes européennes offre un répit financier aux constructeurs, mais complique leur stratégie à long terme. Les véhicules thermiques, plus rentables, seront maintenus au catalogue, ralentissant potentiellement les investissements dans l'électrification.

Les constructeurs européens doivent jongler entre répondre à la demande actuelle, investir dans l'électrification pour ne pas être distancés par les concurrents asiatiques, et respecter des normes environnementales évolutives. Certains, comme Porsche, misent sur le haut de gamme pour maintenir leur rentabilité.

Rien n'est encore définitif. Le Parlement européen doit examiner les propositions en novembre. L'Espagne, qui soutenait l'objectif initial de zéro émission, pourrait s'opposer à cet assouplissement. Les semaines à venir seront cruciales pour l'avenir du parc automobile européen entre ambitions climatiques et réalités industrielles.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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