La faim touche 7 millions de Français, les jeunes les plus exposés

Selon une étude inédite d’Action contre la Faim dévoilée ce 12 octobre 2026, 13 % des Français déclarent manquer de nourriture, soit environ 7 millions d’adultes. Chez les 18-24 ans, la proportion atteint 25 %. Face à cette réalité, l’association appelle à l’adoption d’une loi-cadre garantissant le droit à l’alimentation.

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By La rédaction Published on 12 octobre 2026 6h28
Precarite Alimentaire
La précarité alimentaire touche surtout les moins de 40 ans: selon le Crédoc, ils représentent 24% des personnes qui ne mangent pas à leur faim. - © Economie Matin
86%86 % des Français jugent cruciale l'adoption d'une loi assurant un accès à une alimentation suffisante

La faim ne sévit plus uniquement dans les pays en développement. En France, pays de la gastronomie et de l'agriculture florissante, près de 13 % des adultes admettent manquer parfois ou souvent de nourriture. Cela représente environ 7 millions de personnes en France métropolitaine, d'après un sondage OpinionWay commandé par Action contre la Faim et révélé le 12 octobre 2026. À l'approche de la Journée mondiale de l'alimentation, ces chiffres soulignent une réalité sociale que les institutions publiques n'ont pas encore pleinement intégrée.

L'enquête, réalisée auprès de 1 053 personnes représentatives de la population française de 18 ans et plus, indique qu'une personne sur huit souffre d'insuffisance alimentaire. En incluant les cinq départements et régions d'outre-mer (DROM), où les taux de pauvreté sont plus élevés, ce chiffre pourrait atteindre 7,2 millions, bien que cette estimation soit probablement inférieure à la réalité en raison des conditions socio-économiques difficiles dans ces zones.

Un jeune sur quatre déclare manquer de nourriture

Le sondage révèle une fracture générationnelle inquiétante. Parmi les 18-24 ans, un jeune sur quatre (25 %) déclare manquer de nourriture, un taux presque deux fois supérieur à la moyenne nationale. Cela reflète la vulnérabilité économique d'une génération confrontée à la précarité de l'emploi, aux difficultés d'accès au logement et à la hausse des prix des produits de première nécessité.

En outre, l'étude met en évidence une privation qualitative : 39 % des Français ont assez à manger, mais renoncent à certains aliments qu'ils souhaiteraient consommer. Chez les jeunes adultes, cette proportion atteint 47 %. Pour près d'un jeune sur deux, les contraintes budgétaires limitent leur choix alimentaire, compromettant la qualité nutritionnelle et le bien-être.

Dans 80 % des cas, les raisons évoquées sont financières. L'inflation, la stagnation des salaires, l'augmentation des loyers et des charges fixes réduisent la part du budget consacrée à l'alimentation. Selon L'Humanité, qui relaie les résultats de l'enquête, la situation reflète une paupérisation croissante d'une partie de la population française. Les crises climatiques aggravent la pression sur les prix agricoles, fragilisant encore davantage les ménages modestes.

Le droit à l'alimentation toujours absent du cadre juridique

Bien que reconnu par le droit international depuis 46 ans, le droit à l'alimentation n'est pas encore explicitement inscrit dans la législation française. Pourtant, 73 % des sondés estiment que ce droit n'est pas réellement garanti en France. Plus encore, 86 % jugent cruciale l'adoption d'une loi assurant un accès à une alimentation suffisante, saine, durable et choisie.

Ce droit, tel que défini par les instances internationales, va au-delà de l'absence de faim. Il inclut un accès physique et économique à une nourriture adéquate, tant en quantité qu'en qualité. En mars 2026, la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) a recommandé de lui donner une valeur constitutionnelle et d'adopter une loi-cadre pour garantir son application. Six mois plus tard, aucune initiative parlementaire n'a encore émergé.

L'État en première ligne des responsabilités selon les Français

Pour 58 % des Français, c'est à l'État et aux pouvoirs publics nationaux d'agir en priorité. Suivent les entreprises du secteur agricole et alimentaire ainsi que la grande distribution (47 %), puis les associations de solidarité (29 %). Cette hiérarchie des responsabilités contraste avec le discours politique qui valorise les initiatives caritatives tout en restant plus réservé sur la régulation des acteurs économiques.

Action contre la Faim, engagée contre la précarité alimentaire en France, plaide pour une loi-cadre sur le droit à l'alimentation. Son objectif : fixer des obligations claires à l'État et aux collectivités, mieux coordonner les politiques publiques et garantir leur suivi dans la durée. « Une loi-cadre ne résoudra pas tout immédiatement. Mais elle permettrait de passer d'initiatives dispersées à une véritable politique publique du droit à l'alimentation, avec des objectifs, des moyens et des responsabilités clairement définis. Des solutions existent et certaines peuvent être mises en œuvre rapidement », explique Hélène Quéau, directrice de la Mission France d'Action contre la Faim.

Quatre leviers pour améliorer l'accès à l'alimentation

La loi-cadre proposée par l'association inclut plusieurs mesures concrètes pour améliorer rapidement le quotidien des personnes en difficulté. D'abord, rendre la cantine accessible à tous les enfants, avec des tarifs adaptés aux ressources des familles, garantissant au moins un repas équilibré par jour aux enfants de familles précaires.

Ensuite, faciliter l'accès aux produits frais et de qualité partout en France, en soutenant les commerces de proximité et les marchés dans les zones où ils sont rares. Les déserts alimentaires, qui concernent tant les quartiers populaires que certaines zones rurales, nécessitent une attention particulière.

Troisième axe : mieux encadrer les acteurs de l'agroalimentaire et de la distribution, en particulier concernant les marges, l'information nutritionnelle et la promotion des produits sains et durables. Une régulation plus stricte pourrait limiter les stratégies marketing favorisant les aliments ultra-transformés au détriment de l'alimentation saine.

Enfin, garantir des prix justes et rémunérateurs aux agriculteurs et soutenir des modèles agricoles durables. Une agriculture économiquement viable est essentielle pour rendre l'alimentation accessible et de qualité pour tous.

Un million de signatures visées au niveau européen

Au-delà du plaidoyer national, Action contre la Faim incite chacun à signer l'Initiative citoyenne européenne pour la reconnaissance du droit à l'alimentation. L'objectif est de réunir un million de signatures dans l'Union européenne d'ici le 7 janvier 2027, afin que la Commission européenne examine officiellement la demande d'un cadre législatif garantissant ce droit. Une telle mobilisation pourrait également inciter les décideurs politiques français à agir urgemment, tant au niveau national qu'européen.

Du 1er au 18 octobre, l'association lance une campagne de mobilisation soulignant que des millions de personnes n'ont pas le choix de ce qu'elles mangent. Trois visuels et un film seront diffusés en digital, dans la presse et l'espace public, affirmant que l'alimentation suffisante, saine, durable et choisie est un droit, pas un privilège.

645 millions de personnes touchées par la faim dans le monde

La situation en France s'inscrit dans un contexte mondial préoccupant. Selon le rapport annuel de l'ONU cité par La Dépêche, 645 millions de personnes ont souffert de la faim en 2025, soit 61 millions de plus qu'avant la pandémie de Covid-19 en 2019. Une personne sur trois dans le monde ne peut plus s'alimenter sainement. Les perspectives pour 2026 sont préoccupantes, entre conflits, épidémies, catastrophes naturelles et crises humanitaires.

La France, malgré son statut de pays développé, n'est pas épargnée. Les inégalités sociales se creusent, et l'alimentation devient un indicateur de la fracture entre ceux qui peuvent choisir leur alimentation et ceux soumis aux contraintes économiques. La crise sanitaire a exacerbé ces tendances : précarisation de l'emploi, hausse du coût de la vie, recul de l'État-providence. Dans ce contexte, l'appel d'Action contre la Faim sonne l'alarme. Inscrire le droit à l'alimentation dans la loi ne serait pas qu'un symbole, mais la reconnaissance d'une réalité sociale, avec des objectifs mesurables et des moyens d'action pour les pouvoirs publics.

1 comment on «La faim touche 7 millions de Français, les jeunes les plus exposés»

  • Patrick-Georges RENARD

    ce chiffre est sous estimé car nombre de personnes ne déclarent pas leurs difficultés financières, elles ont honte de cela. On peut dire avec certitude que 1 personne sur 3 n’a pas les moyens de pouvoir manger ce qu’elle apprécie au moins 20 jours par mois.

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