Le budget 2027 s'ouvre à l'Assemblée nationale dans une atmosphère de crise larvée. Les taux d'intérêt s'envolent, Fitch menace de dégrader notre note, et le FMI nous classe parmi les mauvais élèves européens. Pendant ce temps, nos dirigeants continuent de débattre de qui taxer davantage plutôt que de ce qu'il faut enfin couper.
0,4 %
Croissance attendue en France en 2026 selon le FMI — contre 0,9 % en 2025 et bien loin de la moyenne européenne.
Le budget 2027, ou l'art de reculer pour mieux sauter
Mardi 13 octobre. Les députés entament l'examen du projet de loi de finances pour 2027. Le décor est planté : aucune majorité stable au Palais Bourbon, des marchés financiers qui s'agitent, une agence Fitch qui sort le carton jaune, et Bercy qui s'accroche désespérément à une cible de 5 % de déficit que tout le monde sait déjà inatteignable. Je ne suis pas devin, mais force est de constater que nous avons vu ce film. En 2023, en 2024, en 2025. Le scénario ne change pas : on tergiverse, on amende, on rajoute des taxes çà et là, et la dette, elle, continue de gonfler tranquillement.
Ce qui est nouveau — et inquiétant — c'est l'ampleur du décrochage. Le FMI ne mâche pas ses mots : la France affiche 0,4 % de croissance en 2026. À titre de comparaison, l'Allemagne, pourtant en pleine traversée du désert industriel, fait mieux. Les Pays-Bas font mieux. Même l'Espagne, longtemps montrée du doigt pour ses propres dérives budgétaires, s'en tire mieux. Nous ne sommes plus seulement le pays aux 35 heures et aux 57 % de dépenses publiques dans le PIB. Nous devenons le pays qui ne croit plus en lui-même.
Des entreprises à bout de souffle, des épargnants pris en otage
Pendant que les parlementaires débattent, dans la vraie vie économique, les signaux sont au rouge vif. Les défaillances d'entreprises devraient battre un nouveau record en 2026. "Pour beaucoup d'entreprises, l'urgence est de finir l'année", écrit-on du côté des Échos. Ce n'est plus un avertissement, c'est un cri d'alarme. Ces entreprises qui ferment, c'est des emplois détruits, des familles fragilisées, des recettes fiscales en moins — et donc encore plus de dette à financer.
Et les épargnants dans tout ça ? Ils ne sont pas mieux lotis. La fiscalité des placements a déjà changé en 2026. Elle pourrait encore bouger dans le PLF 2027. Puis à nouveau après l'élection présidentielle. À ce rythme, personne ne peut planifier à six mois. L'instabilité fiscale permanente est l'ennemi numéro un de l'investissement, et donc de la croissance. En Suisse, les règles fiscales ne changent pas tous les ans. C'est d'ailleurs pour ça que les Suisses épargnent et investissent sereinement, là où les Français thésaurisent par défiance.
La solution que personne ne veut entendre
Je vais le dire clairement, au risque de déplaire : la France n'a pas un problème de recettes. Elle a un problème de dépenses. Nous dépensons 57 centimes de chaque euro produit dans ce pays par la puissance publique. Aucun pays comparable ne fait ça. Et au lieu de s'attaquer sérieusement à cette réalité, on préfère écouter des ONG attaquer l'État en justice au nom de l'égalité fiscale, ou envisager une "loi spéciale" pour faire fonctionner l'État sans budget pendant un an.
La vraie rupture d'égalité, elle n'est pas entre les riches et les pauvres. Elle est entre ceux qui font tourner l'économie — entrepreneurs, salariés du privé, épargnants — et un État qui dépense leur argent sans compter depuis quarante ans. La note arrive. Et elle sera salée.

