Moins de deux ans après son lancement, le projet coopératif de Duralex s’effondre. Le tribunal de commerce d’Orléans valide la reprise par Cédric Meston, entrepreneur spécialisé dans le redressement. Cette transition révèle les failles économiques du modèle SCOP face aux réalités du secteur verrier.
Duralex : comment Cédric Meston a supplanté le modèle coopératif

Moins de deux ans après son lancement prometteur en 2024, le projet coopératif de Duralex s'effondre. Le 14 octobre 2026, le tribunal de commerce d'Orléans approuve la reprise par Cédric Meston, un entrepreneur trentenaire spécialisé dans le redressement d'entreprises. Ce changement met en lumière les faiblesses du modèle SCOP face aux défis économiques du secteur verrier.
Deux visions opposées : l'entrepreneur et la coopérative
La SCOP de 2024 : une promesse non tenue
En 2024, la reprise de Duralex par ses salariés en coopérative suscite un vaste soutien. Le projet SCOP collecte 7 millions d'euros auprès du public fin 2025, se présentant comme une alternative au capitalisme traditionnel. Cependant, dix-huit mois plus tard, l'entreprise est placée en redressement judiciaire pour la cinquième fois en vingt ans, le 1er juin 2026, révélant les limites de ce modèle économique. Bien que la collecte de fonds ait été impressionnante, elle ne compensait pas les coûts énergétiques et la volatilité du marché. L'énergie représente 20% du chiffre d'affaires actuel, un poids insoutenable sans une restructuration majeure.
Cédric Meston : le choix du redressement
Face à l'échec de la SCOP, Cédric Meston propose une approche radicalement différente. Ancien consultant chez McKinsey, spécialiste du redressement d'entreprises, il a déjà sauvé Tupperware France et cofondé HappyVore. Sa holding Tomé emporte l'appel d'offres avec un plan de financement de 16 millions d'euros : 10 millions de fonds privés, notamment de Xavier Niel via NJJ Capital, et 6 millions de soutiens publics. « C'est gagné ! Nous sommes les nouveaux propriétaires de Duralex. C'est une vraie responsabilité, on fera tout pour être à la hauteur », déclare-t-il sur France 3 Régions.
Comparaison des plans de sauvegarde
Le plan de Meston conserve 155 emplois sur 219, soit plus de 70% des CDI, tandis que son concurrent Carlesimo n'en proposait que 129. Cette différence a pesé dans la décision du tribunal. Toutefois, 64 suppressions de postes s'avèrent inévitables. La Nouvelle République rapporte les propos de Philippe Dos Anjos, technicien de maintenance : « On va voir comment ça va se passer. On attend de voir la suite, on ne veut pas se faire de faux espoirs. » Le redimensionnement s'accompagne de la nomination de Silham El Kasmi, ancienne cadre de Saint-Gobain et Saur, en tant que directrice générale, rompant ainsi avec l'horizontalité coopérative.
Les enseignements économiques d'une faillite coopérative
Les 7 millions d'euros de financement participatif
Les 7 millions levés par la SCOP fin 2025 n'ont pas suffi à éviter la chute. Plusieurs facteurs expliquent cette déroute financière : la flambée des coûts énergétiques dans un contexte de prix du gaz instable, la lenteur décisionnelle de la gouvernance coopérative et le manque d'investissements dans la modernisation des fours, qui a aggravé la perte de compétitivité. Le parquet d'Orléans enquête actuellement sur d'éventuelles malversations de l'ancienne direction, dirigée par François Marciano. Des perquisitions ont eu lieu le 3 septembre 2026.
Les défis du modèle SCOP face au marché du verre
Le secteur verrier impose des contraintes lourdes : investissements massifs, cycles longs et concurrence internationale féroce. La SCOP, par nature, privilégie l'emploi sur la rentabilité, alors que Duralex nécessitait une restructuration rapide et des décisions difficiles. La gouvernance participative, bien qu'idéale socialement, freine les ajustements stratégiques. Les cinq redressements judiciaires en vingt ans témoignent d'une fragilité que le modèle coopératif n'a pu surmonter. L'échec de la SCOP illustre les limites du modèle coopératif dans des secteurs capitalistiques sous pression concurrentielle.
16 millions d'euros : un plan de redressement ambitieux
Le financement hybride de Xavier Niel
Le plan de Meston repose sur un montage financier hybride. Xavier Niel, fondateur de Free, injecte des capitaux privés via NJJ Capital, tandis que l'État, la Région Centre-Val de Loire et Orléans Métropole apportent 6 millions d'euros de soutiens publics. Cette alliance sécurisé le financement tout en garantissant un ancrage territorial. Le ministre délégué à l'Industrie, Sébastien Martin, annonce sa venue à l'usine le 16 octobre 2026, montrant le soutien gouvernemental. Contrairement à la SCOP, ce montage mobilise des leviers financiers inaccessibles aux salariés seuls.
Défi de la décarbonation : un horizon 2029
Meston ambitionne de faire de Duralex « le verre le plus vert au monde ». Son plan prévoit de convertir le four à gaz en une technologie 100% électrique d'ici 2029. Cette transition vise à réduire drastiquement les émissions de CO2 et à diviser par deux la facture énergétique, qui représente actuellement 20% du chiffre d'affaires. En répondant à la demande croissante de produits bas carbone, Meston justifie ses investissements importants.
La reprise de Duralex par Cédric Meston met fin à une expérience coopérative de dix-huit mois. Le modèle SCOP, malgré 7 millions levés et un soutien populaire, n'a pu surmonter les contraintes économiques du secteur verrier. L'entrepreneur privé, soutenu par Xavier Niel et les pouvoirs publics, privilégie une logique de rentabilité et de transition énergétique. Reste à voir si les 155 emplois préservés résisteront jusqu'à 2029, date clé de ce pari industriel et écologique.
